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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 12 · 28 avril 2017

Crédit coop de Brive : vraiment coopérant ?

Le Crédit coopératif de Brive, l’illustration

Quand vous œuvrez dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, ou que vous êtes attentifs à vos modes de consommation, la banque qui paraît être naturellement celle vers laquelle vous tourner, c’est presque toujours, le Crédit Coopératif. Et pourtant, si vous tendez l’oreille, la désillusion, chez les associations comme chez les particuliers, semble bien grande !

Associations, entreprises ou particuliers, nous avons pris beaucoup de contacts auprès de clients du Crédit Coopératif. La plupart étant toujours cliente de la banque, pour des raisons que nous développerons plus loin, nous avons fait le choix de ne pas citer les noms des personnes ou structures qui ont accepté de nous livrer leurs témoignages.

Lourdeurs administratives pour les associations

Toutes les associations contactées font état de leurs appréhensions dès qu’il s’agit d’effectuer des changements de délégataires de signature après une Assemblée générale. Elles en rient, parfois jaune. Même en prenant les devants, en recensant tous les documents demandés, tous déplorent un retour systématique avec des demandes de documents complémentaires. L’une des associations mentionne même le fait que le Crédit Coopératif refuse le permis de conduire comme pièce d’identité et exige la carte d’identité.

Là où cela devient critique, c’est lorsqu’il s’agit de solliciter un « Dailly ». Ce dispositif permet aux associations de se faire avancer par leur banque une subvention qu’elles ont obtenue, et ce dans l’attente de son versement. Au Crédit Coopératif, la difficulté commence dès la demande. Trois associations contactées (en l’occurrence, toutes celles qui ont eu besoin d’un Dailly), ont soit rempli le premier formulaire à l’agence, soit c’est leur conseiller qui l’a rempli en leur présence. Dans tous les cas, ces formulaires ont été retoqués par le siège parce qu’ils comportaient des erreurs… Un des responsables associatif rencontré raconte avoir été fort surpris, en travaillant dans une autre structure avec une banque dite classique, de la facilité de la démarche ailleurs : formulaire simple, déblocage rapide, souplesse dans les délais de remboursement (au Crédit Coopératif, un Dailly c’est une avance pour 6 mois maximum avec un coût très important ; dans cette autre banque, pour une subvention européenne du même montant, la banque a patienté sans sourciller pendant 18 mois, et pour des frais trois fois inférieurs à ceux du Crédit Coopératif ).

Obtenir un prêt au Crédit Coopératif…

Ces lourdeurs prennent semble-t-il un sens bien plus ennuyeux lorsqu’il s’agit de faire une demande de prêt immobilier au Crédit Coopératif. L’une des associations nous raconte par exemple avoir signé un compromis de vente pour un local à la mi-juillet, il y a quelques années. Deux prêts immobiliers sont demandés, l’un à la NEF, l’autre au Crédit Coopératif. Il est prévu que les travaux seront réalisés par des salariés recrutés en contrats aidés pendant l’hiver pour une ouverture des locaux au printemps. Le projet avait déjà été maintes fois présenté et discuté avec le Crédit Coopératif. Le directeur-adjoint de la banque avait assuré l’équipe de son soutien. Pourtant, il faudra attendre le mois d’avril de l’année suivante pour que l’achat soit réalisé. L’un des anciens responsables nous explique qu’il aura fallu passer par un nombre incalculable de coups de fils et de mails, et même par une menace d’occupation des locaux pour obtenir l’accord oral (plus de 5 mois), puis écrit avec le détail des conditions financières (2 mois de plus) et enfin le déblocage des fonds (encore 2 mois). Toutes les subventions relatives aux travaux étaient accordées six mois avant l’achat effectif. Surtout cette personne indique qu’après un rendez-vous avec la banque et sa confirmation du déblocage rapide de la situation, les salariés chargés d’effectuer les travaux se sont retrouvés embauchés avec 5 mois d’avance. Outre les pertes financières occasionnées, c’est surtout l’énergie que cela a demandé qui semble avoir pesé. « On pensait avoir un partenaire, et on s’est retrouvé à se battre chaque jour contre notre propre banque ! ».

Précisons qu’une entreprise, à la même période, a dû s’installer dans les locaux de la banque et menacer d’y rester sauf à faire intervenir les forces de l’ordre pour obtenir une réponse à sa demande de prêt.

Et que dire de ces particuliers qui ont sollicité un prêt pour effectuer des travaux, en novembre dernier ? Ils sont pressés (bébé arrive dans quelques mois) et leur conseillère leur donne un accord oral. Puis décembre passe et toujours rien. Les travaux démarrent tout de même en fin d’année. Ils appellent maintes fois, utilisent les téléphones des amis pour avoir leur conseillère en ligne (à partir de mi-janvier, elle filtre leurs appels !). Puis c’est une salariée de l’entreprise en charge des travaux qui appelle la banque. Et là, la conseillère de la banque s’emporte violemment en disant n’avoir jamais donné d’accord oral. La secrétaire de cette entreprise dit n’avoir jamais vu une chose pareille, alors même qu’elle est régulièrement en relation avec les banques de ses clients. Depuis, ces particuliers n’ont plus jamais eu de nouvelles du Crédit Coopératif. Ils posent l’hypothèse que leur conseillère est vexée ! En trois semaine, ils ont obtenu l’accord d’une autre banque, les travaux sont réalisés et l’entreprise payée.

Ou encore de ces autres particuliers qui ont obtenu, assez rapidement, un prêt pour l’achat d’un véhicule neuf ? Sauf que plus de deux mois après l’obtention du prêt, l’argent n’est toujours pas sur le compte, la voiture patiente chez le concessionnaire, et les futurs propriétaires galèrent dans leurs transports !

Cela est arrivé également à l’une des associations rencontrées. Un prêt pour l’achat d’un véhicule a été accordé. Le véhicule est acheté dans la foulée, le Crédit Coopératif édite même un chèque de banque. Sauf que l’argent ne sera pas crédité sur le compte. Découvert, impossibilité d’engager de nouvelles dépenses, et absence de réponse de la banque. Un des membres de l’association, à une énième demande de document envoyé X fois s’entendra même répondre d’une salariée du Crédit Coopératif « Mais savez-vous où cela a été rangé chez nous ? ». C’est finalement un administrateur de l’association qui a effectué le prêt.

… Et le rembourser !

Ce qui alerte encore plus concernant les pratiques du Crédit Coopératif en matière de prêts immobiliers, c’est le montant des pénalités de remboursement anticipé dues par les associations ou entreprises qui voudraient changer de banque. Les particuliers sont protégés par la loi : les pénalités ne peuvent excéder 3 % du capital restant dû. Mais pour les professionnels, aucune protection n’existe, c’est le contrat qui prévoit ces pénalités. Deux des associations rencontrées ont souhaité rembourser leur crédit. L’une comme l’autre ont donc interrogé leur conseiller sur le calcul et le montant de ces frais. L’agence de Brive a été incapable de répondre et a sollicité l’expertise du siège parisien. Et pour chacune, c’est en moyenne trois mois qu’il aura fallu pour obtenir le fameux (fumant ?) calcul. Le choc sera aussi énorme que l’attente : le Crédit Coopératif demande des pénalités quasiment équivalentes au montant total des intérêts qu’il faudrait payer sur toute la durée du crédit, soit plusieurs dizaines de milliers d’euros ! Pour l’une des associations, ce sont 29 000 € de pénalités à payer pour 88 000 € de capital restant dû. Autant dire que cela rend tout simplement impossible le rachat du crédit. Ces associations sont de facto pieds et poings liés avec le Crédit Coopératif.

Des frais bancaires importants

Toutes les associations rapportent aussi un niveau de frais bancaires hors du commun. Pour un budget annuel de 90 000 €, une association a enregistré jusqu’à 800 € de frais pour un an. Une autre association, enregistre chaque année environ 950 € de frais pour un budget de 300 000 €. On ne parle ici que de frais de fonctionnement du compte, en dehors de tout découvert, Dailly ou prêt. Il s’agit seulement des frais de tenue de compte et autres commissions de mouvement (frais proportionnels aux mouvements enregistrés sur le compte).

Comme l’indique un responsable associatif, ce qui est perturbant, c’est surtout l’absence totale de souplesse dans la relation avec cette banque. Il n’a jamais été possible d’obtenir un geste commercial, une facilité de trésorerie, rien ! Et puis, pour cette association, tout à coup, sans en être informée, un changement d’interlocuteur s’opère : c’est désormais le directeur lui-même qui suivra cette association. Tout à coup, l’association obtient quelques réductions sur les frais bancaires, est invitée à déjeuner, bénéficie d’une autorisation de découvert…

Au final tous déplorent ce mode de relation si dur, si complexe, si épuisant. Parce que payer des frais plus importants pour avoir une banque coopérative et solidaire, particuliers comme associations étaient prêts à le faire. Sauf que ni coopération ni solidarité ne sont au rendez-vous.

Encadré

Contacté par La Trousse, le Directeur du Crédit Coopératif de Brive se dit « sincèrement désolé des difficultés qui ont pu être rencontrées par certains clients interrogés[…] ». En ce qui concerne les frais de fonctionnement des comptes, il précise que « Pour le Crédit Coopératif, proposer le meilleur rapport qualité/prix à ses sociétaires relève de sa vocation de banque coopérative […] ». Concernant les lourdeurs administratives, Monsieur De Viguerie tiens à nous « assurer que la réflexion est permanente […] afin de trouver un juste équilibre entre la satisfaction de nos clientèles et l’application des obligations réglementaires […] ». Les délais relatifs aux crédits immobiliers seraient dus au « niveau historiquement bas des taux d’intérêt » qui « génère de nombreuses demandes de crédits ». Enfin, il invite les clients insatisfaits « à contacter leur chargé de clientèle ou notre service de relation client. (relation-client@credit-cooperatif.coop). »

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