
Les drôles de dames de La récré
La récré n’est pas une cour d’école mais un bar pour les petits et les grands, associatif. Nous en avons poussé la porte pour un entretien avec Ingrid, Lætitia et Aurélie, les drôles de dames de derrière le comptoir.
Prendre la place de « La poulou » ne fut pas une mince affaire. La gérante historique de l’établissement -alors bistrot, resto, hôtel aussi parfois- part en maison de retraite en 2012. Masseret, village de six cent soixante-dix-huit âmes a perdu un lieu de vie un peu mythique. Mais c’est sans compter la détermination de Janine, adjointe au maire socialiste Bernard Roux. La commune rachète le lieu et cherche des gens « qui n’en veulent » pour y rallumer le feu de la convivialité. Il faut attendre l’été 2016 pour que la rencontre ait lieu entre nos drôles de dames et Janine et Charlie -euh- Bernard. Là tout s’accélère. L’association Les fêlés de l’art est constituée. Un projet est écrit. Il est présenté en septembre 2016 au conseil municipal. Le conseil est emballé. Le deal est scellé : gratuité de l’usage et de la maintenance du lieu contre animation. En quinze jours les lieux sont vidés, ré-agencés. Le 15 octobre c’est la première soirée.
« On a fait le choix de ne pas être salariées ». L’énergie de La récré est bénévole. Le trio porteur des trois masseretoises est bien agencé. Aurélie, « la classique », est ancienne présidente de l’association des parents d’élève, ancienne épicière de Salon-la-Tour, nouvellement vendeuse de fringues et de Légo sur internet. Trente-quatre ans, deux enfants, elle s’occupe de la partie administrative et de la gestion du panier paysan qui commence son essor depuis août de cette année. Ingrid, « la développeuse artistique », est intermittente du spectacle, chargée de production et organisatrice d’événements, plus particulièrement pour la compagnie des Romains Michels. Elle s’occupe des dossiers et de la programmation. Lætitia, « la punk », est peintre et confectionneuse de bijoux. Elle s’occupe de la com’. Le trio porteur est complété par Romain, musicien et conjoint d’Ingrid, et Prisca de l’association des parents d’élèves.
« La réussite de ce café c’est qu’il touche tous les gens du village ». Le pari de ne pas faire « d’entre-soi » n’était pas gagné d’avance. Un an déjà de fonctionnement et le bilan est bon à cet endroit. Même Dédée, la voisine d’en face, l’amie de « La poulou », rétive au début, a fini par repasser la porte de l’établissement pour une belote, un panier paysan… Le secret pour y arriver est en fait une recette connue : la diversité des propositions d’animation. Tout l’art des fêlés est de la réussir avec brio. Le café n’est donc pas qu’un bar ouvert du lundi au vendredi de 17h à 20h, c’est aussi des ateliers de savoir-faire, des concerts, des bœufs musicaux, des cours de guitare, de danse contact, de cirque, des ateliers photos, des soirées jeux, un panier paysan, la co-organisation du festival de rue, l’orga’ de la fête de la musique… La prog’ est variée. Le succès est au rendez-vous pour quasiment toutes les propositions, surtout celles en direction des enfants, les mercredis après-midi.
« On est là pour la convivialité ». C’est le mot d’ordre. Les filles n’ont pas envie de s’enfermer dans une identité, qu’elles trouvent élitiste, de défenseurs du produit bio-local. Ce n’est pas la politique de la maison. D’ailleurs si toutefois tu viens avec tes Lou pélou, monnaie locale, tu pourras effectivement te payer une bière pas chère, mais ni locale ni bio. Faudra choisir entre Chimay, Leffe et Heineken. Nonobstant, il y aura bientôt parait-il de la pression artisanale. Et ce n’est pas là le seul projet. Il est question d’aménager la cuisine en bas, de rafraichir et d’équiper la grande pièce de l’étage pour divers ateliers, faire un jardin partagé avec l’école et d’autres structures, installer des ruches, organiser un gros marché festif d’artisans en mai… Décidément, en terme de renouveau, on comprend bien pourquoi l’édile socialiste local leur a laissé les clefs.
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Philippe Van Assche




