
Le 24 novembre, les sourds célèbrent l’abée de l’Épée. Charles-Michel de l’Espée est un homme empreint d’une mythologie salvatrice. Remontons dans les années 1700. À cette époque, naître sourd était mal vu, on les considérait comme des idiots et capable de maux sortant tout droit de notre imagination fertile.
Et c’est dans ce contexte, qu’intervient l’abée de l’Épée vers les années 1760. Un mythe d’ombre et de lumière, propre à la prose cléricale, biblique, nous témoigne de sa découverte du monde des sourds. Tout d’abord, une nuit d’orage, sombre, sinistre, pluvieuse, l’apocalypse. On aurait pu le compléter le tableau avec des météorites pour donner un effet encore plus dramatique. Et L’abée, homme divin, se réfugie dans un foyer et y découvre deux jumelles sourdes en train de signer. De là, ébloui par cette révélation, il décide de créer la première institution dédiée à l’enseignement des sourds qui n’est autre que l’actuel Institution Nationale des Jeunes Sourds à Paris. (INJS)
Comme nous l’avons vu cette histoire est un ensemble de symboles. Nous pouvons supposer que l’objectif, la création de ce mythe était de promouvoir la possibilité d’une éducation adaptée aux sourds, de changer les mentalités et de pouvoir les intégrer à notre société, et donc par la suite, de trouver les fonds et des subventions pour mettre en place des institutions, former des professeurs.
A-t-il créé la langue des signes ? Non. L’abée de l’Épée, lui-même, n’aurait jamais pu la créer, ce sont les sourds qui l’ont fait car c’était leur besoin. Un besoin qui apparaît naturellement dans des villages peuplés de sourds. En revanche, il a permit de fédérer les sourds de France, de créer un terreau fertile à l’épanouissement de la langue des signes française, son développement et de faire rayonner sa pédagogie dans les pays d’Europe.
Et c’est là que deux visions de la langue des signes vont s’affronter. En effet, L’abée de l’Épée tenait à rapprocher la langue des signe de la langue française, plus exactement, il voulait garder la structure de la langue française, son organisation dans la phrase. C’est ce qu’on appelle de nos jours, du français signé, une traduction mot à mot. Il a mis en place des signes méthodiques en en inventant pour les conjonctions de coordination, alors que la langue des signes française n’en a pas besoin.
Prenons un exemple : « Le poisson est dans le bocal. » en français signé on traduirait cela mot à mot « poisson dans bocal. » En langue des signes française, nous commençons par installer « le bocal » puis par mettre « le poisson » nageant en marquant la parois du bocal.
Et à la mort de l’abée ; Auguste Bébian devenu directeur de l’INJS a publié un essais louant à la fois les actions de l’abée de l’Épée et déconstruisant sa vision des signes méthodiques pour encourager le développement de la langue des signes telle que nous la connaissons.
Antoine Retoré




