Agir Autrement Pour La Xaintrie (AAPLX) voit le jour en 2013. Agir pour le Midi Corrézien (AMICO), et Agir pour le Plateau des Étangs (APE) en 2014. Ces trois associations, les plus connues en Corrèze se créent à la suite de la connaissance d’un projet éolien local. Les échanges sont nombreux entre associations, même si les analyses peuvent varier. Naît ainsi un collectif informel lié à ce besoin d’échanges et d’actions soutenues.
Nous avons rencontré les trois associations : il existe des points communs dans le déroulement des projets. Les communes et/ou communautés de communes signent à chaque fois une autorisation d’étude de faisabilité avec en ligne de mire une ressource financière. Or, sous la pression, les élus manquent souvent d’informations objectives : valeur réaliste de la ressource pour la commune par exemple. Aucune concertation avec la population en amont. De même les propriétaires ne sont pas informés de l’importance d’une promesse de bail. Les dossiers sont peu transparents et surévaluent souvent les références techniques en matière de vent…
Bref, fin 2017, une volonté collective émerge : rédiger un document d’information à destination principalement des élus. Il apparaît important d’indiquer les points auxquels les élus doivent prêter attention, comme d’organiser une concertation territoriale en amont de la signature. Les associations ont alors rencontré Pascal Costes, Président du Département qui valide la démarche. Trois réunions sont prévues auxquelles sont conviées, les associations, l’association des Maires, les organisations professionnelles comme la Chambre d’Agriculture, le CAUE (Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement).
Les points de vue quant à ce document qui sera finalisé en avril, divergent entre les associations. APE et AMICO sont largement partie prenantes, estimant que cette voie permet à minima de prévenir avec une légitimité départementale (P. Costes ayant abandonné le projet éolien sur son territoire). AAPLX, quant à elle, souhaite poursuivre l’information auprès des élus en s’appuyant sur les connaissances accumulées sans l’encadrement institutionnel en large perte de confiance.
À Saint-Pardoux-la-Croisille, l’édile dans les courants d’air
Autant le dire maintenant, Dominique Albaret, le maire de Saint-Pardoux la Croisille, se prête sans enthousiasme à l’exercice de l’entretien sur le projet éolien. « Ce projet n’est pas le mien » indique t-il d’emblée.
Bref retour sur les épisodes précédents
Les prémices du projet éolien remontent à 2011. Un projet photovoltaïque avait auparavant été envisagé. C’est finalement la commune de Gros-Chastang qui a offertà la « Compagnie du vent » les conditions de réalisation d’un parc photovoltaïque (voir LTC n° 16). Pour l’Éolien, c’est la société SAMÉOLE qui vient prospecter dans l’ex-canton de La Roche-Canillac. Elle jette son dévolu sur les communes de Clergoux, Espagnac et Saint-Pardoux la Croisille : un parc d’une quinzaine d’éoliennes est alors envisagé. Les deux premières finissent par délibérer défavorablement tandis que Saint-Pardoux signe.
Dominique Albaret, l’actuel maire, n’avait aucun mandat municipal à l’époque. Lorsqu’avec son équipe il s’installe à la mairie de Saint-Pardoux, il trouve un dossier éolien « déjà ficelé ». Les promesses de location des terrains, valant engagements fermes, sont signées par tous les propriétaires concernés. D. Albaret tient à souligner que le projet éolien n’a nullement été, en 2014, un enjeu d’élection. « J’avais suivi ça de loin, précise-t-il, et j’étais a priori pour. Il faudra bien trouver des alternatives au nucléaire un jour. » Il rappelle que bien avant l’apparition de grandes éoliennes dans les paysages, ceux de notre région tout comme la vie des habitants ont été bouleversés par la construction de nombreux barrages qui ont noyé des vallées.
De la maîtrise du vent… et des choix pour le local
Un programme éolien, c’est aussi vrai pour le photovoltaïque, est affaire de stratégie industrielle. Cette stratégie se fonde d’abord sur une prospection simultanée auprès de multiples territoires. SAMÉOLE, qui en exploite déjà une cinquantaine, a aujourd’hui cent-cinquante éoliennes dans ses tiroirs, objets de négociation avec les acteurs de divers lieux d’implantation en France. Deux raisons à cela : la vive concurrence entre opérateurs industriels d’une part et, d’autre part, les aléas dus aux conditions politiques auxquelles les projets sont soumis localement. Une diversité de projets, c’est aussi l’occasion, pour l’État, acteur central d’une politique de « transition énergétique » plus démonstrative qu’effective, de mettre en balance des opérations dont il autorisera surtout celles qui soulèvent le moins de résistances.
À Saint-Pardoux, rien n’est encore décidé. À ce stade d’un parcours technico-administratif parsemé d’embuches, l’enquête publique n’est toujours pas ouverte.
Le cas de Saint-Pardoux la Croisille est intéressant en ce qu’il révèle, à l’épreuve de l’expérience, la difficulté pour un maire de trouver sa juste place. Ancien paysan et militant du syndicat agricole la Confédération Paysanne, D. Albaret n’est certainement pas connu pour sa sympathie avec le capitalisme financier. Favorable à la sortie du nucléaire, il approuve le développement des énergies renouvelables. Mais voilà, ce sont bien aujourd’hui des investisseurs industriels, forcément intéressés par les chances de bénéfices et bien sûr les soutiens financiers et autres avantages fiscaux, qui donnent le LA.
Que confère son statut de maire à D.Albaret pour donner à sa commune, dans cette affaire, un autre rôle que celui de simple bailleur passif ? En réalité, bien peu de choses.
L’initiative politique et démocratique ? Le maire a bien pensé à l’organisation d’un référendum au sein de la population mais la préfecture lui a opposé que ce n’était pas de sa compétence. Pour le préfet, il n’était pas question d’autoriser une telle consultation alors que la procédure en était déjà à un stade avancé.
Le pouvoir de mobiliser l’initiative citoyenne en faveur de la transition énergétique ? D.Albaret aurait préféré pour sa commune un projet coopératif local. Social, solidaire, équitable, quoi. Idée qu’il a vite rangée dans la catégorie des rêves : 24 à 28 M€ pour un parc tel que celui projeté à Saint-Pardoux, autant déplacer une montagne.
Le pouvoir de négocier, alors ? D. Albaret a exigé des contreparties pour la commune de la part de la société SAMÉOLE. Généreuse, celle-ci a proposé la réalisation d’une nouvelle salle des fêtes. Ben voyons ! Non, ce qui compte pour le maire, c’est de préserver l’activité au sein de la commune et pourquoi pas d’attirer de nouveaux habitants. Ce sont des emplois dont il y a besoin. Il finit par obtenir de l’opérateur éolien l’engagement pour la création de 3 emplois si le projet se réalise : un emploi pour la surveillance et l’entretien du site et deux emplois d’animateurs-médiateurs dans les domaines de l’environnement et des énergies renouvelables. Il envisage même l’accueil de groupes, notamment scolaires. « Je n’ai aucune raison de penser que la société n’honorera pas ses engagements » croit-il bon de préciser, manquant tout de même de conviction.
À Saint-Pardoux la Croisille, le maire attend la suite des évènements avec une certaine distance. L’association « Agir pour le plateau des étangs », quant à elle, fait entendre la voix des opposants au programme éolien et ne manquera pas de se mobiliser plus encore lors de l’enquête publique.




