
Le martinet, oiseau migrateur, revient s’installer dans nos villes et villages début mai et nous quitte lorsque s’en va la belle saison, dans le courant du mois d’août. Alors, si l’hirondelle fait le printemps, assurément le martinet fait l’été.
Revenu de ses quartiers d’hiver, situés entre l’Afrique tropicale et le Cap de Bonne-Espérance, il vient en nombre moucheter le ciel de nos cités et nicher sous les tuiles de nos toits (à l’origine et encore dans quelques grandes forêts, il nichait dans les trous des arbres). Si le martinet est une espèce commune, sa vie n’est pas banale. Ses piqués dans le ciel en escadrille et son cri strident sont comme les points d’exclamation de nos chaudes journées.
Infatigable voltigeur
Le martinet est génétiquement différent de tous les autres passereaux d’Europe, c’est en réalité un proche parent des colibris. Comme son cousin, il ne cesse jamais de voler. Il ne sait pas faire autrement. Si d’aventure, un martinet se retrouve au sol, il ne peut redécoller. Si vous en croisez un à terre, vous le croirez blessé car il se débat de sorte que l’on dirait son aile cassée. Mais il n’en est rien. Pour en être sûr, vous pouvez poser l’oiseau sur votre main et agiter votre bras tendu de bas en haut. Vous lui donnerez ainsi l’impulsion qu’il faut pour repartir dans les airs. Le martinet mange, boit et collecte de quoi construire son nid, sans jamais se poser. Sa vitesse de déplacement, quand il chasse les insectes, gueule ouverte, est de 40 à 100km/h. Il atteint même les 215 km/h sur de courtes distances, lorsque, par exemple, il s’adonne avec ses congénères à des jeux acrobatiques dans nos rues en gueulant. Attitude qui a pour but de maintenir la cohésion entre les membres d’une même colonie. Plus étonnant, il dort même en volant ! Si l’on y prend garde, le soir on peut observer les martinets monter dans l’azur, en formant une spirale. Ils vont tous ensemble s’endormir très haut dans le ciel, au-delà de 2000 mètres d’altitude et jusqu’à 3600 mètres. Et puis le martinet, toujours en vol, se reproduit. Toutefois, il n’est pas volage, les couples restent fidèles pendant de nombreuses années. La ponte, composée de 2 à 3 œufs, commence aux alentours de la mi-mai. Et c’est une vingtaine de jours plus tard que les oisillons percent leur coquille. Il reste au nid une quarantaine de jours. Enfin, début août, les martinets commencent déjà à regagner les tropiques.1
De noir et de blanc, ying et yang
Pour tout dire, il existe trois espèces de martinets en France : le martinet noir, Apus apus, le plus commun, le martinet pâle, Apus pallidus, qui vit le long de la Méditerranée et le martinet à ventre blanc, Tachymarptis melba, dont la plus proche colonie est à Rocamadour. Le martinet noir, quoi que physiquement proche de l’hirondelle, s’en distingue bien. L’hirondelle, qu’elle soit de fenêtre ou rustique, a le ventre clair et un vol papillonnant, tandis que le martinet est entièrement noir et son vol est très nerveux, il donne de courts battements d’ailes. De plus, il vole en groupe à la différence de l’hirondelle, plus solitaire.
En Chine, les nids d’une espèce de martinet, la Salangane, sont proposés au menu des restaurants de luxe. La cueillette de ces nids est la spécialité d’hommes chevronnés qui vont les chercher sur la voûte de vertigineuses grottes naturelles, avec des échelles de fortune et à la lumière de la bougie. Tout cela pour de la bave d’oiseaux séchée ! 2
Ainsi, par les belles journées qui viennent, je vous invite à lever les yeux et à admirer le ballet des martinets qui se joue au-dessus de vos têtes. Ne les ignorez pas, leur agilité vous surprendra. Comme un coup de fouet au moral.
NBP 1 : Paul Géroudet, « Les passereaux d’Europe, tome 1 », éd. Delachaux et Niestlé, 1998
NBP 2 : Voir à ce sujet le beau livre de photographies, d’Éric Valli, et de Diane Summers, « Chasseur des ténèbres », éd. Nathan image, 1991
Florian Rochet





