de l’ancien français faignant.
Nous serions bien inspiré de l’être, car de « l’être » il en est question. Étymologiquement le terme viendrait d’une part de la forme verbale fait (faire), associée à néant, d’autre part du participe présent de feindre : feignant. Dans le premier cas, faire néant, si tant est que cela soit possible, ce serait très salutaire : c’est le chemin de Bouddha vers la lumière, vers la connexion au cosmos et au monde. Un mode d’épanouissement personnel, de rééquilibrage de l’être sur l’avoir. C’est aussi une force de résistance. Le boycott, par exemple, consiste à ne pas faire, ne pas acheter, ne pas utiliser, ne pas payer : Gandhi a viré les Angliches de l’Inde avec des méthodes de fainéant. Ma cheffe préférée me disait souvent que ce qu’elle appréciait chez les fainéants c’était leur efficacité. Ils trouvent sans arrêt des améliorations, ils s’organisent pour moins en faire. Comme des transpositions de moment d’éveil dans la réalité. L’intelligence de la paresse. L’élite a toujours été paresseuse. Depuis Platon au moins, l’élite est paresseuse. La révolution industrielle est issue de concepts fainéants. Produire autant en faisant moins. Mais l’élite, en bonne fille aînée de l’Église, en plongeant (gérondif) dans ses racines, n’a point omis la deuxième acception du terme. Le participe présent. Et feignant l’innocence, elle fit produire plus en faisant autant. Ni vu ni connu, j’t’embrouille. Et les chefs préférés sont rares. De plus les fainéants sont rarement chefs (ils ne font rien pour l’être). Par contre les feignants, eux, le sont souvent. J’ai connu des gens qui faisaient tellement semblant qu’ils se croyaient eux-mêmes. Comme un footballeur qui se serait dribblé tout seul. Ils feignent de comprendre, ils feignent d’être utiles, ils font, ils font, ils font et marquent sur leurs frontons que le travail rend libre.
Marto




