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La Trousse Corrézienne

LTC 18 · 4 mai 2018

Petit éolien : l’État m’a tué

Le petit éolien se définit disons par une puissance électrique de moins de trente kilowatt. Électricité de France l’a toujours regardé avec mépris et dédain. Normal quand on est née pour tout centraliser et mettre six zéros derrière le moindre chiffre. Du coup, on en parle jamais. Sauf pour se plaindre de telle ou telle enseigne commerciale qu’un entrepreneur peu scrupuleux a montée pour extorquer des milliers d’euros à des personnes qui pensaient « faire un geste pour la planète ».

Aujourd’hui donc, le petit éolien a mauvaise presse. Pourtant, là où il y a du vent – du vent et non pas des turbulences –, l’aérogénérateur est rentable sur le plan de la physique : l’énergie qu’il aura produite sera vite supérieure à celle dépensée pour le fabriquer et l’installer1Chercher « temps de retour énergétique de l’éolien ». Et des personnes compétentes pour réaliser des projets avec succès, oui il y en a ! Depuis 2010 l’État, au lieu de les écouter, les a véritablement atomisé en réunissant toutes les conditions pour la prolifération des contre-exemples et des escrocs. Combien de gens par exemple se sont laissés piéger par les « éoliennes de pignon », ces aérogénérateurs accrochés à des murs d’habitation ?

Chercher « temps de retour énergétique de l’éolien »

Le législateur ministériel, de l’écologie ou des finances c’est kif-kif, celui qui signe des décrets en plein accord avec lui-même, a certes donné des subventions, mais sous forme de crédits d’impôts à l’installation pour des machines placées en dessous de douze mètres de haut. C’est comme si on avait subventionné le solaire à condition qu’il soit à l’ombre. Car au ras du sol, il n’y a que des turbulences ; au lieu de tourner et produire, la machine va casser prématurément, c’est un cas type du projet raté. Et depuis 2016, plus de crédit d’impôts.

Au-dessus de la barrière des douze mètres, l’installation d’une machine relève des procédures administratives propres au grand éolien. De plus, contrairement à ce qui se passe pour les mégamachines, le tarif d’achat connecté au réseau n’est pas subventionné. Bref, le petit éolien encaisse les inconvénients du grand éolien sans bénéficier de ses avantages. Pas étonnant que la filière soit moribonde !

L’Association Française des Professionnels du Petit Eolien (AFPPE) s’est constituée en 2010 à Narbonne, portée notamment par l’effervescence sur le « forum du petit éolien »2https://fr.groups.yahoo.com/neo/groups/petit-eolien/info. Elle réunit des gens décidés à réaliser des projets sérieux. Grâce à eux par exemple, un centre d’essai avec normalisation des procédures de test des machines a vu le jour à Malbouissou3http://sepen.fr/ (Aude) car il est dans l’intérêt à la fois des fabricants et des utilisateurs de bien connaître le comportement du matériel en conditions réelles de fonctionnement. De 2013 à 2017 donc, l’AFPPE a cherché à négocier avec les cabinets ministériels pour transformer les aides afin que les projets aboutissent à des réalisations exemplaires et éliminent structurellement les escrocs. Ce fût un échec, le ministère se complaisant dans la situation qu’il a engendré.

https://fr.groups.yahoo.com/neo/groups/petit-eolien/info

http://sepen.fr/

Reste l’auto-construction : avec l’association Tripalium4https://www.tripalium.org/, on peut réaliser de beaux projets pas trop chers quand on est motivé et qu’on a un peu de temps devant soi. J’en ai fait l’expérience en 20115http://www.p-plum.fr/spip.php?page=article&id_article=156 et ce souvenir du levage sous les rafales de vent d’autan à plus de 100 km/h, l’onduleur qui se met à produire sur le réseau et le compteur se mettant à tourner à l’envers me restent gravés comme des moments magiques ! Vouloir, c’est pouvoir ? S’il s’agit d’acquérir sa part – même infime – d’autonomie énergétique, pas la peine d’attendre qu’elle tombe du ciel. Cependant, si le gisement de vent pour le grand éolien en Corrèze n’est pas bon, il est à peu près certain qu’il ne sera meilleur pour le petit éolien, sauf cas particuliers.

https://www.tripalium.org/

http://www.p-plum.fr/spip.php?page=article&id_article=156

Le vent souffle en Xaintrie

Une vingtaine de projets dénombrés en Corrèze, de nombreuses oppositions regroupées en associations. Pourquoi ? Qu’est ce qui détermine ces oppositions fortes, quels sont les enjeux perçus ? Pour un retour de terrain nous avons rencontré la présidente (Marie Maugein) et la secrétaire (Christine Guérin) de Agir Autrement Pour La Xaintrie (AAPLX), association fermement opposée à l’installation d’un parc éolien industriel en Xaintrie.

Cumul sur la Xaintrie !

Déjà, il faut dire que la Xaintrie cumule les projets liés à l’énergie sur son territoire : Redenat, le serpent des hauteurs (voir La Trousse n°17), les déchets radioactifs dus à l’inconséquence des exploitants de mines d’Uranium (voir La Trousse n°17), et un parc éolien sur les communes de Goulles, Mercoeur et Sexcles. Cela fait beaucoup pour la transition écologique du petit pays.

Surtout, surtout, tous ces projets se passent dans l’opacité la plus complète.

première réunion publique en 2013

Arrivée à Goulles en 2012, Christine reçoit dans sa boîte aux lettres, avec les publicités (tant pis pour ceux qui refusent les pubs), une invitation à une soirée d’information à Mercoeur, concernant le projet éolien sur le canton. On est dans le premier semestre 2013. Elle ne savait absolument pas qu’un tel projet existait. Elle s’informe : le seul parc éolien à cette époque en Corrèze, c’est Peyrelevade. Projet qui présente la force d’avoir été accepté par les habitants, mais la faiblesse de ne pas être rentable.

À Mercoeur, en 2013 donc, le bureau d’études Abiès présente le projet et anime. Abiès est le bureau d’études qui a réalisé les deux Schémas Régionaux Éoliens (SRE) successifs pour le Limousin à quelques années d’écart (dont celui de 2013, annulé administrativement). Le bureau d’études Abiès est également conseil des industriels.

Mais avant 2013 ?

Ah, ben, les industriels avaient fait comme d’habitude. Les deux points clefs ce sont les élus et les propriétaires. Eux sont incontournables. Donc, en 2009 ou 2010, il y a une décision du conseil communautaire qui autorise une étude de faisabilité d’implantation d’éoliennes sur le territoire. L’industriel, Veolia puis Eolfi, ont « étudié » le territoire de la communauté de communes. Ils ne font pas à ce moment d’étude technique. Ils font une étude de faisabilité « foncière » : du porte à porte pour rencontrer des propriétaires et signer des promesses de bail. Promesses qui engagent définitivement les propriétaires au bout de sept jours. En bref, ils convainquent par des arguments financiers les élus et les propriétaires. Une fois que cela est fait, ils ont le vent en poupe et sont prêts pour « la concertation » qui est obligatoire dans un tel projet.

La pale ne tourne plus rond

En clair on s’organise en sous main. Comme personne ne lit attentivement et régulièrement les comptes rendus de conseils, ben on ne sait rien. Et après, zou, on fait deux petites réunions, histoire de présenter, plutôt satisfaits, le projet. La première réunion c’était plutôt calme.

La deuxième une organisation s’était structurée. Christine était cataloguée comme étant plutôt écolo, donc logiquement favorable aux « alternatives » pour la transition écologique. Eh, bien non, en juin, dès la deuxième réunion une opposition claire de plusieurs habitants s’exprime.

Les arguments classiques des opposants sont connus : impacts paysagers, écologiques, sonores, économiques, sanitaires… Mais clairement, l’essentiel, le cœur de l’opposition ici est dans l’image du fonctionnement de la société que renvoient de tels projets industriels menés si discrètement dans leurs débuts.

Les opposants ne sont pas contre l’énergie éolienne, mais opposés aux projets industriels, à leur façon d’accaparer le territoire, de l’occuper en faisant, avant même que la population ne soit informée, signer des promesses de bail. La violence de l’industrie déployée telle un rouleau compresseur dans un milieu rural perçu comme désert, passif, attentiste. L’argument de la transition énergétique en bannière alors même que le recul du nucléaire est encore loin.

L’époque des barrages, où pour le bien de la nation, les habitants ont quitté villages et maisons pour laisser la place à l’eau, où ils ont vu les mines d’uranium abandonnées sans qu’on se soucie des restes est révolue. Certains disent non. Ils veulent agir autrement.

Le projet se poursuit, à voilure réduite. On attend l’enquête publique, repoussée pour annulation du SRE. Le territoire s’en sort avec des bleus, et du blues.

Et cette question : ce qui fait accepter les communes, tout au début, c’est la promesse de retombées économiques. Alors, les collectivités veulent des ressources certes, mais pour quels projets ? Quel projet global de territoire ont-elles ? Et, comme disait un copain, quelles écoles ont été ouvertes grâce à l’argent des barrages ?

Et comment construire ensemble une fois la division installée par les méthodes perverses de persuasion ?

Le vent : l’illustration

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

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