
Depuis que la téléphonie mobile existe, je me faisais peler le portefeuille chez Orange. Pourquoi Orange ? Euh… Parce que ! Orange faisait son Cointreau avec mon fric et moi, pour la modique somme de 9,90 € par mois, je pouvais SMSser comme un malade et éructer pendant trois heures dans l’appareil à rendre sourd (comme autre chose). Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et courant juillet, Orange me fit l’insigne honneur de m’écrire. Quelle joie ! Dans son gentil poulet, l’Orange m’apprenait que, pour satisfaire mes nouveaux besoins dont je n’avais pas encore pris conscience, elle avait décidé premièrement d’augmenter le montant de mon forfait, deuxièmement de diminuer mon temps de téléphone en France mais, en compensation, de m’offrir un temps d’accès à l’internationale (quoi que cela puisse être). Considérant cette rupture unilatérale de contrat comme quelque peu abusive, je décidais d’aller signifier ma désapprobation dans les bureaux cadurciens de l’Orange. Mal m’en prit ! Arrivé tôt, mais pas le premier, je fis stoïquement la queue avec d’autres Orangistes. Nous étions là une bonne vingtaine à lorgner avec envie sur les quatre chaises fournies généreusement tout en jouissant des rayons du soleil à la brûlure amplifiée par la baie vitrée. Attente chaleureuse ! Cette vie de sybarite prit fin après une heure d’attente lorsqu’un des serviteurs du culte de l’Orange daigna enfin m’accorder une audience. Après avoir écouté mes doléances d’une oreille attentive mais avec la mine du mec franchement emmerdé, sa réponse fut laconique : « Il vous faut envoyer un e-mail, nous ici, ce n’est pas de notre ressort ». À laconique, laconique et demi, je lui répondis : « Je n’ai pas de mail ». À l’air hagard de mon interlocuteur, je compris que j’avais blasphémé ! Je n’avais pas de mail, comment allais-je faire ? Pour calmer ses angoisses, je lui répondis que je n’avais nullement l’intention de faire quoi que ce soit et que c’est bien lui qui allait faire puisque depuis 15 ans, il vivait sur mon pognon et que donc, client, j’avais toujours raison. Rendu à résipiscence, quoique réticent, il n’en maila pas moins pour moi à la grosse Orange. Fin du premier acte. Naïf que j’étais, je dormais même la conscience téléphonique tranquille. Deux jours plus tard, coup de téléphone du grand cageot central. Après les salamalecs d’usage, mon interlocutrice m’informa qu’il y avait un pépin et me confia son étonnement et sa profonde affliction que mes réserves lui avaient suscités. Elle insista beaucoup sur le fait que je pouvais téléphoner à l’étranger, et que c’était une grande chance et que du bonheur ! Je lui répondis qu’ayant été obligé de fermer récemment mon compte à Panama et que celui des îles Caïman ayant été transféré au Luxembourg, je n’avais nul besoin d’appeler l’étranger. Mon amusante saillie (enfin, pour moi) fut suivie d’une espèce de blanc d’où semblait sourdre une perplexité profonde. Avais-je commis un deuxième blasphème ? Il est vrai que chez Orange, on est très sensible à l’étranger surtout quand il s’agit des îles Caïman, du Luxembourg ou du Qatar. Regroupant ce qui lui restait d’esprit, elle m’affirma tout à trac que le contrat était à prendre ou à laisser parce que c’était une directive européenne arrivant toute fraîche de Bruxelles et que ça c’est sacré, et que non, même après de si longues années d’amour, je n’aurai droit à rien, na ! Lui ayant signifié en termes explicites ce que je pense des diktats en général et de ceux de Bruxelles en particulier, je lui fis part de mon intention d’aller voir la concurrence. Elle me répondit « Eh bien, allez-y ! » et me raccrocha au nez. L’Orange était amère. Fin du deuxième acte. Direction La Poste et la concurrence. Reçu par une charmante jeune femme, mon humeur de dogue, qui dans un premier temps s’était radoucie, fit un bond stratosphérique quand tout sourire elle me demanda : « Il nous faut votre mail ». Las mais serein, je lui expliquai que je n’étais pas « mailé » et que je n’avais pas l’intention de me « mailer » de rien d’ailleurs. Devant la pléthore d’offres aussi inutiles à mes yeux que la cervelle de Manuel Valls, je lui fis part de mon refus de la 4G et autres saloperies similaires comme le compteur Linky. Elle sembla abonder dans mon sens. J’avais pu déjà constaté qu’à La Poste, on rencontrait des employés sympathiques et dotés d’une cervelle. Ça me changeait du jus d’Orange. Après les palabres coutumières, et nonobstant le fait que je dus revenir avec les habituelles paperasses, prouvant que moi j’étais moi et que j’habitais bien chez moi, nous finîmes par faire affaire. Fin du troisième acte. Il me restait, néanmoins, à repasser au sauna Orangiste afin de faire débloquer mon téléphone. Je dus, tout d’abord, subir le laïus tout de mauvaise foi d’un cadre qui semblait avoir atteint le point le plus haut du principe de Peter puis fus enfin pris en charge par un jeune Orangiste. Après m’avoir, lui, écouté, il me récita à son tour, le mantra souverain : « Il faut que vous le fassiez par mail ». Un vertige me saisit : je me vis « m’enmailer » les pinceaux dans un « maili-mailo d’emmailement sans limites ». Sortant très légèrement de mes gonds (mais rien d’excessif), j’expliquai au jeune Orangiste que je collaborais (à l’insu de mon plein gré) à un journal tenu par une horde de dangereux anarchistes tapis dans l’ombre et que je me ferai un plaisir d’emmerder nos lecteurs en essayant de les faire rire Orange. L’effet fut immédiat : se jetant alors frénétiquement sur sa machine à mails, il me « démaila » la situation en un temps record. Pour une fois que ce journal pourri me servait à quelque chose, il faut le souligner. Mais enfin, là où la connexion passe, la communication réelle trépasse.
Bill





