La bio française, pourtant en forte expansion, ne produit pas assez pour satisfaire la demande des consommateurs. Pourtant l’État et les Régions remettent en question les aides et subventions à la filière. Nous sommes à un carrefour, un choix de société au cœur des enjeux fondamentaux, pourtant étrangement absent de la campagne présidentielle et des préoccupations des médias.
Le salon de l’agriculture 2017 aura mis en évidence la question politique des « aides bio » à la fois du point de vue des inconséquences d’une gestion administrative qui génère deux ans de retard pour les productrices et producteurs, mais aussi de leur existence même à mi-mandat de la programmation PAC 2015-2020. À Nantes, le 3 mars dernier, comme ailleurs en France, les productrices et producteurs du réseau de la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (1) ont manifesté pour rappeler (à l’État comme aux Régions) qu’il est indispensable de poursuivre le financement des projets de conversion, sans sélection de dossiers, alors que la bio change d’échelle et que la demande est supérieure à l’offre nationale. Offre nationale est pourtant en forte augmentation (+20 % en 2016) puisque de plus en plus d’agriculteurs décident de quitter le système conventionnel pour transformer leurs exploitations en filière bio, en circuit-court, voire en intégrant des petites unités de transformation dans leur ferme.
Il s’agit là d’un choix politique
Car il s’agit aussi de reconnaître et de rémunérer les pratiques existantes des bio via l’aide dite de « maintien » que les Régions souhaitent remettre en cause en se basant sur le manque de budget et le renvoi à la rémunération du marché. On est là au cœur d’une orientation politique qui doit être connue des citoyens : doit-on arrêter de soutenir, sur fonds publics, des pratiques aux externalités positives avérées pour la société, au bénéfice de subventions publiques à la pollution dont les conséquences sont ensuite payées par la collectivité (dépollution de l’eau, santé etc.) ? Les productrices et producteurs bio ne peuvent pas être renvoyés au seul prix du marché pour des services qu’ils rendent à l’ensemble de la société et le consommateur-contribuable ne peut être prié de payer plusieurs fois pour les conséquences d’une agriculture en crise structurelle (économique, sociale, environnementale).
Car il s’agit enfin de faire un choix de société. Doit-on encore subventionner, à coup de milliards de fonds publics, une agriculture intensive qui produit des matières premières agricoles (de piètre qualité) cotées sur les marchés ou de l’énergie (biocarburants, méthanisation) au profit d’une poignée de multinationales qui détruit les agricultures vivrières en Afrique, Amérique du Sud et en Asie, ruine l’environnement ? Ne doit-on pas réorienter ces fonds publics pour développer une agriculture biologique, créatrice d’emploi, respectueuse de l’environnement et de la santé ?
Notes
(1) Lire la lettre d’information de la FNAB, mars 2017 : http://bit.ly/2o3ELhn
Bluboux




