
Nous vous proposons ici deux listes – non exhaustives – qui, nous l’espérons, vous aiderons à vous déterminer quant au type d’organisation que vous aimeriez voir naître (ou mourir si votre pessimisme nihiliste l’emporte sur vos orgasmes citoyens…)
Ces listes recensent différents modes d’élection et d’organisation alternatifs. Nous avons volontairement écarté les systèmes les plus couramment utilisés (régime présidentiel, parlementaire… Élections à deux tours…)
Nous croyons pouvoir compter sur vous pour nous faire découvrir d’autres modes de fonctionnement lors de votre participation…
Vain, stérile, illusoire, peut-être même ringard, le vote ? Bien avant d’être témoins tour à tour hébétés, en colère ou résignés d’une campagne présidentielle aux accents inédits, d’aucuns percevaient l’impérieuse nécessité d’un souffle nouveau de la vie démocratique.
Le chœur des ténors de notre République, chantres de la démocratie à la française, n’en démord pas : la démocratie représentative est seule garante de la paix civile, de la stabilité, de l’équité.
Pourquoi alors cette défiance croissante parmi les citoyens à l’égard de ses « représentants » ? Pourquoi cette indifférence de plus en plus prégnante vis-à-vis de la chose politique ? Pourquoi revendiquer l’abstention comme on brandit une pancarte, au point d’en publier un manifeste (1).
Représentative, vraiment, notre démocratie ? Sur 17 régions, sur 99 départements combien de femmes présidentes ? Respectivement 3 et 8. Ceci après que le législateur a instauré la parité. Parité, faute d’équité. Une équité à laquelle les candidats n’ont jamais pu se résoudre auparavant. Blancs ! Les présidents des 14 régions métropolitaines sont tous bien blancs. De peau, en tous cas. Quant aux catégories socioprofessionnelles (CSP) représentées, inutile de chercher l’ouvrier d’usine, l’agricultrice, l’aide soignante ou le boucher-charcutier. A moins que l’un d’eux jouissent d’une position influente dans une organisation civile et qu’il soit encarté ou fasse allégeance à un parti.
Car les partis politiques sont des écuries. L’investiture d’un parti (non marginal, c’est préférable) est un sésame du jeu électoral, de la petite ville au plus haut niveau de l’Etat. Le principe constitutionnel de la représentation, l’organisation territoriale et très centralisée de l’Etat, quoi qu’en dise l’article 1 de la constitution, le cadre législatif électoral (du sur mesure pour ceux, les mêmes, qui le votent et en bénéficient), et le système partisan désormais organisé autour de la promotion des élites sociales et économiques constituent encore les conditions du statu quo. De quel statu quo parle-t-on ? D’un ensemble de règles tacites : outre l’homme blanc de CSP supérieures, il y a le cumul persistant et âprement défendu des mandats, cumul simultané et dans la durée (condition du « faire carrière en politique »), il y a la culture de l’entre-soi, il y a la cooptation et la consanguinité, bref, cet esprit de corps qui permet de résister aux changements (ceux qui s’avisent de remettre en question l’échelon départemental sont recadrés ; l’élection au suffrage universel des exécutifs des intercommunalités n’est pas encore à l’agenda politique ; le cumul des mandats est toujours opiniâtrement défendu par les parlementaires…).
Non pas que tout changement soit impossible, mais si changement de quelconque nature il doit y avoir, il s’accompagne nécessairement de compensations. Les cantons par exemple, devenus à peu près vides de sens aujourd’hui, ont vu leur nombre divisé par deux sans victimes collatérales. Pour éviter de sacrifier des « emplois » de conseillers départementaux sur l’autel de la « rationalisation », il a suffit d’instituer l’élection de deux conseillers par canton, en l’occurrence, d’un duo homme-femme.
A cela, ajoutons que l’heureux élu n’est soumis à aucun contrôle. Du président de la république au conseiller départemental, du député au conseiller régional, du sénateur au député européen, voilà de braves gens qui ont en poche un contrat de roitelet, certes en CDD, mais roitelet quand même.
Pourquoi, alors, tenir les engagements de campagne ou, au moins, tenter de le faire ? Des exemples ? Quel fut le premier acte de notre encore président normal, lui l’ennemi irréductible de la finance sans visage ? Avant même de céder à quelques « pigeons » qui péroraient dans les médias, de ne pas renégocier le pacte de stabilité européen, ou d’augmenter « significativement » le SMIC de 0,6%, il nomma un banquier au poste de secrétaire général adjoint de l’Elysée. Après tout, son prédécesseur n’avait, lui non plus, pas tenu ses promesses.
Et lorsque, hasard ou mauvais calcul, le peuple est consulté en cours de mandat (2) et ne fournit pas la réponse attendue, on n’imite pas De Gaule en démissionnant. On se contente d’attendre un peu et de faire passer par le congrès ce que le peuple avait refusé par référendum.
Il n’est alors pas étonnant que le taux d’abstention explose et que de plus en plus nombreux soient celles et ceux qui veulent, pour la vie politique, une démocratie renouvelée, plus ouverte, qui n’infantilise pas, qui ne soit pas conçue à la mesure de ceux qui s’en prévalent pour faire carrière (et faire barrière). Les propositions ne manquent pas, des expériences existent. Les pages qui suivent en donnent un aperçu, une manière de pêle-mêle qui n’a rien d’exhaustif : la démocratie relève du processus. Lorsqu’on pense avoir atteint un stade démocratique avancé, rappelons-nous bien que ce n’est pas irréversible.
Du souffle, de l’air, de l’oxygène. Frais, pour rafraîchir la Cité. Pourquoi pas du rêve. Du rêve, mais éveillé. Voilà ce que vous propose la Trousse à l’heure ou la vie démocratique du pays semble se résumer au choix de qui incarnera la plus haute fonction de l’Etat : décrivez à votre image le régime dans lequel vous aimeriez vivre ! Croquez-le, même si votre coup de crayon n’est pas assuré, ou présentez-le en quelques mots. Adressez votre « portrait » à la Trousse qui s’engage à le publier.
Antoine Buéno, No Vote, Ed. Autrement, 2017
Refus par référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 puis adoption par le congrès du traité de Lisbonne en 2007.




