
Redenat, sur ce plateau de prairies vertes et humides, peuplées de vaches de toutes les couleurs, tachetées, rousses ou acajou aux grandes cornes, proximité du Cantal oblige, au bout de la Xaintrie dont le bord plonge sur la Dordogne et ses barrages. Depuis plus de 45 ans, le projet de Station de Transfert d’Énergie par Pompage, outil permettant le stockage d’électricité, situé à Redenat est dans les tiroirs, et on en reparle.
Les STEP, outils historiques de stockage de l’électricité
La France est un grand producteur, et un grand consommateur d’énergie électrique, avec une part prépondérante de source nucléaire (72,3 % de l’électricité produite en 2016 source RTE), et une augmentation de la part des énergies renouvelables (19,6% en 2016). Elle reste globalement exportatrice d’énergie électrique (la production est supérieure à la consommation). La consommation d’électricité étant variable dans le temps (selon les heures de la journée, les jours de semaine, les saisons), le stockage de cette énergie qui file a été dès les années soixante dix, avec la montée du nucléaire, un enjeu majeur pour les opérateurs.
C’est ainsi que sont nées les S.T.E.P, système simple à comprendre : l’électricité en surplus sert à monter l’eau d’un barrage sur un plateau, elle remplit un grand bassin, et hop, quand on manque d’électricité on fait tout redescendre en conduite forcée, et on reproduit de l’électricité. Magique. On peut stocker, beaucoup, vite, longtemps, quand les prix sont bas, et hop déstocker quand ils sont haut. (cf. schéma)
Attention, on se sert de l’eau certes, mais on ne stocke pas de l’énergie hydraulique. Non, on stocke l’énergie en excédent sur le réseau national, donc au 3/4 nucléaire.
En clair, on transforme les prairies en lac, pour pouvoir transformer l’énergie au 3/4 nucléaire en énergie hydraulique,avec en gros 25 % de perte au passage mais bon, tant pis de toutes façons c’est perdu.
Et donc, dans la foulée des grands travaux et villes nouvelles de la fin des années soixante et soixante dix, dans l’euphorie du tout nucléaire, zou, on a développé les STEP en France.
La STEP de Redenat, plus de 40 ans de valse
EDF dès les années soixante dix travaille sur un projet de STEP à Redenat, hameau de Auriac Xaintrie qui surplombe la retenue du barrage du Chastang. Le projet est impressionnant : le bassin inférieur existe, puisqu’il est constitué de la retenue du barrage du Chastang. Mais il faudra construire le bassin supérieur, à l’époque prévu de 300 ha, avec deux digues de barrage l’une de 740m de long, la seconde de 1400. « Bien plus grandiose encore sera l’usine souterraine, véritable cathédrale de 165 m de long, pour 16 m de large et 37 m de haut » (source 2). Bref un chantier gigantesque, 500 personnes pendant cinq ans, de quoi faire rêver le rural isolé local. EDF acquiert les terres, les travaux de galeries souterraines commencent et doivent se terminer en 1985, et… en 1982/83, tout s’arrête, défaut de financement déjà ?
Variation des prix de l’énergie, perspective du renouvellement des concessions ? 2008 voit EDF relancer le projet. REDENAT, qualifié d’intérêt public majeur sans qu’on ne trouve un projet actualisé, ressort sporadiquement des piles de dossiers et apparaît toujours comme pouvant déroger aux objectifs de qualité des eaux définis dans le cadre de la loi sur l’eau (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux Adour Garonne, source 3), ce qui n’est pas rien !
Vision court terme/vision long terme
Se fera, se fera pas, les habitants ne savent pas, mais ne dansent pas sur le même pied.
Les uns, en particulier les élus locaux, défendent un projet d’envergure propre à relancer l’activité locale. Deux associations créées : « association de valorisation et d’aménagement de la rivière Dordogne », et « Redémarrer Redenat ». Pour eux la mariée est belle : les énergies renouvelables, « intermittentes » (production irrégulière au cours de l’année) se développent, et donc le besoin de stocker s’accroît à l’horizon 2030, ce qui justifie l’intérêt d’ un projet de 1 milliard d’Euros, avec 500 emplois pendant cinq ans, plus des ressources financières potentielles ensuite.
Les autres, réunis dans « Réfléchir et Informer sur la STEP de Redenat » pointent le doigt sur les conséquences écologiques, sociales et économiques d’un projet dont la démesure n’est pour eux plus d’actualité. Quels seront les effets d’un tel ouvrage sur les équilibres écologiques des lieux, maintenant site Natura 2000 et réserve de biosphère, dont on vante la qualité de la biodiversité, avec une variation du niveau de l’eau (un marnage) pouvant atteindre 25m ? « Le fonctionnement hydrologique du bassin supérieur sera très artificiel avec des marnages pouvant atteindre 25 m (…)Cette instabilité n’interdit pas une colonisation par la faune ou la flore depuis le plan d’eau du Chastang mais elle ne permettra pas l’établissement d’un écosystème complexe. »( source 3). L’utilisation d’un tel site pour un développement touristique paraît pour le moins difficile avec un tel marnage. Sans compter le renforcement de la ligne à très haute tension sur le site supérieur, qui, même s’ils doivent se plier à « l’intérêt général majeur »n’est pas du goût des résidents et n’est pas le top dans un paysage touristique dit préservé.
Comme le dit Olivier Grabette (directeur R/D, RTE en 2013), « Le stockage deviendra une question cruciale en Europe au cours de la prochaine décennie. Il faut préparer cet avenir dès à présent, mais pas à n’importe quel coût économique et écologique. », et « Avec le développement des énergies renouvelables, il y a un écrasement des prix de marché de l’électricité. Les Step ne sont plus rentables »( source 4). Les opposants défendent d’autres choix de long terme. En particulier, d’autres technologies montantes et innovantes qui ont l’avantage de rapprocher sites de production de sites de consommation et qu’EDF promeut par ailleurs dans d’autres situations sont envisageables.
Et si on se trompait d’enjeu ?
Un enjeu essentiel, sous-jacent, est le renouvellement des concessions d’exploitation de barrage, serpent de mer européen pour la France ! Ah, ah, mais peut-on renouveler une par une ces exploitations de barrage, qui arrivent à échéance en fonction de leur date de construction ? Celui qui a le premier risque d’avoir les autres ? Cela fait dix ans qu’on en parle, déparle, et reparle. EDF doit serrer les fesses. Sauf, peut-être avec Redenat dans la corbeille obligation. Et cela tombe bien, on dit que Redenat est de transition écologique et la Corrèze est retenue comme territoire expérimental.
Et Redenat c’est gigantesque, énorme, un beau projet n’est ce pas ? Ah le miroir de la technicité pour nos alouettes, on s’y voit si beau !
Bref Redenat ressort dans la presse régulièrement. Mais il est toujours impossible de disposer d’un projet actualisé avec des objectifs clairs et transparents. La confusion, la difficulté à appréhender les enjeux sont des motifs suffisants de réflexion et de vigilance !
Sources :
1: http://www.rte-france.com/sites/default/files/2016_bilan_electrique_synthese.pdf
2 : Lacotte R. Un nouveau grand chantier d’E.D.F. en Limousin : Redenat, http://www.persee.fr/doc/noroi_0029-182x_1982_num_114_1_4040
3 : annexe à l’arrêté définissant les dérogations aux objectifs de qualité du SDAGE Adour Garonne, 2016/2020
4 : le graal du stockage, 28/03/2013, https://www.usinenouvelle.com/article/le-graal-du-stockage.N193989
Principe de fonctionnement d’une S.T.E.P. sources: www.ecosources.infoPlan du projet, http://www.risr.fr/Page022.html
Principe de fonctionnement d’une S.T.E.P.
sources: www.ecosources.info
Plan du projet,
http://www.risr.fr/Page022.html
Lala






