Pourquoi ne pas engager certaines de nos séances d’enseignement ou d’animation en prenant « le pouls » -au sens figuré – de sa classe ou de son groupe d’enfants comme peut le faire un médecin avec son patient.1
Alors, qu’est-ce que cela veut dire ? Au fond c’est un exercice très simple, auquel on s’adonne très spontanément dès que l’on croise une connaissance pour la première fois de la journée. Il s’agit de demander à chaque enfant comment ça va. Oui mais pourquoi pas faire ? Si ce n’est que par pure politesse. Ce que l’on remarque, en fait, c’est que ce rituel permet :
- D’ouvrir un espace d’accueil socialisant et sécurisant.
- D’apprendre aux enfants à adopter un regard bienveillant.
- De les ouvrir à la communication non violente dont la base est l’expression honnête de ses sentiments de l’instant. 2
- De créer des relations d’empathie entre enfants pouvant faciliter ensuite la coopération entre pairs.
C’est aussi une technique qui facilite l’entrée dans la différenciation pédagogique. Suivant le moral de chaque enfant, on ne pourra avoir la même exigence de travail et l’on pourra aussi déceler sur quoi se place leur attention si ce n’est pas sur l’activité proposée.
L’idée n’est donc pas de donner un sens individualiste à ce rituel mais plutôt le penser comme un moyen d’inscription symbolique de l’enfant au sein de sa communauté éducative ou de loisirs.
Toutefois, remarquons que ce type d’exercice convient bien aux « pitchouns » comme aux préadolescents (de 3 à 12 ans environ) mais beaucoup moins aux âges supérieurs. De la maternelle jusqu’à l’entrée dans le collège, les enfants sont friands de ces petits rituels qui leur montre de la bienveillance. Alors que les adolescents recherchent plus de distance et deviennent avars de sentiments.3 Mais on peut toujours essayer…
Alors concrètement comment ça marche ? Pour commencer, Il faut donner des repères de langage aux enfants et leur apprendre à nuancer leur expression afin qu’il donne en retour une réponse qui soit la plus honnête possible (Comment ça va ? ça va, un peu/ bien / très bien ou ça ne va pas, un peu / ça ne va pas bien / ça ne va pas beaucoup). On ne demandera pas de justification à leurs réponses ; quoi que s’ils le veulent bien, ils peuvent expliquer leur humeur en une phrase.
Après avoir demandé quelques fois « comment ça va ? », vu les réponses, on se rend vite compte que cette seule question ne va pas bien nous renseigner sur l’état mental des enfants. Beaucoup par pudeur, essentiellement, ou paresse intellectuelle aussi vont se contenter de répondre « ça va ! ». Alors le mieux, dans un deuxième temps, est de varier la question afin d’aider les enfants à prendre conscience plus finement de leurs émotions : Quel sentiment vous traverse ? (en ayant pris soin auparavant de leur rappeler la palette des sentiments existants) Qu’est-ce que vous souhaitez ? Qu’est-ce que vous (n’) avez (pas) aimé aujourd’hui ?…
Pour ce qui est d’accueillir la réponse des enfants, plusieurs variables sont possibles : soit on fait passer un bâton de parole, soit on pose la question à chacun (pourquoi pas en même temps que l’appel), soit on demande aux enfants de se poser la question entre eux. Le mieux est de faire en sorte que l’exercice petit à petit devienne aussi naturel qu’un bonjour.
Au final, par cette méthode – une parmi tant d’autres- on révélera aux enfants leurs sentiments. Ce qui va permettre par la suite de leur apprendre, par différentes techniques (respiration et relaxation entre autres), l’acceptation et la maitrise de leurs émotions, afin qu’ils gagnent en confiance et en motivation. 4 Mais ça c’est encore un travail de longue haleine.
NBP 1 : Merci à Charles Coups, animateur nature, de m’avoir mis sur la piste.
NBP 2 : La communication non violente invite chacun à prendre une posture de médiateur plutôt que de bourreau ou de victime. À ce sujet lire : Eduquer sans punitions ni récompenses, avec la communication non violente de Jean-Philippe Faure et Enseigner avec bienveillance de Marshall B.Rosenberg, deux petits ouvrages aux éditions Jouvence.
NBP 3 : D’après des observations de terrain et essais.
NBP 4 : L’ouvrage Apprendre autrement avec la pédagogie positive ; à la maison et à l’école de Audrey Akoun et Isabelle Pailleau aux éditions Eyrolles, propose un travail approfondie sur les émotions.




