
Dans le cadre de l’implantation rapide de la fibre optique en aérien « Corrèze 100% fibre 2021 », en septembre 2017, le Conseil départemental de la Corrèze envoie une lettre à 28000 propriétaires corréziens ordonnant, sur un ton péremptoire, l’élagage à l’aplomb du domaine public avant fin février 2018 des arbres de bord de route. Les raisons invoquées sont le passage de la fibre en aérien et la durée de vie des surfaces goudronnées.
Il est donné la possibilité d’opter avant la fin du délai pour une démarche groupée en adhérant à l’ASAFAC1,qui se charge d’organiser un appel d’offre pour le département en regroupant les travaux par tronçons de route. À défaut d’un élagage réalisé dans les temps impartis ou d’un engagement avec l’ASAFAC, le Conseil départemental enverra une mise en demeure puis fera les travaux et enverra la facture.
Cette lettre est jointe d’un schéma simpliste montrant deux arbres de part et d’autre de la route avec la moitié de leur houppier à enlever. Non seulement ce type d’élagage est extrêmement mutilant pour les arbres mais il ne me parait pas répondre durablement aux objectifs de passage de la fibre optique en aérien et à l’augmentation de durée de vie des surfaces goudronnées. L’interprétation de ce schéma accompagné de la peur de l’amende conduit inévitablement à l’abattage des arbres qui seront rapidement transformés en bois de chauffage ou en pellets. L’aplomb est un terme de travaux publics inadapté au vivant !
Le réseau Corrézien des arboristes se fédère pour interpeller le Conseil départemental à ce sujet.
Une première entrevue en octobre permet de lancer un dialogue avec le vice-président et un technicien des routes. Ils leur font part de leurs inquiétudes concernant l’interprétation de cette lettre et des problèmes techniques, sanitaires, esthétiques et écologiques que représenteraient ces actions.
La réponse du Conseil départemental n’est pas très claire et le technicien s’évertue à leur faire croire, comme il l’a précédemment fait avec les maires corréziens et sans pouvoir le justifier avec des études, que les gouttes d’eau tombant des arbres ruinent les chaussées. Le vice-président comprend leurs explications et s’engage à faire évoluer la demande et à revenir vers eux début novembre.
Novembre, décembre… multiples relances des arboristes… Rien de concret !
Alertés par le début des abattages abusifs et élagages drastiques, le collectif Agirr2 est constitué.
AGIRR est un collectif de professionnels de l’arbre du territoire. Arboristes, élagueurs, formateurs en physiologie végétale, professeurs d’aménagement paysager, biologistes. Ces arboristes œuvrent depuis plus de quinze ans pour faire évoluer les pratiques de taille sur les végétaux en Corrèze. Des connaissances en biologie, biomécanique et parasitologie végétale au service de l’arbre pour l’homme.
Agirr construit des schémas proposant un élagage réfléchi en fonction de diverses situations et les met à disposition du Conseil départemental en vue de permettre une évolution de leurs discours. … La Société Française d’Arboriculture, des experts forestiers limousins et d’autres structures locales tentent également de faire évoluer la position du Conseil départemental.
D’autres association et fédérations travaillent à arrêter ces exactions. DEARLIM 3,, le GMHL4, la Société Française d’Arboriculture (SFA), Maisons Paysannes de France et quelques citoyens…
Agirr met un terme à son travail avec le Conseil départemental. Le dialogue est difficile et leurs lettres et questions restent sans réponses.
Les collectifs rassemblés demandent un moratoire en vue de la concertation des organismes compétents. Refus catégorique !
Les arbres tombent, dans un silence assourdissant des institutions et opposants politiques. Agirr témoigne via les médias sociaux du manque d’écoute du Conseil départemental et de l’ampleur du massacre en cours. L’impact est direct, la population trouve enfin un écho à son désarroi.
Corrèze Environnement organise une réunion publique où le juriste de Limousin Nature Environnement démontre l’illégalité du cadre et de la forme de cette action. La SFA fait un état des lieux alarmant, le GMHL et la LPO5 expriment l’impact de la destruction des corridors écologiques formés par ces arbres et Agirr explique les méfaits de ces actions sur la sécurité, l’entretien des routes et la qualité des paysages. Le Conseil départemental écoute mais réitère son refus de l’organisation d’un moratoire avec des organismes compétents.
Après un début de médiatisation nationale, le Conseil départemental fait évoluer (trop) légèrement le schéma en direction des préconisations de Agirr. C’est insuffisant pour endiguer l’épidémie d’abattage. Au mois de mars, ce sont des milliers d’arbres qui sont abattus pour rentrer dans les délais inchangés du Conseil départemental. L’impact paysager et écologique est maintenant énorme. Le Conseil départemental prend enfin conscience de l’impact négatif sur les arbres et exprime à travers Pascal Coste n’avoir jamais dit d’abattre les arbres mais de seulement les élaguer. Facile…
Le Conseil départemental attaque lui-même les travaux sur les arbres publics. Mi-mars, le collectif Agirr interpelle les agents en plein élagage des hêtres de la RD 940 au niveau des Quatre routes d’Albussac. Les agents suppriment totalement les branches surplombant la route en coupant des branches charpentières entières. Ce type de taille sur des hêtres plus que centenaires protégés est dramatique. Ces arbres ne sont pas à même de résister à de tels traitements et les paysages sont défigurés. Ces interventions sont illégales et menées par des agents non formés !
Agirr envoie une lettre et des schémas techniques à toutes les mairies de la Corrèze pour les informer de l’irrégularité de l’action et pour éviter que les mairies suivent sans discernement les préconisations du Conseil Départemental.
Une lettre écrite à Nicolas hulot portée par les collectifs associatifs est acheminée à vélo (avec un dossier complet sur l’affaire), à Paris par Sébastien de Agirr, en reconversion vers le métier de facteur pour une semaine. Il sera reçu en compagnie de trois professionnels et de Louis Dubreuil de la SFA par Mme Soleille du cabinet de M. Hulot…indisponible.
Comme prévu, les médias nationaux s’emballent, France 3 et BFM TV puis France 2, ainsi que l’Humanité, Reporterre, le Parisien, le Monde et les journaux locaux au passage du facteur expriment la stupeur des corréziens dans leurs papiers à charge contre cette hérésie. Alain Bougrain-Dubourg, médiatique président de la LPO, de passage en Corrèze s’indigne de ce massacre en pleine saison de nidification. Denis Cheissoux puis Alain Baraton en reparlent sur France Inter…
Sous la pression, Pascal Coste admet enfin l’erreur « on s’est trompé » il se justifie une nouvelle fois « élagages pas abattages ». Il refuse encore le moratoire par peur de l’immobilisme mais parle d’un contrat de confiance avec les propriétaires. Le Conseil Départemental repropose à Agirr de participer à élaborer ces nouvelles propositions. À suivre…
Peut-on faire confiance à cette équipe d’élus pour mener à bien ce travail sans concertation des organismes compétents institutionnels, notamment la préfecture et la commission des sites ?
La force avec laquelle le Conseil départemental maintien sa ligne déraisonnable laisse imaginer des raisons obscures. Une investigation complète sur ces méthodes serait une bonne chose pour comprendre.
1 Association Syndicale d’Aménagement Foncier Agricole Corrèze
2 Arboristes Grimpeur pour des Interventions Respectueuses et Raisonnées,
3 Défense de l’Environnement Arboré des Routes de Limousin pour la pétition, Corrèze environnement
4 Groupement Mammologique et Herpétologique du Limousin
5 Ligue de Protection des Oiseaux
Les bons liens :
https://www.facebook.com/collectifAGIRR19/
http://alerte-elagage-correze.fr/
http://www.sfa-asso.fr/wordpress/
je ne signe plus du coup
Marceau Bourdarias





