Le 20 mars 2017, une charte a été signée en présence du Préfet de Corrèze et du Président du Conseil Départemental entre les représentants de la société civile et des pomiculteurs1. Il ne manquait que la chambre d’agriculture. La FNSEA, qui y est majoritaire, a dû se dire « plutôt crever que de signer ça ».
Barbecue de printemps en sécurité !?
Dans l’esprit, si la charte ne remet pas en cause la production industrielle, elle l’interroge et propose d’aller vers la bio et vers des traitements sans perturbateurs endocriniens et sans CMR2. En pratique, elle rappelle l’interdiction d’épandage par vents dépassant les dix-neuf kilomètres par heure. Manches à air et anémomètres sont en cours d’installation. En terme d’innovation, elle interdit le traitement le dimanche près des habitations et en semaine près des écoles. Une zone tampon de cinquante mètres est définie entre chaque verger traité et la limite de la parcelle habitable. Elle peut être réduite à moins de vingt mètres si le pomiculteur installe à sa charge un filet anti-dérive assorti d’une double haie végétale. Enfin, un message d’alerte par SMS avant épandage est à l’étude pour prévenir les riverains du jour, de l’heure et des produits utilisés.
Pas de magie, la pomme reste ensorcelée
L’engagement synallagmatique est d’ordre moral. Une charte n’est pas opposable en droit. Elle a néanmoins l’avantage d’aller plus loin que la réglementation en vigueur. L’intérêt des coopératives et de PERLIM y est évident : apaiser les tensions en attendant de trouver les moyens techniques à ne rien changer à son hégémonie mono-culturale d’exploitation industrielle de la nature. Certes. Les « y’a qu’à faut que » trouveront donc que l’avancée est nulle. Mais ce n’est pas l’avis des riverains qui depuis douze ans font avancer d’arrache-pied le conflit démocratique afin de défendre leur espace vital. Il leur a fallu deux ans de pourparlers pour aboutir à ce consensus.
Démocratie et biodiversité gagnantes
La charte ne change certes pas les pratiques mais représente la possibilité de relations de voisinage assainies. Elle vise à se démultiplier sur le territoire par sa signature entre chaque pomiculteur et ses riverains. ONGF Allassac veut y croire. Un bilan annuel sera fait. Elle sera réajustée en fonction. Une cellule de médiation est en place3 et interviendra chaque fois que localement le dialogue sera en panne. L’association ONGF Allassac invite les riverains à aller présenter la charte à leur voisin exploitant. En attendant c’est déjà quatre kilomètres de haies qui ont été plantées. La biodiversité devrait y trouver son compte.
1 Les coopératives fruitières, Le groupement d’intérêt économique PERLIM, le Syndicat de Défense de la Pomme du Limousin (SDPL), l’association des riverains ONGF Allassac, des médecins contre les pesticides (AMLP) et phyto-victimes, des maires de Corrèze et de Haute-Vienne.
2 Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques
3 Elle est composée d’un représentant de la DDT, de l’état, d’ONGF, du SDPL, du maire de la commune et de la coopérative concernées. Mail : pref-phytomediation@correze.gouv.fr
Philippe Van Assche




