
Rencontre à Vigeois avec Marie-Hélène Chastre.
Propos retranscrits par Philippe Van Assche.
Marie-Hélène Chaste vient d’achever un livre sur l’histoire de l’hôpital de Vigeois. « Il y avait une âme dans ce lieu des mystères qu’il fallait éclaircir. Je voulais parler des gens de Vigeois de ceux qui ont fait la vie de la commune. Mon travail commence fin 18ème jusqu’à nos jours ». Nous allons tenter de suivre le fil, fragile.
D’ici et d’histoire, de toujours
Marie-hélène est né là, dans le bourg de Vigeois. Après le concours de l’école normale, le bac et sa propédeutique elle devient professeur d’enseignement général des collèges en Haute-Vienne. Après-guerre, l’allongement de la scolarité réclame des enseignants. Elle fait partie de cette vague. Elle enseigne le français, l’histoire et la géographie. Quand elle se marie elle revient en Corrèze. C’est à Uzerche qu’elle fera l’essentiel de sa carrière, quand L’espace Vézère et L’ancien Lycée de garçon constituaient le collège d’enseignement général. C’est en 1978 que ce dernier déménage dans les bâtiments actuels. Pour Marie-hélène, la fin du siècle rime avec retraite. En guise de retraite, c’est enfin du temps disponible pour déployer ces compétences et son appétence pour l’histoire locale. Là germe l’idée de faire le récit de la construction de l’hôpital.
Fructueuse recherche
« Je trouvais qu’il fallait que je fasse quelque chose pour Vigeois ». Concours de circonstance favorable, 1999 c’est l’année de la création de l’association Vézère ardoise pays d’art et d’histoire pour la valorisation du patrimoine local. Mais le premier travail qui y est lancé n’est pas sur l’hôpital mais sur « La révolution de l’eau ». Et à Vigeois, il y a quelques moulin. Alors Marie-hélène se jette à l’eau et met momentanément de côté l’hôpital . Elle veut faire un petit complément sous forme de conférence à l’exposition qui passera par le bourg. Commencent alors les recherches. Et surprise ! Au gré des archives départementales, ce ne sont pas « quelques » mais 19 moulins qu’elle trouve. « Je me rendais compte qu’il y avait une richesse qui n’avait jamais été exploitée ». Dans le creux de la Loyre, au méandre de la Vézère, sous la digue du lac de Poncharal, sur les rives du Brezou, au pied du Jargassou, il y avait des moulins partout. « Je me suis rendu compte que nous ne connaissions pas l’existence de nombre de ces moulins ».
Révolution au bord de l’eau
Ici un moulin à papier, là des moulins à farine et à huile, une forge, une minoterie, des carderies, une petite usine hydroélectrique… Du 18ème jusqu’au milieu du 20ème siécle, Vigeois n’est pas qu’un bourg agricole mais aussi une petite cité industrieuse… énergétiquement écologique, à une époque où il n’était pas encore question de faire autrement. L’eau est moteur. Elle est stockage d’énergie qu’on libère pour les première production d’électricité au début du 20ème siècle pour faire fonctionner les minoteries et les carderies. Elle entraine les pales des roues horizontale ou verticales. C’est selon la production. Par exemple pour la forge ou la fabrication du papier, qui demande d’actionner de lourds marteaux, c’était la deuxième option qui était choisie. Là où actuellement se construit la turbine qui devrait bientôt alimenter Vigeois en électricité était un moulin à farine et à huile. Un moulin qui s’est arrêté en 1936 à cause d’un incendie. Un des plus ancien de Vigeois. Il était lié à l’abbaye. Au 18ème siècle, les moines y avaient encore un droit sur le poisson, comme au moulin de la Forêt sur le Brezou…
De recherches en écrits
« Mais comment veux-tu que je me souvienne de tout ce que tu as raconté, il faut que tu nous le mettes par écrit ». Voilà comment en 2005 l’intervention de Marie-Hélène à l’exposition vigeoyeuse sur la Révolution de l’eau devient un livre. Ceci fait, Marie-Hélène repend le chemin de la salle de lecture des archives départementales. Éplucher, éplucher encore. « Ca prend énormément de temps, vous pouvez rester 15 jours sur le même dossier. » Je prends les notes à la main. C’est des heures des journées, des semaines. Il faut rentabiliser les déplacements. Il y a des journées où on revient avec trois fois rien . Au début on ramasse beaucoup d’information, mais ensuite quand il faut trouver une explication c’est parfois très long et c’est beaucoup de papier remué. » Cette fois, ce sont les comptes-rendus du comice agricole de Vigeois qu’elle passe au crible. Nous sommes en 2009 et ce sont les 150 ans de cette institution cantonale. Encore un écrit, encore un détour sur le chemin du récit de l’hôpital.
De retour à l’hôpital
Un chemin qui mène à la Capitale. Marie-Hélène se rend aux archives nationales et à celle de Paris, pour retrouver la trace de Jean Commaignat, le bienfaiteur originaire de Vigeois qui légua une partie de sa fortune pour faire construire et fonctionner un hôpital dans la bourgade de son enfance. Marie-Hélène cherche à comprendre ce personnage singulier, particulier, mystérieux… Son histoire commence à L’enclos de la Boule Rouge, un carré marécageux, cultivé par des jardiniers. Il s’y construit petit à petit des cabanes, qui deviennent des maisons. C’est là où habitait Jean Commaignat. « C’était un lieu mal famé. Il ressemble à certains écrits de Balzac qui décrivent les quartiers du faubourg Montmartre ». Jean y est carrossier sellier. En fin de vie, retour aux origines, il crée l’hôpital de Vigeois pour les gens malades de la commune. Au début c’est une sorte d’hôpital de jour, mais la législation évoluant, il a fallu s’occuper et loger des handicapés, des vieillards et ce sur l’ensemble du canton voire même au delà. C’est à ce moment qu’est décidé la construction d’un nouveau bâtiment. Ce dernier est achevé pour accueillir les soldats blessés de la première guerre mondiale. Un hôpital, mais pas que… Il accueillera en 1937 une soixantaine de réfugiés espagnols fuyant le régime de Franco, et en 1946, plus incongru dans un hospice, une colonie de vacances…
Nous sommes en 2016, le livre sur l’hôpital est achevé, imprimé, disponible dans les commerces des environs. Il est à l’image de sa construction, un parcours dans le temps. Toujours aussi documenté que les précédents, il est plus écrit, plus sensible, et donne une peu de profondeur à la surface du présent. A la question « Et après ? ». Marie-hélène semble hésitante mais, me confie t-elle, Vézère ardoise va commencer un travail sur le chemin de fer de la ligne Limoges-Brive. Prendre le train en marche ? Marie-hélène ne semble pas avoir dit son dernier mot : « Le tronçon Uzerche-Allassac fait une vingtaine de km. Il y a 13 tunnels sans compter les viaducs et les murs de soutènement. Le chantier début en 1882 et la voie est Inaugurée en 1892. A Vigeois, il y a eu plus de 4000 habitants à ce moment là… ». Nous nous quittons là dessus mais l’histoire n’est assurément pas finie.





