
Le dernier sujet du brevet des collèges à la page éducation civique et morale pondu par l’Éducation Nationale est à la fois des plus déconcertant et en somme cohérent dans le contexte « d’état d’urgence » dans lequel est plongé notre pays. Il pourrait ressembler à des feuilles de manuels scolaires écrites de la main d’un régime totalitaire. Jugez par vous-même :
« Les grands principes de la Défense nationale Document : La mobilisation des militaires auprès des populations Questions 1. Expliquez quelle est la mission confiée aux forces de l’armée de terre dans le document. 2. Citez une autre mission confiée aux forces armées sur le territoire national ou à l’extérieur. 3. Vous avez été choisi(e) pour représenter la France au prochain sommet de l’Union européenne. Vous êtes chargé(e) de réaliser une note pour présenter une mission des militaires français sur le territoire national ou à l’étranger. Montrez en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne. »
Extrait dudit document : « Au total, ce sont 250 militaires qui sont mobilisés depuis un peu plus d’une semaine pour lutter contre les intempéries. Cette mission de soutien est donc l’occasion de faire un bilan de la participation des forces armées du ministère de la Défense à la lutte contre les intempéries et les feux de forêts sur le territoire national et d’en tirer des conclusions, surtout dans le contexte de resserrement budgétaire et d’état d’urgence dans lequel vit la France » (Source : IFRAP – Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, article publié le 6 juin 2016)
Ainsi, on justifie, par des moyens détournés bien que vrais (au prétexte d’endiguer les dégâts causés par les intempéries), auprès des adolescents, l’état d’urgence (en conséquence de quoi nous sommes privés de quelques-unes de nos libertés démocratiques), le déploiement de forces armées sur le territoire, la volonté du gouvernement d’investir plus d’argent dans la défense du pays. Pour finir, on demande à nos enfants de faire la promotion des forces armées.
Alors qu’est-il advenu de l’esprit progressiste fer de lance de l’idéologie socialiste ?
Cette histoire a tout de même fait grincer les dents du syndicat des enseignants Snes-FSU qui a publié un communiqué le 03 juillet dernier (relayé le 12 juillet par Le Canard enchaîné / article à lire sous ce lien : http://www.ifrap.org/education-et-culture/brevet-des-colleges) dans lequel il critique entre autres la partialité de l’IFRAP, la fondation qui a produit le document de référence utilisé dans le sujet du brevet.
Un communiqué ! Rien que ça ? Malheureusement, il semble être resté lettre morte, les congés ont eu raison de tout début de polémique. Les syndicats des enseignants nous avaient pourtant habitués à de meilleurs bras de fer avec le gouvernement. Dommage qu’aucun professeur n’ait lu ou su tirer parti des conseils d’un de leur très anciens confrères, Henri David Thoreau. La désobéissance civile n’aurait donc plus aucun partisan dans le corps enseignant.
Il ne nous reste plus qu’à espérer que quelques bons profs’ d’histoire-géographie analyseront avec leurs futurs élèves de 3e et de 2nde ce sujet du brevet qui peut se muter en formidable exercice de détricotage de la propagande contemporaine. Sinon comment, demain, faire la différence entre une caserne et une école ?
Florian Rochet




