
Salut à vous
Quartier Rivet à Brive. Descendez la rue, aux immeubles tournez à gauche, après le terrain de basket, avant celui de pétanque, vous trouverez une grange. Avec une porte en bois. Et un escalier. Enfin, une grange, un théâtre devrais-je dire. Enfin, une grange théâtre quoi. Vous tirerez la chevillette et la bobinette cherra.
Oyé Oyé
C’est un théâtre qui a depuis longtemps laissé ses balbutiements au placard. Cette fois-ci je vous emmène dans un lieu où les rêves sont déjà passés par toutes les couleurs et les gens qui ont fait ces rêves écumé plus d’une création. Trente ans de vie collective pour ce théâtre sans colonne, ni baie vitrée surdimensionnée. Trente ans de modeste mais non moins pérenne vie commune. Au départ de cette aventure, trois compagnies de théâtre amateur, la Lemur Kata Cie, le Théâtre du Cri et celui de l’Étoile Grise, sans lieu pour répéter et présenter leurs créations qui vont de salle en salle brodant avec le calendrier des associations les disponibilités d’espaces communaux pouvant accueillir leurs assemblées théâtrales. Jusqu’au jour où la mairie de Brive, il y a donc à peu près trente ans de cela, rénove une grange en espace pluri-tout-ce-que-tu-veux et en attribue l’occupation et la gestion à ces trois compagnies. Aujourd’hui grâce aux subventions qu’elle perçoit de la ville de Brive, de la DRAC (direction des affaires culturelles), du conseil départemental et du conseil régional le Théâtre de la Grange, association de deux salariés, regroupe sept compagnies (s’ajoutent aux trois premières le théâtre du Paradoxe, la compagnie Il Teatrino, la compagnie La Carpe, la compagnie Les Indécis) et mène une programmation annuelle d’une petite vingtaine de spectacles amateurs et professionnels ainsi que des ateliers et stages autour des pratiques théâtrales.
Kuss kuss
« Un amateur se livre à une activité en dehors de son cadre professionnel, généralement sans rémunération, dont la motivation ressort essentiellement de la passion. Répondant en partie à des prescriptions et des désirs mimétiques, les pratiques amateurs supposent également un engagement personnel que ne considère pas toujours une sociologie déterministe »… C’est de cette énergie et d’un engagement certain qu’est née, que vit et se déploie cette petite salle toute intime avec sa soixantaine de places assidument fréquentées par un public de Brivistes passionnés. Dans ce théâtre, si une ligne esthétique se dégage, elle est le fruit non pas d’un seul cœur mais des curiosités et des palpitations d’une bande toute entière de cœurs. La majeure partie des spectacles amateurs joués à la Grange sont ceux des sept compagnies en résidence au théâtre, quand les spectacles professionnels accueillis, de compagnies essentiellement locales, sont choisis et approuvés par le conseil d’administration. Des commissions dénichent des spectacles et défrichent les sujets à débattre en amont puis les décisions sont prises et votées par le CA. Ça semble si simple la démocratie. Heu pardon : l’utopie active. En tout cas cela roule sa bosse depuis suffisamment longtemps pour que nous leur tirions notre chapeau.
Wesh Wesh
« Du merveilleux, de la poésie, de la résistance, du partage voilà bien ce qui vous/nous attend au théâtre de La Grange pour cette saison 2016/2017 » voilà ce que l’on peut lire sur la plaquette de présentation. C’est une certaine idée de l’échange, de l’expression, de la convivialité qui se manifeste dans ces murs-là. Un désir de dire, de vivre et de partager des histoires d’Hommes en toute modestie. Quid de la fréquentation des habitants du quartier ? Malgré les portes non baies vitrées, l’intimité de l’espace, le bar qui accueille le public et le reconduit avec un verre et des papotes après chaque spectacle, les gens du quartier n’entrent pas facilement dans la Grange. Les gens ne vont pas au théâtre, alors le théâtre va à eux. En effet un programme est mené hors les murs par le théâtre de la Grange afin de sensibiliser et de partager ce plaisir d’aller et de faire du théâtre. Des ateliers autour de la parole et de la lecture sont menés au foyer logement « les Jardins de Rivet » et avec les enseignants à l’école Lucie Aubrac, ainsi que des sorties au théâtre proposées aux familles en collaboration avec le centre socio culturel de Rivet.
Allez, tchao !
Comme quoi le théâtre persiste et signe en Corrèze. Comme quoi les utopies prennent des airs de vie commune au long terme. Comme quoi tout s’invente et fleurit quand passion et engagement font bon ménage. Comme quoi la force du collectif porte haut ces fleurs même avec modestie.
MC Bee





