Du Valium pour Noël
À 4 ans, mes parents me trouvaient devant la téloche la nuit, tournant en rond dans le salon, inquiète de la pollution des océans. Depuis toujours, le monde et ses travers ne m’ont pas concédé une seule nuit de plénitude, de confort, de doux abandon. Le soir, je pense. Je cogite donc je suis.
La peste à Madagascar, la Catalogne menacée, le racisme, le compte à rebours écologique, l’austérité budgétaire, l’avènement de fachos un peu partout dans le monde, la corruption, l’évasion fiscale, la casse sociale, la violence des qualificatifs qui nous sont adressés, les agressions sexuelles, la transphobie, le régime carcéral inacceptable, la faim dans le monde.
Il y a un an, j’écrivais une chronique, pleine d’espoir, à l’attention de mon petit garçon. Mais plus le temps passe, plus tout ce papier ressemble à une liste de vœux pieux. Je devrais lui faire des excuses. Il sait depuis toujours que le Père Noël n’existe pas parce qu’on ne voulait pas lui mentir. Mais je me rends compte que j’ai monté un char encore plus gros à mon gosse.
Il nous reste trois ans afin de renverser (attention, cynisme !) la vapeur concernant les émissions de gaz à effet de serre. Trois ans, ça ne suffirait même pas à booker une salle et un traiteur pour accueillir toutes les nations non-récalcitrantes aux réunions dans le but d’une convention longue comme un jour sans pain débouchant sur un hypothétique accord de principe pour arrêter les conneries.
« Comment est-ce arrivé ? Qui est à blâmer ? Bien sûr, il y a ceux qui sont plus responsables que les autres et qui devront en rendre compte mais… Encore dans un souci de vérité, si vous cherchez un coupable, regardez simplement dans un miroir. » (V, dans V pour Vendetta).
Afin de remplir mes petits souliers de légèreté, soyez gentils de m’envoyer par la Poste, du Valium pour Noël.
Soledad



