
L’improvisation théâtrale où l’acteur est à la fois dramaturge, metteur en scène et acteur se joue sans texte et sans mise en scène prédéfinis, dans un temps imparti et selon ce qu’inspirent aux comédiens les thèmes inventés par l’arbitre… qu’ils découvrent en même temps que le public ! Quand deux équipes s’affrontent, elles doivent collaborer, elles partagent donc la scène sans s’être concertées en amont. Pour les joueurs il faut se lancer sur la patinoire (la scène du théâtre d’impro) avec juste ce qu’on porte sous son maillot de hockey (le costume du joueur d’impro) : techniques, créativité, écoute de l’autre et courage à tout va ! C’est aussi jouissif que malaisant (cet adjectif va bien là, je trouve, tout dérangeant qu’il soit, formé à partir du participe présent du verbe malaiser… qui n’existe pas !) quand les situations ou les personnages tombent dans le dernier recours du cliché : en général une fille superficielle qui fait la moue en parlant de sa coiffure… Je suis donc à la fois émerveillée par le culot de ces comédiens qui se lancent et qui osent et je frémis devant leur manque d’inspiration et tous les ratages possibles… Un peu comme lorsque mes parents m’amenaient au cirque (au lieu d’aller faire une balade en forêt !) et que, le nez en l’air, je retenais mon souffle pour ne pas causer la chute des acrobates tout là-haut… L’impro, c’est l’acrobatie sans filet de l’ego !
Du 27 mai au 3 juin s’est tenu à Limoges, comme chaque année, le festival Improfiesta. Organisé comme d’habitude par la Balise (l’équipe de Limoges) et gagnée, comme presque chaque année, par… la Balise aussi. Qu’on ne me fasse pas dire ce que j’ai l’air de penser : l’équipe est vraiment bonne ! Avignon, Lausanne et Lille étaient invités pour cette seizième édition. J’ai assisté aux matchs de la première soirée et ils ont été, à vrai dire, un peu mornes. Excepté l’impro dont j’ai oublié le thème mais que les comédiens devaient interpréter à la manière de J.K. Rowling : un bijou ! Les joueurs ont pâti des thèmes proposés, trop vagues, et du manque de contraintes susceptibles d’exciter leur potentiel. Les contraintes comme libération de l’inspiration… demandez à Perec pour voir !
Les matches d’impro étant par essence inégaux, le spectateur prend quelques risques concernant sa soirée ; le meilleur étant bien sûr d’être pris dans un délire génial ou de sentir son monde basculer dans une poésie imprévue… Si ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut, le risque pris est salvateur, toujours, car, dans ce monde discipliné, l’impro époussette a minima les codes et les bienséances…
Bel Ami



