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La Trousse Corrézienne

LTC 15 · 3 novembre 2017

Collectif Septembre 17 : l’entretien

Trois « Camille » qui répondent aux interrogations de deux « trousseux » au sujet de la violence étatique faite aux associations et du collectif qui découle de cette offensive gouvernementale.

« On s’y met ? Bon on ne va pas se redire bonjour, on n’est pas à la radio ! Alors on va vous poser des questions mais vous n’êtes pas obligés d’y répondre si ça n’a pas de sens pour vous ! En gros, pouvez-vous vous présenter, nous dire où vous travaillez et pourquoi vous avez rejoint le collectif Septembre 17 ?

Camille Chassagne (CC) : c’est toi qui commence, t’es arrivé en retard !

Camille Moulin (CM) : Ok. Je n’ai pas envie de me présenter au nom de mon asso… je dirais plutot : Camille Moulin ! (…) Comme le Préfet… Je fais partie du collectif en tant qu’individu et en tant que salariée en CAE dans une association et contrairement à la majorité des CAE je suis en CDI. Je trouve que mon travail est chouette, ce n’est pas un boulot qui ne sert à rien (…) et je suis forcément concernée par la suppression des CAE mais pas d’ici à la fin de l’année.

Camille Érignac (CE) : Je m’appelle Camille Érignac (rires)… Merde je n’ai pas choisi le bon préfet ! J’ai été en CUI-CAE un long moment et (…) il est mort d’une belle vieillesse mon contrat ! J’étais en CDI moi aussi mais j’ai dû le rompre parce qu’on n’avait plus le CAE et que l’asso n’avait pas les moyens de financer mon poste. Je ne sais pas si je suis là à titre personnel ou parce que je fais partie d’une asso et je trouve cette distinction assez superficielle. Je fais partie d’une asso qui s’appelle Medication Time, et je ne vais pas décliner ici tout ce qu’on fait sinon ça va être le bordel ! On est plutot touché par cette réforme mais pour nous ce n’est pas très très grave : c’est une belle occasion de faire autrement ! On avait pas mis tous nos œufs dans le même panier, le chômage va compenser ! Et notre activité n’est pas mise en péril par la fin des CUI-CAE parce qu’elle ne dépend pas […] du salariat pour exister.

CC : Moi c’est… Camille Chassagne, j’ai rejoint le collectif à titre d’adhérente d’une association touchée, en premier lieu. Je trouvais assez préoccupant le danger que cette fin des aides fait peser sur la poursuite de leurs activités. Dans cette asso (c’est Air de jeux, je crois qu’on peut le dire !), les CAE devaient permettre de développer suffisamment l’activité pour péréniser des emplois. Mais l’annonce ayant été extrêmement brutale, aucun plan B n’a pu être réfléchi et cette asso, comme plein d’autres, se retrouve dans l’urgence et en danger malgré son utilité pour le territoire. En zone rurale on est assez isolés. Enfin moi, pendant mon congé mat’, j’aurais aimé trouver un lieu comme ça, où on peut se poser, faire des rencontres… Et en qualité d’adhérente, de citoyenne aussi, ça me parraissait important qu’on prenne part à ce mouvement parce qu’on est les derniers à en patirent si ces lieux de rencontres et de dialogues disparaissent. Et je suis salariée associative moi aussi.

Je sais qu’il y a plein de cas de figure différents mais est-ce que vous diriez que certaines activités découlent du salariat : que certaines structures peuvent fonctionner sans salarié, et vont donc continuer, tandis que d’autres ne peuvent pas et ne fonctionneront plus du tout ?

CC : C’est pas tout à fait ça… Je me rappelle qu’à la fin de l’année dernière, quand le CAO(2) s’est monté à Voilco-Aster, la question s’est posée de créer un poste salarié afin de coordonner les activités bénévoles et que les migrants accueillis ne soient pas laissés à eux-mêmes. On se disait alors qu’on ne peut pas tirer sur la corde des bénévoles indéfiniment, il y a déjà énormément de bénévoles dans tout plein d’assos (…) et tout le monde ne peut pas se mobiliser sur tout, tout le temps. Alors qu’un salarié peut se consacrer à des tâches plus spécifiques, il peut former des bénévoles pour qu’il y ait un vrai échange entre quelqu’un qui est là de manière permanente et des gens qui sont là de manière plus ponctuelle.

Souvent, lorsqu’une asso se monte, elle crée des postes salariés, généralement pour les porteurs de projet, et je me demande quelle place est laissée aux bénévoles quand, dès la naissance de l’asso, il y a une équipe hyper présente ?

CM : Il ne faut pas oublier que pour des porteurs de projet, l’aide à l’embauche est juste une étape, elle n’est pas définitive. Elle permet surtout de l’innovation sociale, là où l’État et l’entreprise ne peuvent pas ou ne veulent pas investir […]. Les porteurs de projets, en mobilisant autour d’eux, en rencontrant des collectivités, en apprenant les rouages de l’administration, petit à petit, installent les projets dans la durée. Et faire tout cela de manière bénévole, c’est possible mais ça demande beaucoup plus de personnes, engagées sur du long terme, ce qui est de moins en moins le cas. Parce qu’il y a un changement de mentalités, en fait, de culture, à la fois de la part des individus et de celle de l’État et des entreprises qui ont pris le pouvoir là-dessus.

Je me demande en t’écoutant si on ne détournerait pas un peu la loi de 1901 pour créer des emplois dans l’associatif, par facilité, parce qu’il est plus difficile d’en trouver par ailleurs ? Et du coup, est-ce qu’il faut des emplois, donc réclamer des CAE ?

CM : Non, je rappelle que la loi 1901 a été créée pour que des personnes (à partir de 2 !) mettent en commun de façon permanente leurs moyens pour atteindre un but d’intérêt général, c’est-à-dire sans se redistribuer l’argent. Le système des bureaux avec président, trésorier, etc. existe seulement parce qu’en 1901, en créant ce statut d’association, ils ont copié le modèle de l’entreprise privée. Et on s’est mis dans la tête que c’étaient les responsables associatifs alors que ce sont justes deux personnes à un moment donné, qui décident de faire des trucs ensemble de manière permanente. Donc un porteur de projet associatif n’est jamais tout seul, il s’entoure afin que son projet se mette en route et, pour assurer la permanence, il s’appuie sur des personnes qui restent. Et puisqu’aujourd’hui les bénévoles ne restent plus, ce sont les salariés qui occupent ce rôle-là.

Oui, enfin comme vous le disiez, il est assez rare que les CUI-CAE soient en CDI.

CC : Ce n’est pas si rare que ça j’ai l’impression : là par exemple, on est trois issus de trois assos (quatre avec La Trousse !) qui ont choisi de bénéficier de cette aide à l’emploi sur des postes en CDI ! […] Et je tiens à cette appellation d’aide à l’emploi plutôt que de contrat aidé. C’est un budget qui est alloué par l’État à des structures pour les aidés à embaucher.

Il y a des critères sociaux quand même, à la base les CUI-CAE ce sont des contrats d’insertion.

CE : Le CAE est un contrat de travail de droit commun avec une modalité de financement.[…]

Je comprends qu’en terme de communication publique avec le Préfet ou dans les journaux, on parle des CDI en CUI-CAE pour contrer les argumentaires « macronistes » comme quoi ces aides sont inefficaces parce qu’il n’y a pas de formation, qu’elles ne pérénisent pas les emplois gna gna gni gna gna na ! […] En réalité, moi, si j’ai signé un CDI, c’est parce que je n’avais pas un an de chômage pur derrière moi […], que je ne remplissais pas tout à fait les critères sociaux pour être éligible au CAE mais qu’un CDI valorisait les statistiques d’insertion, donc me permettait d’accéder au CAE. […] Et mon conseiller Pôle Emploi ne voulait surtout pas entendre que ce CDI se terminerait sûrement par une rupture conventionnelle ! Même si c’est ce qui s’est passé, il y a un mois.

Alors je sais que ce n’est pas bon de dire ça pour la défense du collectif, mais c’est la réalité ! Et je ne veux pas empiéter sur la stratégie de mes collègues dans la défense de ces aides à l’emploi… C’est sûr, ça touche des gens tout de suite qui se retrouvent dans la merde. Pour moi ce n’est pas tant la question de l’activité de ces associations – j’ai presque envie de dire qu’il fallait qu’elles pensent autrement leurs activités dès le début, qu’elles aient une vision politique un peu plus lointaine, qu’elles mettent en place des stratégies fortes en s’attaquant à de la formation, à de la subversion, bref des trucs qui, notamment dans le milieu culturel, ne passent pas très très bien – que la question des personnes qui s’attendaient à être salariées pendant deux ans et qui d’un coup se retrouvent au chômage pendant six mois ou un an, avec seulement 75 % de leurs revenus en allocation. Ça pour moi c’est le vrai problème ! Alors dans les revendications, il peut y avoir à aider ces personnes-là. Mais je pense qu’en terme de collectif et d’associations, il faut qu’on soit un peu plus malins que simplement demander des emplois aidés. Qu’on se forme, qu’on s’écoute et qu’on commence à mettre de grosses stratégies en œuvre pour utiliser au maximum le dispositif de l’État et si ce n’est pas celui-là, on en détournera d’autres. Pour moi il s’agit vraiment d’un détournement.

Justement le collectif rassemble peut-être des personnes qui ont des visions différentes de celle de Camille ? Camille et Camille, êtes-vous sur la même ligne que Camille ? Et comment pensez-vous que le collectif peut avoir une réflexion sur cette problématique-là ?

CC : […] Ce qui est intéressant dans le collectif qui s’est monté autour de Tulle, c’est que dès la première réunion, on est partis de l’annonce hyper brutale et sans aucune concertation, (qui a été très mal vécue tant par les personnes que par les structures) et très vite, on a dépassé le combat pour les CUI-CAE pour s’organiser de manière collective. On a réalisé que, finalement, cette mobilisation-là c’était presque un prétexte pour arriver à se rassembler, à penser, à discuter, à faire de l’éducation politique, auprès des associations qui n’en sont pas toujours pourvues ni chez les dirigeants ni chez les salariés. Que du coup, il fallait qu’on aille au-delà, qu’on développe une dynamique à long terme.

CM : C’est normal qu’il y ait des visions différentes : on vient tous d’assos différentes, on a tous des parcours atypiques (c’est aussi pour ça qu’on est dans l’associatif et pas dans le fonctionnariat ou dans le privé sous une culture d’entreprise depuis vingt ans). Dans les associations, il y a peut-être plus de liberté de pensées et d’agir qu’ailleurs, notamment dans les assos d’éducation populaire. Et moi aussi ce que je trouve intéressant dans ce collectif, c’est qu’on a d’abord essayé de dépasser la réaction épidermique, de partager de l’info, d’être solidaires et d’utiliser ce nouveau coup de massue du gouvernement pour s’organiser. Parce que ce n’est pas le premier coup que les associations prennent, que les pauvres prennent ! Ce n’est pas la première fois que la politique de l’emploi n’est absolument pas adaptée à ce pays, et c’est encore aux riches qu’on va donner de l’argent. Non, pour moi, c’est une énième attaque, donc une énième raison de s’organiser ensemble. Parce qu’on sent bien que la logique derrière c’est de transformer le pays en machine à fric pour ceux qui en ont déjà beaucoup : […] c’est pas le ministère du travail qui a décidé de supprimer les CAE, c’est Bercy, c’est le président des riches. C’est pas le Collectif des Associations Citoyennes (CAC)(3) qui a décidé que les emplois aidés étaient un truc « moins bien »… C’est du côté des finances que l’attaque vient et c’est une question idéologique qui est posée. Alors […] concrètement, on réagit à une idéologie très forte qui vient d’en haut, on sait que ce n’est que le début et on s’est mis en résistance. Comme le Préfet nous l’a rappelé la dernière fois, il y a eu quatre tours d’élection récemment et tous les résultats sont allés dans le même sens et le monde a changé […]. Il y a les CAE aujourd’hui mais il y a eu la perte des subventions de fonctionnement, il y a eu l’utilisation des volontaires à la place des salariés […] et la prochaine étape, c’est détruire la Sécu car il n’y aura plus assez de gens pour la financer !?

CC : Et il y aura d’autres coups durs. Le prochain pour les associations du Limousin, ce sera la suppression des aides de la Région parce qu’au lieu d’étendre le dispositif Emploi associatif à toute la nouvelle Région, ils vont le supprimer dans celle où ça se faisait.

Comment passe-t-on à l’action ? Vous parlez d’éducation politique auprès des assos, comment faire pour regrouper plus de monde, pour rester unis, éviter les stratégies individuelles et réussir à faire moins confus ?

CE : On ne parle pas exactement d’éducation politique parce que ça voudrait dire que certaines assos auraient un savoir politique à transmettre à d’autres… moi je pense qu’on fait plutôt de l’auto-formation, par la rencontre, le partage ! Je « bénis » la fin des CAE pour ça… Enfin non je ne suis pas religieux ! Je « salue » cette fin des CAE ! Parce que c’est une super opportunité pour faire du lien entre des structures qui a minima ne se connaissaient pas, voire étaient en concurrence. Pour se rencontrer sur un registre différent de… par exemple « on organise un festival ensemble, qui s’occupe des toilettes sèches, qui de la sono ? » ou du registre de la corporation par secteur (entre assos sportives, entre assos culturelles, etc). Bref, on a là une raison de nous réunir qui est hyper riche, hyper intéressante et motivante, qui touche à l’économie des associations et des personnes, ce qui est très dur à vivre pour chacun […] mais qui donne un sacré courage pour lancer des actions et faire des trucs ensemble. […] Ce n’est pas comme on dit souvent « ouais, vous savez, les politiques… la politique… » comme un truc distant qui n’existerait pas vraiment : là on sait de quoi on parle parce que ça touche les gens.

Donc je trouve que c’est une super raison de se réunir […] mais aussi une super façon de questionner le travail de manière générale, de questionner l’aliénation au travail, l’organisation du travail, le salariat, l’emploi. En matière d’auto-formation politique, c’est une super manière d’apprendre comment fonctionne l’État, comment s’organisent les politiques publiques, jusqu’au niveau le plus bas, c’est-à-dire jusqu’au moment où les CRS sont en train de gazer des gens. D’ailleurs pour moi, c’est un bon souvenir de Macron 2016 quand il est venu à Égletons – je fais une petite disgression, vous me couperez si ça ne vous plait pas ! Je me rappelle très bien qu’avec les nuits debouts, il y avait d’un côté un groupe de communistes, un groupe anarchiste de l’autre, il y avait ceux qui s’échinaient à faire le lien entre les deux, et puis il y avait les classiques socialo-réformistes. On était tous un peu éclatés dans des stratégies différentes mais le jour où on s’est retrouvé au même endroit, à se faire casser la gueule par les parents d’élèves et les CRS – tout comme cette année, on est au même endroit à se faire gazer par les mêmes flics – et bien là […] on fabrique des révolutionnaires. […] C’est une forme d’auto-formation politique qui crée une cohésion de groupe face à des pouvoirs en place et […] à un ennemi identifié. Alors je suis bien d’accord que le jeune flic tout stressé qui a certainement peur des « extrémistes gauchistes » qu’on a inventé dans sa formation […], il n’incarne pas seul l’État, mais il est une interface. Et comme ce n’est pas rien de se faire gazer par les représentants de l’État (ou par ses agents), ces moments-là créent de la cohérence. Même chez des gens qui n’ont pas de réflexe ou de « culture politique », quand les yeux pleurent parce que le gaz lacrymo ça pique, il y a compréhension de ce qui se joue vraiment dans la violence de l’État et de ses dispositifs. Alors je dis « l’État » mais je précise : je ne suis pas contre l’État en général… mais contre celui-là sans aucun doute ! Et je rejoins mes collègues quand ils disent qu’il ne s’agit pas seulement de lutter pour des CUI-CAE mais contre la politique libérale qui s’est légalisée et qui s’est incorporée dans le jeu des institutions… des institutions qui, d’aprés la Constitution et au-delà des partis politiques, sont sensées être les nôtres ! C’est dans ces moments-là, que les gens captent à quel point ces institutions nous ont été arrachées.

Et du coup est-ce que vous faire gazer ensemble, avec les élus, ça vous a rapproché ?

CM : Bah il y avait des élus qui étaient déjà dans le collectif ! Il faut faire la différence entre les élus locaux qui sont directement impactés parce qu’ils doivent gérer le bordel imposé par en haut, et puis les élus nationaux, des députés mêmes des sénateurs qui sont à fond derrière cette politique-là. Il y a deux types d’élus : je pense au petit maire de la Creuse qui s’est fait gazer par les CRS, il était déjà avec nous, il l’est d’autant plus ! Tandis que le député En marche, qui n’a toujours rien compris au film…

Vous parlez de Jerretie, là ?

CC : Oui. Lui, il était déjà pas du même côté de la barrière, il était dedans avec Macron (en train de lui cirer les pompes), pas aux côtés des élus creusois, des manifestants de GM&S et des collectifs associatifs.

Cette question du rassemblement est assez récurrente : des sujets de lutte il y en a eu beaucoup ces dernières années. Comment sortir de l’entre-soi ? Comment faire pour ne pas prêcher que des convaincus mais rassembler aussi des assos qui ne fonctionnent qu’avec des bénévoles ? – Je pense au club de foot de mon gamin par exemple !

CC – Je suis d’accord avec ton constat de l’entre-soi, […] mais j’ai l’impression que certaines assos qu’on n’aurait pas vues dans d’autres types de mobilisation commencent à se dire que ça peut être intéressant de rejoindre le collectif. En tout cas, elles sont curieuses de voir ce qui s’y passe. Entre convaincus, on continuera à faire des actions grand public, mais pour l’action en interne, pour réfléchir et s’organiser collectivement, plus il y aura de monde – et plus il y aura de monde qui n’est pas initialement convaincu par le bien-fondé de nos actions – mieux ce sera ! Le constat qu’on fait maintenant après un mois, c’est que malgré tout, certaines asso sportives où on a l’impression qu’il n’y a que des bénévoles alors qu’il y a parfois une personne ou deux salariées (je pense à Profession Sport qui le jour de la fête des assos était vent debout contre la supression des CUI-CAE parce qu’ils distribuent les postes d’éducateurs sportifs dans différentes associations) ne participent pas au collectif malgré les invitations et les relances. Et c’est un peu dommage… Mais ce n’est que le début. Du quinquennat et de cette mobilisation ! Et au collectif, on s’est bien dit qu’on ne se limitait pas aux associations : les collectivités sont touchées aussi, les EPHAD, l’Éducation Nationale (même s’ils seront sauvés en priorités et heureusement !) […] et puis il y a les usagers. […] Et dans des actions – comme le tractage hier sur le marché – on se rend bien compte que les gens ont envie de discuter : ils ont envie de savoir ce qui se passe, ils sont vachement remontés par d’autres trucs : il y a plein de retraités inquiets par une hausse de la CSG ! Il y a quand même un réservoir de gens un peu énervés qui veulent savoir pourquoi on est là, qu’est-ce qu’on fait et c’est quoi encore la nouveauté du moment !?

Il manque énormément de structures touchées dans votre collectif mais il y a une convergence, une union qui se crée entre les présentes. Je me demande comment la préserver de la « fissure », face au « sauvetage » par les politiques, au cas par cas, de telles ou telles assos, plutot que de telles autres ?

CM : Je pense que de toute façon personne ne passera à travers les mailles : s’ils sauvent entre trois et cinq emplois sur l’ensemble de la Corrèze ce sera le mieux. Mais la fin des CAE est programmée en 2020, […] alors ils nous proposeront peut-être de détourner des services civiques ?

C’est déjà le cas : ça devait être réservé au moins de 25 ans, non diplomés et ne pas couvrir un poste, mais la préfecture elle-même cherche deux services civiques pour gérer l’accueil du public et la médiation en cas de conflit ! C’est quand même du grand délire ! Je me mêle à la discussion là, mais… J’ai été objecteur de conscience (ndlr : dans un monde parallèle) et à cette époque on remplaçait plein de monde. Le service militaire était obligatoire, il y avait plein de monde disponible, ils disaient « les objecteurs, c’est pour les assos » et c’est comme ça que je me suis retrouvé animateur « socio-culturel » pendant deux ans !

C’est pour ça que je repose la question : comment ne pas fissurer cette union quand à un moment ils proposeront des solutions perverses ?

CE : Quand tu dis ça, moi je fais encore le lien entre le printemps dernier […] et le mouvement social en cours. On s’était attendus – et ça c’est un peu passé comme ça – à ce que le mouvement Nuit debout soit dissout, entre la coupe d’europe ou du monde de foot (ndlr : championnat d’europe), les élections, l’été, et qu’en septembre, tout le monde reprendrait son boulot et n’aurait plus besoin de lutter. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il y a eu les élections avec de gros mouvements sociaux à Paris […] et là aujourd’hui on repart sur un automne 17 qui a largement pris de la graine depuis le printemps 2016 (ndlr : visite de Macron à Égletons en tant que ministre). Alors dans tous les cas (et ça me permet de répondre aussi à la question de comment rassembler au-delà d’un cercle de convaincus) ces mouv n’ont pas été des mouvements massifs et peut-être que c’est à nous de modifier nos manières de nous organiser et de percevoir nos capacités révolutionnaires ou de transformation sociale. Peut-être qu’il nous faut changer de registre, arrêter d’attendre le « grand soir » ou cette union massive des gens… parce que soixante ans de libéralisme ça nous a quand même sacrément atomisé et circonscrit dans nos positions de consommateur-travailleur-électeur-citoyen. C’est compliqué de « re-socialiser » toute une population, d’acculturer les gens, et puis a-t-on envie de le faire ?! Non, moi ce que je retiens de cette épisode printemps 2016 – automne 17 (sale temps pour les tsars !), c’est qu’il y a un mouvement de basse intensité et que la puissance n’est pas forcément dans la grande intensité révolutionnaire telle qu’elle nous a été transmise par l’histoire et la mythologie des révolutions. Ce mouvement de basse intensité, il est constitué de plein de choses dont la régularité […], la formation […], de nouvelles formes de luttes sociales, et plus ça va plus on évite les pauses dans le mouvement social. Comme il y aurait une sorte de continuité du service public, on a maintenant une continuité du service des luttes sociales ! Et je trouve ça intéressant, moi qui me suis construit dans ce rêve que j’allais connaître pendant ma vie une grande révolution… Peut-être que si on déconstruit ce rêve pour penser une action de basse intensité dans la longueur, ça nous évitera d’être tristes dans la lutte et on remarquera les choses intéressantes.

Alors oui le mouvement va peut-être se fissurer parce que […] des assos seront mises en concurrence et tout sera fait pour qu’il n’y ait pas de liens entre elles. Mais la politique qui est menée depuis 83 va continuer. Alors si nous, on arrive à garder en tête que notre mouvement aussi va continuer, on arrivera à garder des forces et à se regrouper ! Peut-être que si on reste sur des revendications de CUI-CAE on va s’essouffler, alors que si on voit à travers cet écran de fumée les enjeux du service public et d’un contre service public – fait d’autonomie et de gens qui s’organisent -, là on pourra dire qu’on construit quelque chose de plus solide qu’une revendication temporaire.

C’est ce que tu appelles subversion et résistance ?

CE : Oui c’est ce qu’on appelle aussi mutinerie et désertion ! (voir article page 12)

CC : Je trouve justement que le collectif n’est pas que sur cette revendication de CUI-CAE et, (…) puisque même les gens concernés par les suppressions de postes ne parlent pas de leur contrat, de leur situation personnelle ou de leur structure, je ne vois pas le risque de fissure tant que l’idée partagée par beaucoup est de construire un plan plus loin que ça !

Un plan quinquennal ? (Rires). Alors comment envisagez-vous les étapes suivantes ?

CE : Le truc, c’est qu’on est beaucoup, une trentaine de réguliers, le double si on compte tous ceux qui sont venus au moins une fois depuis le début… […] mais dans le compte-rendu tu peux dire qu’on est des milliers ! (Rires). Donc prochainement on va devoir construire des outils pour fonctionner avec autant de monde. Il y a d’autres instances aussi qui se sont construites dans d’autres endroits. On a des expériences à partager en terme de fonctionnement économique et d’autogestion, avec le Battement d’ailes par exemple (voir dossier « L’autogestion ou la (con)gestion de La Trousse N°11) ou chez les voisins du Plateau de Millevache. Et puis il y a le Cycle travail proposé par Medication Time : quand on a commencé il y a un an, l’idée c’était déjà de comprendre les phénomènes socio-politico-économiques qui nous touchent en tant que travailleurs ou chômeurs, et de se former entre différentes initiatives. Maintenant, le Cycle travail se tourne vers les organisations collectives qui permettent de mutualiser de la tune, des emplois salariés, de la production.

Pour moi il y a deux choses : rebondir sur ce qui existe déjà localement et faire en sorte que l’on puisse mutualiser… ah j’aimerais changer de mot… collaborer ?! Non ! Construire une vraie structure communiste locale et immédiate, sans attendre que ça vienne d’en haut et parce qu’il y a des gens qui ont besoin tout de suite ; tout en se battant pour des choses plus globales, nationales, comme certaines formes de service public, la Sécu, les retraites, etc. Bref, il faut en même temps créer des trucs et aller aux manifs !

CM : Moi ce qui m’intéresse aussi dans le collectif, c’est la question de l’humain. Parce que ce sont des technocrates en face, […] ils ne connaissent que des « grooooossses » associations comme celles qui gèrent le restaurent de Bercy et qui fait dix millions d’euros par an. Ces gens sont complètement déconnectés d’une réalité de terrain ! […] Alors oui il y aura des tentatives de fissurage, de détournement, de récupération, mais concrètement ils ne peuvent rien faire parce qu’ils ne nous connaissent pas, ils ne nous représentent pas !

Enfin ils ne peuvent rien faire… ils font quand même !

CM : Oui ils s’inscrivent dans l’Histoire, comme toutes les idéologies totalitaristes […] et on va en chier, pendant longtemps ! Mais au final on va gagner parce qu’il y a tout le temps les humains dans leurs differences, dans leur diversité, dans leurs aspirations qui ressurgissent. […] Et quand on touche aux assos, on touche à ça. Quand on touche aux gens qui sont en CAE on touche à des gens qui ont déjà connu la galère et la misère, qui sont handicapés, qui sont vieux, ou qui sont jeunes et qui n’ont pas de boulot. Et ça c’est ce qui m’exaspère le plus : qu’un gouvernement soit indifférent à ce type de gens, pour moi c’est de l’eugénisme sociale. L’idéologie libérale, économique, appliquée en ce moment par les présidents des riches c’est de l’eugénisme social ! On renvoit les gens dont on n’a plus besoin, des usines (parce qu’il y a des robots qui sont beaucoup plus rentables) et on les laisse dans la précarité avec une espérance de vie qui chute de vingt ans.

Ça me met en rogne ! Ils sont dans une bulle et ils sont une ultra-minorité, de moins en moins nombreux. Et je ne crois pas non plus à la révolution du peuple : je pense qu’un jour, ils vont être vraiment trop peu nombreux pour faire face à toutes les conneries qu’ils auront faites et il y aura des convergences entre des élus locaux, des salariés associatifs, des chômeurs et des agents de l’État qu’ils soient flics ou profs… Bref, vous voulez savoir où va aller le collectif mais on ne sait pas parce qu’il est en train de s’écrire ! Il va se faire avec les gens qui sont là.

Pour revenir à une question un peu plus facile et terre à terre, vis à vis des autres territoires, genre Lot, Creuse, Haute-Vienne, vous avez des liens ? Des infos sur ce qui se fait ?

CM : Sur le plateau Limousin ils sont très organisés ! C’est une évidence, mais il faut toujours le redire ! À Faux-la-Montagne, pour 370 habitants, il y a 37 associations ! C’est une autre façon de fonctionner, c’est une autre façon de vivre, ce sont d’autres problèmes à gérer aussi. Mais c’est plus intéressant quand même ! En ce moment, il y a des collectifs au niveau de la Creuse qui regroupent des assos et des citoyens et qui veulent réunir des élus, en solidarité avec GM&S et les salariés en général. Sur la Haute-Vienne, c’est plus compliqué. A priori il y a un collectif d’associations mais il y a surtout une Fac avec des étudiants qui ne prônent pas la convergence, et défendent des choses ultra sectorielles pour l’instant.

Tu parles de Limoges ?

CM : Oui […] les mobilisations commencent toujours dans les lieux de pouvoir. Et il y a là-bas une longue histoire de concurrence entre les associations qui fait que la mobilisation n’est pas évidente. Mais on a quand même des liens.

CC : Ici il y a un collectif tulliste avec des assos brivistes mais on oublie du monde c’est sur ! Maintenant il y a RGB qui nous a rejoint depuis peu et qui va pouvoir relayer par là-bas. Il y a des grosses structures qui soutiennent nos initiatives aussi comme le Secours Populaire (qui est très touché). Mais la majorité des présents sont quand même un peu toujours les mêmes. […] »

Alors le 10 novembre, une nouvelle « Journée noire des associations » permettra peut-être d’amplifier le mouvement (voir agenda page 8)

1 – Entretien réalisé le 19 octobre 2017

2 – Centre d’Accueil et d’Orientation

3 – http://www.associations-citoyennes.net/

Le collectif Septembre 17 en discussion
L’entretien du collectif Septembre 17
Les associations se retroussent les manches

Du papier, des crayons, pas de pubards.

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Illustration : un panneau « DÉVIATION » jaune et noir à la peinture épaisse.

Déviation de la RD 901 à Varetz : une opération qui interroge

Le 12 juillet 2024, le conseil départemental de la Corrèze a décidé, à l’unanimité, de retenir le tracé de la variante numéro 1 et donc de relancer à l’identique un projet datant de plus de 30 ans.

17 octobre 2026

Aquarelle de Bernard : la vache Mounette, une fleur à la bouche.

Vachement bien…

C’est l’histoire d’une vache qui dépérissait au fond d’une étable, faute de bons soins sans doute. Paul l’a vue et il n’a pas aimé ça, alors il l’a achetée. Il l’a amenée chez lui, il l’a retapée, il l’a baptisée Mounette et chaque année ensuite,…

17 octobre 2026

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