
Pour l’anecdote: Tout juste employé sur le temps périscolaire un intervenant s’est vu être renvoyé suite aux plaintes de parents d’élèves. Et oui, l’intervenant aurait, dans un moment de pure révolution pédagogique, inventé un exercice où les enfants étaient incités à dire des « grossièretés » avec la garantie que tout ceci resterait secret. Le responsable à la commune l’a viré sans lui demander si un tel exercice avait existé.
On est en 2017 et l’atelier périscolaire était autour de l’art de la table. Pour cela, l’intervenant a eu comme idée d’inventer un restaurant qui serait géré par les enfants. Ainsi, il y avait les serveurs, les cuisiniers et les clients. Les clients venaient s’asseoir à une table où ils choisissaient un menu préalablement imaginé par les enfants. Pour la création du menu, l’intervenant s’est appuyé, sur un exercice théâtrale qui utilise l’improvisation. « Faites un pas en avant, puis présentez-vous, puis spontanément dites un nom de légume et ce qui vous passe par la tête ». Bien sur, l’intervenant contraint un peu l’exercice en disant : « qu’il ne faut pas dire de grossièreté ». Et là, comme par enchantement, une avalanche de gros-mots est sortie de la bouche des enfants. « Pipi ». « Caca ». « Chiasse ». Et ça continuait toujours plus fort. « Merde »,« Pourri », « Bite ». L’intervenant, pris de panique et ne sachant que faire, essaya, tant bien que mal, de calmer la tempête qu’il venait à l’instant de déclencher. Mais sans succès, la danse aux injures continuait et le regard des enfants devenait de plus en plus habité par une joie démesurée, semblable à celle que les adultes ont quand ils quittent leur travail pour aller voyager ou quand, amoureux, ils dévoilent enfin tous leurs secrets.
« Hier c’était les barreaux, aujourd’hui c’est l’échelle » semblait être la devise de contestation chez ces enfants de CM2. L’intervenant se rappela, maladroitement, de cette grosse voix qui le réprimait étant petit. Et alors d’un coup, du bouillonnement de la situation qui avait fait monter en lui la colère, il haussa cette grosse voix du père qui fit résonner un silence semblable à celui d’un cimetière. Les enfants, les joues rouges encore de l’amusement, virèrent peu à peu vers une couleur blanchâtre et ce qui était de l’ordre de la rigolade devint un sentiment de culpabilité. Tout ouïe, ils attendaient, les yeux écarquillés, qu’on leur dise de quoi ils étaient coupables. Et là, on aurait pu croire que l’adulte et donc l’intervenant allait dire les sermons qui expliquent aux enfants ce qu’ils ont fait de mal. Mais, il en fut incapable parce que, lui-même, finalement ne le savait pas. Il a cependant promis aux enfants que tout ceci n’allait pas être répété à leurs parents, histoire de renouer le lien avec eux. Mais visiblement les enfants se sont chargés de le faire. Par la suite, les parents ont décidé de ne plus remettre leurs enfants dans cet atelier périscolaire si c’était le même intervenant.
Et oui, dans leurs têtes, c’est l’intervenant qui leur a appris des grossièretés. Comme si un enfant, finalement, n’était pas capable d’observer le monde autour de lui, d’écouter et de répéter. Comme si c’était le fruit toujours exemplaire d’un arbre généalogique qui de génération en génération ne s’était jamais enraciné dans la crasse environnante où il évoluait. Un enfant n’a pas de politesse avec ses fantasmes. Il se jette dans un imaginaire comme il se jetterait dans la boue. Et il le fait magnifiquement sans questionnement moral ou éthique. Il le fait simplement, sans bien, sans mal.
Alors ? L’intervenant aurait-il du gronder les enfants, alors qu’ils ne faisaient que jouer avec les morales que le monde des adultes tentent tant bien que mal de leurs enseigner ? Ne faut il pas plutôt gronder les univers que ces adultes inventent, qui ont comme une odeur de bile, où suinte, jusqu’à l’écume dans la bouche, des grossièretés secrètes et inaudibles, bien pire que ces gros mots qui deviennent, dans certaines situations, nos seules issus d’expressions ? N’est ce pas ces univers stressants et anxiogènes qui sont grossiers ?
Partie 2 ( à revoir sans doute)
On est en 2017 et il y a comme une diète intellectuelle générale qui persiste. Les contingences morales, psychologiques et professionnelles des générations futures deviennent comme insaisissables en dehors et à l’intérieur des institutions scolaires. Tout jusqu’à la couleur du cahier de texte semble être dominé par une dialectique précise. Une dialectique du contrôle sine qua non pour faciliter le mutisme et l’aliénation qui sont autant pathogènes pour la pédagogie que pour le pédagogue mais tellement sublime pour la socialisation de cette hégémonie . Et pour cause, nous sommes de plus en plus enclin à nous laisser envahir par des instances d’état où les professeurs, les éducateurs ainsi que les parents n’ont d’autres choix que de se tromper de cible.
En 2013, suite à des études de chronobiologie, on comprend que les enfants ont des difficultés pour se concentrer. Que les journées sont trop rudes et qu’ils n’ont pas assez de temps pour développer leur curiosité intellectuelle et pour renforcer le plaisir d’apprendre et d’être à l’école*. Alors pour répondre à cette problématique, Vincent Peillon ministre de l’Éducation nationale à l’époque décide de revenir à la semaine des quatre jours et demi. C’est-à-dire d’étaler ces mêmes 24 heures de temps de travail sur 4 jours et demi plutôt que sur 4 jours avec en plus des créneaux de TAP ( Temps d’activité Périscolaire) ou APC ( Activités Pédagogiques Supplémentaires ) qui eux servent à développer l’imaginaire, la créativité, etc. C’est la réforme des rythmes scolaires qui est revue ensuite, en 2014 par Benoît Hamon qui n’a pas changé grand chose. Mais voilà l’idée est simple non ? Plus un enfant n’arrive pas à se concentrer dans une discipline ( qui là est clairement le travail) plus on l’habitue à se familiariser avec elle, à lui faire accepter une manière de faire jusqu’à ce qu’elle devienne automatique, évidente et pour ainsi dire incontestable et naturelle. En soi nul ne devient astronaute en se prélassant dans l’herbe avec la tête dans les étoiles mais l’acharnement de l’école républicaine sur les enfants pour qu’ils saisissent leurs avenirs est dramatique voir perfide car elle ne considère pas les inégalités qui s’immiscent dès la naissance de l’enfant, ne prend pas en compte leurs fragilités ainsi que leurs intelligences. Pour cela, il faudrait avoir le temps, de petites écoles avec peu d’élèves mais cela coûte trop cher alors on ferme les écoles et on entasse les enfants dans des classes surchargées, sorte de bergerie moderne où la promiscuité enseigne l’isolement et le secret et où l’enfant, coupé du monde des adultes, n’a d’autres choix que de se livrer à lui même ou à cette tyrannie de la majorité ( Hannah Arendt la crise de la culture). Mais voilà ce que c’est de devenir un adulte pour M. Peillon, pour M. Hamon et toutes ces fines gueules d’altruistes illusoires. Ces réformes sont des bobards qui mystifient une bienveillance pour l’humanité. Pour eux, une cohésion sociale parfaite dans leur société idéale serait d’être au plus proche de la maladie du consommateur soit d’être irrécupérable, au point de non-retour avec le conformisme. Alors l’ignominie est d’usage pour inculquer à l’enfant encore vierge de toutes morales, le sentiment que tout ce qui bouillonne en lui est inutile pour grandir.
Avec l’état d’urgence on est arrivé au sommet de la bêtise. Dans l’optique de renforcer la sécurité dans les écoles, Bernard et Najat ont eu la bonne idée de simuler des attentat-intrusion pour préparer l’enfant face au terrorisme. Angoissant ? Pas du tout, « Plus les enfants ont l’habitude de ces exercices, moins c’est anxiogène » nous dit Myriam Menez secrétaire général de la PEEP. Alors avant c’était REUSSIS ! ( plutôt que essayes ?), maintenant c’est plutôt ATTENTION ENNEMI !. Comment cette mise en scène ne peut pas être anxiogène pour l’enfant sachant que l’exercice consiste à se cacher de quelqu’un qui veut nous faire du mal ? Que dehors et bien oui, le loup existe et il te mangera mon petit bonhomme ! On est quand même loin de la pédagogie Freinet où les enfants s’éveillaient lors de promenades extérieure avec un cahier où ils notaient se qu’ils voyaient, sentaient, aimaient. Et que d’apprendre c’était d’abord écouter se qui s’éveillait à travers l’intuition, à travers le jeu. Là on enferme les enfants dans un monde qui n’est pas le leurs. Un monde où les informations sont complices de psychose. Un monde d’adulte où la maturité est de rester immobile jusqu’à être englouti.
Ainsi cher parents j’espère que vous n’avais pas fini de vous plaindre contre les grossièretés car celle-ci est de mise pour nous faire oublier que « L’enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation ». ( Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)
Marcel Break




