
« L’autogestion, ça ne s’apprend pas, ça se vit ! »(m’a dit un jour une amie. + lors d’une de ces conversations du bout de la nuit)
Sauf que réussir à sortir du cadre de travail formaté, modèle dominant de la société, et de trouver ailleurs son propre terrain d’expérimentation, ce n’est pas donné à tout le monde. Il n’est pas facile pour tous de déconstruire les dogmes parfois solidement ancrés en nous, même si nous en sommes conscients et voulons les changer. Il ne suffit pas de dire « allez tous vous faire… », mais plutôt de chercher : Comment défaire et refaire ? Et surtout : avec qui et comment ?
Les lieux collectifs et d’expérimentations sociales autogérés semblent de plus en plus nombreux en France. À moins que ce soit cette ère du tout numérique qui les rend plus visibles ? Tout étant que/ Mais l’idée même de « l’autogestion » n’est pas forcément innée pour celui ou celle qui cherche à remettre en cause ou à échapper à sa condition de travailleur soumis au diktat de la norme entrepreneuriale et qui n’a jamais été forcément sensibilisé à la question auparavant. Si on tape sur nos claviers « vivre autrement », « travailler sans patron », on risque plus facilement de tomber sur des annonces de travail à domicile ou encore sur le dernier salon de l’écologie et du bien-être du coin. Certains oseront aller plus loin et trouveront leur bonheur dans leur quête d’un nouvel horizon où le travail serait moins vertical, grâce au bouche-à-oreille, aux lectures ou à un heureux hasard des algorithmes. Pour moi, c’est Facebook le réseau anti-social mais surtout cette amie géniale qui m’a fait connaître le réseau REPAS1 et la formation du compagnonnage. Découvrir l’autogestion en la vivant avec d’autres personnes, novices et érudits, avec des outils pédagogiques, d’échange de savoir-faire, de savoir-être ensemble, l’occasion était trop belle pour la rater. y échapper. Même s’il a fallu bien de l’énergie et de dédales administratifs pour obtenir des financements pour payer les interprètes en langue des signes française.
Car je suis Sourde, je fais partie de cette communauté invisible pour qui il n’est pas toujours facile de prendre part aux nombreuses propositions/initiatives alternatives qui émergent dans cette recherche commune d’une autre forme d’organisation sociale.
En réalité, nous vivons aussi l’autogestion, à notre manière, au travers des nombreux engagements associatifs souvent axés sur l’émancipation d’une meilleure accessibilité, que ce soit à l’école, au niveau de la santé ou des médias, mais, malgré nous, parfois trop intrinsèques à notre condition.
Grâce à la formation du réseau Repas, après 6 mois, 6 lieux collectifs explorés, des milliers d’heures travaillées, partagées et bien sûr autogérées à 5, 7, 15 ou à 40 personnes, j’ai pu reprendre la route avec un gros trousseau de clés et l’envie de le partager avec ceux qui, comme moi, s’intéressent à l’autogestion. Et je n’étais pas la seule. Le battement d’ailes m’a ouvert la première porte. En août 2016, avec une partie de l’équipe ainsi que d’anciens compagnons, nous avons organisé un séjour de « Découverte de la vie coopérative et de l’autogestion ». D’emblée, la tâche n’était guère facile. Sur une durée aussi courte (une semaine), comment vulgariser l’autogestion sans en faire des réductions trop évasives ? Comment proposer un cadre d’expérimentation tout en laissant place à l’autogestion avec un groupe de personnes qui ne se connaissent pas et ont des expériences très diverses ? Et ce, dans une langue différente ? 3 interprètes en langue des signes ont pris part à l’aventure en tant que bénévoles, ainsi que 13 participants. Différents temps ont été proposés : les premiers jours ont été consacrés à la découverte du lieu, son histoire, mais aussi la découverte du groupe, des envies, des projections de chacun, pour ensuite laisser le groupe construire lui-même la fin du séjour. Et ensuite ? On remet ça l’été prochain !
note : 1 – Réseau d’Echanges et de Pratiques Alternatives et Solidaires. Il propose un compagnonnage qui est une sorte de « tour de France » dans les entreprises du réseau REPAS, destiné non à apprendre un métier mais à transmettre des valeurs au cours du projet coopératif.






