Elle tourne ou pas cette éolienne corrézienne ? Un peu, beaucoup, assez, pas du tout ? Le nouveau SRE (Schéma Régional Éolien) réalisé en 2013 par le cabinet Abiès, propose de classer quasiment toute la région Limousin, éligible à l’éolien. Zou, la technique et la hauteur des éoliennes ramassent le vent plus haut. Mais quand même s’est-on interrogé, y en a assez du vent ou pas ? Nous avons rencontré Roland Brette, adhérent de Agir pour le Plateau des Étangs, curieux et obstiné qui a éclairé notre lanterne.
P. Bordes (Agir pour le Midi Corrézien), déjà, nous avait fait cette remarque : « vous en connaissez, vous, des anciens moulins à vent ici ? » « Ben pas vraiment…! ». L’énergie produite, l’était grâce à la force de l’eau. Et d’autre part, on a tous en tête, l’échec du premier parc éolien corrézien de Peyrelevade. Oui, mais maintenant, avec des trucs de 200 mètres (pale comprise) ? Alors explications et éclairages.
Et voici le facteur de charge, qui est un rendement
Le rendement énergétique des éoliennes est défini par son facteur de charge. Celui-ci correspond au pourcentage d’énergie produite par rapport au potentiel énergétique de l’outil.
Par exemple, on prend un parc de sept éoliennes de 2 MW (Mégawatt) chacune. 2 MW, cela signifie que chacune peut produire par an 2 X 8 760 heures soit 17 520 MWh d’énergie au total sur une année si elle fonctionne à 100 %.
Mais bien évidemment le rendement n’est jamais de 100 %. En moyenne, en France le facteur de charge annuel de l’éolien a été de 23 % en 2014, 24,3 % en 2015, 22 % en 2016, et 21,6 % en 2017. Cela signifie qu’en moyenne, les éoliennes ont produit en 2017 21,6 % de l’énergie qu’elles auraient pu développer en marchant régulièrement tout le temps. Ce qui est impossible. Quel que soit le lieu, le vent n’est pas présent en permanence, à des vitesses ni trop faibles ni trop fortes. D’ailleurs, les variations mensuelles de ce facteur de charge sont très importantes au cours d’une année.
Et la Nouvelle-Aquitaine est dernière
Ces facteurs de charge varient aussi d’une région à l’autre, en particulier selon la qualité du vent. Le facteur de charge le plus fort, c’est l’Occitanie : 27,3.Le facteur de charge de la Nouvelle Aquitaine est toujours le plus faible de 17,5 en 2017 selon Réseau de Transport d’Électricité1. Le plus bas des régions françaises, donc la région où les éoliennes ont l’efficacité technique la plus faible.
Le SRE Limousin 2013, annulé en 2017, a placé « les zones où la vitesse moyenne de vent est supérieure à 4,3 m/s à 80 mètres [soit 15,5 km/h],comme les zones favorables à l’accueil de parcs éoliens […] Le choix opéré de rabaisser le seuil minimal de vent moyen permet d’ouvrir de nouvelles zones du territoire pour l’accueil de parcs éoliens. Le rabaissement du seuil est également en phase avec les évolutions technologiques des machines… ».
EDF2 estime sur son site qu’« une éolienne fonctionne dès qu’il y a du vent. Elle tourne lorsque la vitesse du vent s’établit entre 15 et 90 km/h. Au-delà de cette vitesse, l’éolienne s’arrête automatiquement pour des raisons de sécurité. » Ces données, montrent que le vent corrézien est dans la moyenne basse-basse et qu’il faudrait des mâts hauts-hauts.
Et donc notre facteur de charge est faible. Faiblesse entérinée dans notre Schéma Régional Climat Air Énergie (annulé également). Celui-ci calculait la production électrique en 2020 pour une puissance de 1 000 MW installée avec un facteur de charge compris entre 14 et 23 (nous vous faisons grâce des calculs !) Et lire l’avis de la commission d’enquête3 pour le parc de Saint-Priest-de-Gimel renforce encore notre conviction.
Ceci dit 1 000 MW c’est quand même 500 éoliennes à 2 MW… Peu efficaces d’un point de vue technique.
Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi, c’est toi ! Allez mieux vaut chanter !
2 : http://bilan-electrique-2017.rte-france.com/production/23-eolien/#
3: %%A(http://www.correze.gouv.fr/content/download/16064/113161/file/Avis%20EP.pdf|http://www.correze.gouv.fr/content/download/16064/113161/file/Avis%20EP.pdf)%%
Et le vent devint fric
Peu de vent, d’accord ! Mais alors pourquoi des industriels investissent-ils en moyenne 1,4 million d’euros par Mégawatt1 en moyenne, pour nous faire des éoliennes, là où il y a peu de vent en plein milieu de zones humides, certaines classées Natura 2000 et, où en plus, il faut défricher parfois ? R. Brette, nous a expliqué la « machine à fric ».
On vous la fait simple
Comme le dit Benoît Praderie, de la fédération Planète Éolienne2 : « En général, des taux de 8 à 12 % sont nécessaires pour attirer les investisseurs. C’est le coût du risque » dit-il. Le mieux c’est qu’il n’y ait pas de risque. Comme cela au moins on n’a pas à serrer les fesses. Ça tombe bien, l’État, dès les années 2000 soutient les énergies renouvelables au travers d’une obligation d’achat par EDF de l’électricité produite. Pour l’éolien, le prix d’achat fixé est à 82 € par MWh, le double du prix moyen de marché. Garantissant la rentabilité d’une industrie émergente. Quelle que soit la quantité totale. Même système pour tous. Aucun seuil minimum ni maximum. Le top.
Système légèrement modifié en 2017 sachant que les dernières éoliennes engagées l’ont été en 2015 et pour 15 ans.
Ce tarif entraîne des surcoûts financés par une taxe, la Contribution au Service Public de l’Électricité (CSPE) créée en 2004, qui apparaît sur la facture d’électricité de tout consommateur.
De l’année 2004 à l’année 2018, la CSPE passe de 4,5 € par MWh à 22,5 € par MWh, soit une multiplication par 5, en raison du développement des énergies renouvelables. Payée par tous au même tarif, ça s’appelle l’égalité !
En tout cas, quand il y a peu de vent, cela donne une rentabilité de la valeur de l’investissement inférieur à 4 %1 mais c’est rentable économiquement. Les grosses entreprises de dimension mondiale sont peu installées en Corrèze : logique, elles laissent la faible part aux petites.
Mais les prêts ont pu être garantis à des taux minorés, les apports ont été défiscalisés (défiscalisation des impôts sur le revenu jusqu’à 25 000 € par part pour un investissement de 100 000 €, plus défiscalisation sur le – maintenant mort – Impôt sur la fortune), les pratiques de l’amortissement dérogatoire permettent beaucoup.
Les petites nouvelles prennent donc le peu de vent. Mais c’est pas important, elles sont très bien conseillées fiscalement, revendent quand il faut en gardant la main mise, et défiscalisent à tout va, dans l’intérêt général parait-il. Il suffit de regarder la galaxie des filiales pour se rendre compte de l’éclatement des sociétés imbriquées et liées comptablement en définitive.
En plus, cela leur donne des droits carbone qui peuvent servir un jour, plus une coloration verte.
Ils s’installent donc en criant que les procédures sont trop longues (et hop la garantie de prix risque de s’envoler), bref des histoires de gros sous je vous dis : mettre une éolienne là où la vitesse du vent est inférieure à 5 m/s en moyenne à 80 mètres, ce sont des histoires de gros sous. Pour le reste, ce sont des histoires de gros sous avec production d’énergie.
Voilà.
1 : Coûts et rentabilité des énergies renouvelables en France métropolitaine , commission de régulation de l’énergie, 2014
2 : https://www.ladepeche.fr/article/2016/04/27/2333522-l-eolien-un-placement-sur.html




