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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 22 · 4 janvier 2019

Les paysans corréziens à sec ?

Les paysans corréziens à sec

Avec la sécheresse, les agriculteurs connaissent des temps difficiles, mais certains ont anticipé. Si certains ont pu se réjouir de voir enfin le soleil s’installer en Corrèze, département classé parmi les plus arrosés de France, tout le monde savait que ce petit plaisir allait se payer. Trop d’eau, mauvaises récoltes, pas assez, mauvaises récoltes… On connaît la chanson.

Ça n’a pas manqué : la préfecture a demandé la reconnaissance de situation de calamité agricole suite à la sécheresse qui a poussé le préfet du département à prendre des arrêtés de restriction de consommation d’eau d’août au 30 novembre. Et je me suis demandé comment faisaient les agriculteurs pour tenir le coup. Et comment ils allaient faire pour continuer à nous nourrir… Pour le savoir, j’ai commencé par les éleveurs.

Tous ceux que j’ai questionnés m’ont dit avoir dû vendre prématurément leurs veaux, donc plus légers, donc moins rentables. Mais si l’année est moins facile, la complainte n’est pas unanime, car certains d’entre eux, convertis à d’autres pratiques agricoles, subissent moins rudement les effets du changement climatique.

Jacques et Annie Gauvreau, éleveurs à Chamboulive avec un troisième associé, ont un peu souffert du manque d’eau. Ils ont entamé leur stock de fourrage et vendu leurs bêtes plus tôt que d’habitude. Mais comme ils les nourrissent principalement à l’herbe, en alternant les lieux de pâturage (gestion en paddocks), ce n’est qu’à la marge que leur exploitation a été touchée. Cette pratique, s’appuie sur une grande réactivité aux événements naturels : « il faut prendre les ressources offertes par la nature, ne pas la forcer » par l’usage d’intrants. Le couple d’éleveurs est aussi cultivateur : soja, épeautre pour les animaux, blé pour les humains et pour la paille, ce qui les rend quasi autonomes.

Autonomie, économie et nouvelle vie sont les mots-clés. Jacques et Annie affirment que depuis leur conversion « à l’herbe », (c’est à dire favoriser le plus possible l’herbe sur pied dans l’alimentation animale) ils travaillent moins, peuvent rémunérer les trois associés, ont plus de temps libre, ne sont plus esclaves des variations des cours … et sont moins touchés par les aléas climatiques.

Sibylle et Stephen Peyrelongue sont sur la même longueur d’ondes. Eux aussi ont adopté le systéme herbager pour leurs bovins et leurs brebis. Après quelques années de course à la production, comme on le lui avait enseigné à l’école d’agriculture, Stephen a tout changé. Sybille l’Allemande écolo et les difficultés financières l’ont contraint à revoir ses comptes… et sa pratique. Ils ont diminué leur cheptel, sont passé de soixante vaches et deux-cent-quarante brebis à quarante-cinq et cent-trente. Et miracle, ils travaillent moins et… gagnent plus. Qui dit mieux ?

Le retour des paysans

À les écouter tous, le bonheur est dans le pré : permettre aux bêtes de manger de l’herbe, changer souvent de lieu de pâturage est une solution aux différents problèmes que rencontrent la plupart des éleveurs. La preuve ? d’une dizaine de paysans ralliés à ce procédé en 2002, ils sont passés à soixante cette année. C’est au sein de l’ADAPA (Association pour le Développement d’une Agriculture Plus Autonome), dont Jacques Gauvreau est président que se rassemblent ces agriculteurs qui découvrent le « faire autrement » dans leur métier.

Pour faire face à tous les dangers, ceux de l’endettement comme ceux liés au réchauffement climatique, ces agriculteurs ont tourné le dos au modèle « ferme des 1 000 vaches ». Ils ont, comme le dit Annie Gauvreau, « accepté de prendre la nature comme elle est » : ils l’observent et s’appuient sur sa richesse pour produire.

J’ai compris toutefois, que, sans doute, ce n’est pas si simple. Sans doute faut-il apprendre, observer, comprendre, peut-être même rater d’abord, plutôt que suivre des recettes.

Une belle manière de faire pour mieux se glisser dans le futur !

Anne Flipo

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