
Le Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR) recense près de 65,3 millions de personnes qui ont été forcées de fuir leurs foyers pour plusieurs causes : insécurité, guerre, persécution, famine, etc. Rappelons que quelque soit leur nationalité (afghane, syrienne, soudanaise, birmane, irakienne, centrafricaine, chinoise…) les réfugiés se dirigent avant tout vers les États frontaliers à leurs pays d’origine. C’est pourquoi le tiers monde accueille plus de 86 % des réfugiés tandis que 13 % d’entre eux se mettent en route vers les pays dits « développés ». Quand les populistes de tout bord agitent la menace d’une vague d’immigration, prélude à un choc des civilisations – entendons entre Occident chrétien et Orient musulman – , faut-il rappeler qu’en Asie, le Pakistan accueille plus de 1,6 millions de réfugiés afghans ? Qu’au Liban une personne sur quatre est un réfugié ? Qu’en Éthiopie, rapporté à la richesse, ou plutôt à la pauvreté du pays, le nombre de réfugiés est de 336 pour 1 dollar de produit intérieur brut ? Que près de 795.000 soudanais du Sud ont émigré vers l’Ouganda ? (1)
L’on veut bien que capitaux, biens et marchandises puissent circuler avec le moins d’entraves possible. Mais par contre cette liberté est refusée aux personnes « craignant avec raison d’être persécutées du fait de leurs origines, de leurs religions, de leurs nationalités, de leurs appartenances à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques, se trouvent hors du pays dont elles ont la nationalité et qui ne peuvent ou, du fait de cette crainte, ne veulent se réclamer de la protection de leurs pays ». Quand par l’un ou l’autre moyen ces êtres humains parviennent enfin à trouver répit dans un pays, il n’est pas rare qu’ils fassent l’objet de tous les soupçons.
L’Afrique de l’Est fait actuellement face à deux urgences humanitaires. D’une part, malgré les auto-congratulations de François Hollande quant à la réussite de la mission Sangaris (2), la République centrafricaine n’est toujours pas en paix. D’autre part, la situation critique des déplacés internes (1,9 millions) et des réfugiés (1,6 millions), due à la guerre larvée qui mine le Soudan du Sud depuis 2013, s’est doublée d’une menace de famine qui s’étend à la plupart des pays de l’Afrique de l’Est.
Dans ce contexte, étant lui-même menacé par les aléas du changement climatique, l’Ouganda, situé au sud du Soudan du Sud, se trouve aux avant-postes pour l’accueil des réfugiés venant massivement de ce pays.
De fait l’Ouganda accueille à lui seul la moitié des 1,5 millions de réfugiés soudanais fuyant le conflit qui ravage le Sud-Soudan depuis décembre 2013. Dernier né des états du globe (2011), ce pays entra en guerre après que le président Salva Kiir renvoya son vice-président Riek Machar sur fond de rivalité ethnique. Une accord de paix a été signé en Août 2015, mais les violences n’ont jamais vraiment cessé (3).
Les réfugiés sud-soudanais rejoignent les trois camps situés au nord de l’Ouganda. Le plus grand, celui d’Adjumani abrite plus de 200.000 personnes, tandis que les camps de Rhino et de Kiryandongo comptent chacun plus de 50.000 personnes. C’est dire que la capacité d’accueil est largement dépassée ! Les quelques 400.000 réfugiés sud-soudanais restants étant éparpillés dans des camps de fortune. Selon les prévisions du HCR, leur nombre devrait atteindre le million à la moitié de cette année.
Sens du devoir ou accueil forcé et inéluctable au regard de sa situation géographique, « l’Ouganda continue de maintenir ses frontières ouvertes (…) Nous continuons à accueillir nos voisins (sud-soudanais) tout le temps qu’ils en auront besoin », tonne le président ougandais. Certes, ce message d’ouverture est doublé d’un appel à l’aide à la communauté internationale car « la situation est devenue de plus en plus critique » (4).
Les vingt dernières années l’un ou l’autre des états limitrophes à l’Ouganda a connu la guerre. De fait, ce pays a toujours ouvert ses frontières aux ressortissants de ses voisins connaissant des situations de crise. Dans ce pays, la prise en charge et l’aide apportée aux réfugiés sont systématiques et se font en dehors de tout soupçon. Peut-être que cette ouverture s’explique par le fait que l’Ouganda a lui-même connu des périodes de conflits intérieurs – Guerre de brousse ougandaise (1981-1986), Guerre Ougando-Tanzanienne (1978-1979), exactions menées par les milice de l’Armée de résistance du Seigneur (1988-2012) amenant la migration de plusieurs ougandais.
À l’opposé des procédés classiques de traitement des réfugiés, l’Ouganda ne parque pas ces derniers dans des camps fermés et surveillés. La loi sur les réfugiés de 2006 entérine cette pratique déjà utilisée depuis l’indépendance en 1962. Ainsi la liberté de circulation est considérée comme une liberté fondamentale reconnue aux réfugiés.
Dans le but de réduire au maximum la dépendance des réfugiés à l’aide internationale, l’Ouganda donne aux réfugiés le droit au travail et à créer leurs propres activités. Pour cela, des formations sont organisées en coopération avec certaines ONG. Ce droit, pourtant inscrit dans la Convention de 1951 sur les réfugiés, est loin d’être respecté partout dans le monde. Ainsi, des cours de boulangerie, de micro-finance, de gestion sont par exemple offerts aux réfugiés. De même, des parcelles sont allouées à ceux et celles qui veulent se lancer dans l’agriculture. Ce système visant à intégrer les réfugiés dans l’économie locale a montré ses réussites. « Les Ougandais achètent des récoltes et se rendent dans les sites d’installation et repartent avec les camions remplis de produits (du camp de réfugiés) de Kyangwali, destinés au marché de la ville d’Hoima » (5).
Par ailleurs, les écoles et les centres de santé ougandais sont également ouverts aux réfugiés. Ces services sont directement rattachés aux ministères de l’éducation et de la santé, et non relégués à une subdivision du ministère de l’intérieur ou à un cabinet.
Certes, cette politique d’accueil des réfugiés ne va pas sans entraîner des mécontentements chez certains ougandais qui estiment être lésés par rapport aux réfugiés. De même, le parcours d’un réfugié n’est pas toujours aussi facile que le voudrait le Gouvernement ougandais. Mais cette politique d’accueil a montré son efficacité en matière d’intégration. Une bonne leçon qui devrait inspirer pas mal de « grandes démocraties occidentales » en mal-être.
Source
(1) http://data.unhcr.org/SouthSudan/country.php?id=229
(2) Intervention militaire diligentée par la France, entre décembre 2013 et octobre 2016, suite aux troubles politiques engendrées par le coup d’état des milices Seleka (mouvement de rébellion, au nord de la République centrafricaine)
(3) Voir la Trousse corrézienne, n° 11, mars-avril 2017
(4) Appel conjoint du président Ougandais et du commissaire des Nations unies aux réfugiés en Mars 2017
(5) voir sur irinnews.org
Rajo Rakotoarivonjy






