
Il y a cinq ans, je me suis laissé emmené par la vague du Front de Gauche, Mélenchon en tête. Mais d’élection en élection, de guerres de partis en coups bas, la désillusion est passée par là. J’ai donc abordé la campagne présidentielle avec distance : de toute façon, 2017 n’aurait pas lieu. Et puis, au fil des semaines, en écoutant, en observant, j’ai constaté que quelque chose avait changé. Le tournant fondamentalement écologiste, et surtout, ce projet de société pour retrouver « le goût du bonheur » m’a embarqué. C’était bon d’y croire à nouveau ! Mais c’était sans compter le retour au territoire…
Parce que localement, sur les deux circonscriptions, l’ancien Front de Gauche a éclaté. A priori, ça ne me dérangeait pas outre mesure, je me disais que ça permettrait de clarifier les positions de chacun, les projets. Et j’ai bêtement cru que les adversaires, ce seraient les autres : les sociaux libéraux et libéraux touts courts, les nationalistes et autres fans de la patrie. Et ben pas du tout… Même si la grande majorité des candidats est restée droite et digne, et c’est plutôt rassurant.
Sur les réseaux sociaux d’abord, ça a été difficile. Des commentaires désobligeants d’insoumis à insoumis, l’un traitant les autres de « petits bourgeois ». Un post d’une candidate des Verts très odorant à l’encontre d’une candidate insoumise, sur fond de communautarisme… Et des candidats qui en ont pris plein la tête de la part de militants pendant toute la campagne.
Mais la cerise sur le gâteau, ça a été cette belle intervention de Christain Audouin sur Facebook. Monsieur Audouin, c’est un ancien du PCF, actuellement directeur de l’Écho (quotidien local) qui s’est découvert insoumis il y a quelques temps. Il a voulu ridiculiser Jean Mouzat, candidat PCF sur la premiére circonscription, en utilisant un article de son journal qui relatait la rencontre de ce candidat, par ailleurs responsable d’un syndicat agricole, avec le ministre de l’Agriculture. L’idée était simple : le faire passer pour un vendu. C’était déjà naze et idiot. Mais quand on se souvient que Christian Audouin était le candidat Front de gauche aux dernières législatives sur la même circonscription, et qu’il avait carrément dégagé ce logo de ses visuels de campagne pour ne garder que le Parti Communiste et des slogans très éloignés du projet soi-disant commun… on rit très jaune. Du coup, on rit tellement qu’on a plus du tout envie de rire quand on reçoit à la maison les documents de com’ du PCF qui s’affiche cette fois Front de Gauche alors que celui-ci n’existe plus.
Au final, on se déplace quand même à une réunion publique des insoumis, parce qu’on a encore envie d’y croire, et on se confronte à une réalité crue : quelques soient les bonnes volontés, les envies sincères, les espoirs, notre société ne sait pas avancer ensemble, dans l’écoute de l’autre, le respect de son point de vue, l’horizontalité. Tout nous porte à croire qu’il n’y a que quelques façons de penser : on est de droite ou de gauche, riche ou pauvre… Ce serait drôlement pratique mais la vie n’est ni blanche, ni noire, juste d’une infinie variété de couleurs et de nuances.
De tout ça, je reste un peu désabusé, triste, et j’en viens à penser de façon binaire, moi aussi. Peut-être ne reste-t-il que deux options pour notre société – dans la perspective d’arriver à nos fins, à savoir installer une société écologique, juste et heureuse. La première passerait par un travail de fond d’éducation populaire et de travail sur soi : mieux se connaître, accepter ses forces et ses faiblesses pour accepter celles des autres, et comprendre le monde pour construire ensemble. La seconde est quelque peu plus radicale : puisque nous sommes une société d’incultes et d’égoïstes, la démocratie n’est pas faite pour nous. Vive la dictature ! Bizarrement, j’ai bien l’impression qu’on ira plus facilement vers la seconde option… Ça tombe bien, Macron nous y emmène tranquillement : pendant qu’on se chamaille entre nous, les puissants s’amusent…
Lapin Compris



