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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 8 · 1 septembre 2016

Ça chauffe pour toi, citoyen !

« Ça chauffe pour toi, citoyen ! »

Ce régime qui s’autoproclame Démocratie fait du citoyen sa proie et son fantôme. Quand le régime se fait oppressif, le citoyen a le cuir qui chauffe. Mais on s’accommode de tout. Il est urgent de ne plus croire en la Démocratie d’en haut, mais de l’organiser d’en bas. Voici quelques faits pour mémoire à la rentrée qui s’annonce chaude.

Au printemps, un ministère, lâché par des conseillers, a commis cette communication maladroite : « La loi Travail c’est plus de dialogue social, plus de souplesse et de visibilité pour les entreprises, plus de protections pour les actifs et en particulier ceux en situation de précarité ». La rue s’amuse : cette loi, ce n’est pas « plusse » mais « plus du tout » de dialogue, de protection, etc. Et oui : qui des manifestants passés à tabac ou mutilés, qui des ouvriers virés ou en prison, auraient envie d’un rab’ de ce dialogue social ? De quelle protection supplémentaire auraient besoin des précaires renvoyés au rang de surplus, d’invendus en soldes ? Quelles PME rêvent d’un bonus de souplesse et de visibilité tandis que les banques les tiennent à la gorge ? La loi se moque de ces situations. Elle légalise leur aggravation.

Quatre mois durant, le gouvernement a déchainé une répression féroce contre les manifestations, grèves, occupations et blocages. Et communiqué sans parole. Les foules ont réussi à réveiller le Sénat qui, en réaction, a durci la loi. L’Assemblée n’a pas su réunir une soixantaine de députés capables de renvoyer ce projet et ce gouvernement dans les oubliettes de l’histoire. Mais à quoi peut servir la représentation ?

Au milieu de ce fracas, il y a Myriam El Khomri, son sourire qui brille douloureusement. Comme les employés du télémarketing, elle récite un argumentaire préparé par d’autres. Cette loi est nocive, elle le sait, et pourtant elle la défend. De quoi ce sourire forcé est-il fait ? De l’imposture à laquelle la ministre s’oblige par ambition, de l’amertume de cette humiliation qui la dévore, de la dignité perdue. Mais elle n’est pas la seule à sourire de la sorte, c’est-à-dire : à serrer bien fort les dents. C’est toute une société qui patauge, fait semblant d’être libre et qui serre les dents. C’est la place acceptable du citoyen ici-bas. Ou alors : descendre dans la rue et reprendre les places dès septembre.

La Ville, son béton, ses barrières…

Parlons place des citoyens, parlons stationnement. La nuit, Tulle compte 14 000 habitants au repos. Le jour, un même nombre pénètre les sept collines pour aller au turbin. Les places de parking seraient insuffisantes. La mairie veut « favoriser le stationnement et revitaliser le centre ville. Ayant du mal à aborder d’une manière globale cette thématique délicate, la mairie a mis tout à plat », raconte le maire adjoint au commerce, Fabrice Marthon, dans le Tulle Mag. Et le fruit de cette réflexion, c’est : « permettre la rotation des véhicules et simplifier les usages ». Un charabia. Traduction.

Simplifier les usages, c’est l’achat du ticket de stationnement par carte bancaire grâce aux 50 nouveaux parcmètres, des panneaux qui indiqueront le nombre de places libres sur les parkings bientôt clôturés et un parking à vélos. C’est court et c’est tout. La rotation des véhicules, c’est le fait qu’une place reçoive le plus de véhicules à tour de rôle. Ce concept sympa semble ouvrir les portes de la ville à la foule imaginaire de consommateurs qui trépigne. Mais ce concept a des cibles réelles : ces modestes qui ont besoin de stationner la journée, les travailleurs et les Tullistes qui n’ont pas de garage. Ils n’ont pas le choix mais ce concept les délogera. Par des tarifs augmentés ? Pas forcément, se défend la mairie.

Cette réflexion municipale accouche de barrières à péage ; une idée très neuve depuis le moyen-âge. Puisqu’ils ne sont plus aux normes, les trois parkings à étages seront clôturés et payants. Et toc. Les recettes financeront leur rénovation et la construction d’un autre parking payant, à côté de l’hôpital. Et tac. En tout, quatre grands parkings payants voisineront de ce côté de la ville. À l’opposé, pareil : les parkings payants, le Soulétie, la place Brigouleix et celui de la gare, seront clôturés de barrières automatiques. Pour simplifier les usages, c’est raté ! Mais, défend le Tulle mag, les clients règleront leur ticket en une seule fois. Ils pourront ainsi stationner plus longtemps. Pour la « rotation des véhicules » aussi, c’est raté. Pas très attirant. Les moins argentés resteront dans les hypermarchés en périphérie, là où le parking est gratuit et la barquette est moins chère. Pour la revitalisation du centre ville, c’est raté.

Comment une mesure pour le stationnement peut dissuader de stationner ? Revitaliser un centre ville et empêcher de s’y promener ? Simplifier les usages et les compliquer ? Étudier le stationnement sans observer la circulation et les usages des populations mène à ces contradictions. C’est surtout la volonté de conformer Tulle aux villes immondes et à leur consumérisme bon teint, cinéma, etc. Défigurée à force d’être offerte aux voitures, Tulle est hostile au piéton et au commerce. Rendre la ville agréable, commerçante, exige à l’inverse de faire place à tout ce qui n’est pas voiture : élargir les trottoirs, faciliter l’usage du vélo électrique (circulation, location, traction), supprimer les cassis et des parkings gratuits en périphérie avec navettes et bien d’autres aménagements moins coûteux. Un autre monde.

Mais la réflexion municipale qui exclut l’expertise des citoyens, leurs usages et la spécificité de la ville, ne bénéficie pas de longue vue. Seule, la mairie transforme une affaire sociale en dossier avec un jargon qui neutralise toute perspective et toute critique : modernité, rotation ou revitalisation. Et qui déploie barrière, béton, péage. Barrage, tombé, piège.

À court, la mairie botte en touche : « À chacun de réfléchir sur son mode de déplacement ». Individuellement, pas ensemble. À vous d’affronter à vélo, en TUT, en co-voiturage une ville étendue et vallonnée, dans des rues encombrées de voitures et sur des trottoirs étroits. Une ville hostile de tous les côtés. C’est ça, la sacro-sainte autonomie des usagers : essayer de survivre dans la ville-prison qui a été décidée pour vous, sans vous.

Des communes ôtées de Commune

Même sort, même hostilité avec la réforme territoriale. La désorganisation des territoires et de leurs pouvoirs entame un chapitre nouveau. Avant 2017, les petites communes (moins de 2500 habitants) seront absorbées par des communautés, des communes ôtées de commune. Chaque village, représenté par un nombre d’élus proportionnel à son nombre d’habitants, devisera des intérêts communautaires. Joli sur le papier, mais inégal dans les faits et reléguant les citoyens à une masse électorale comme marche-pied. Lassés d’espérer un retour de leur impôt versé à Tulle Agglo, les habitants d’Angles-sur-Corrèze se sont résolus à reboucher eux-mêmes les nids de poule sur leurs routes.

À quoi sert cette réforme ? Faire des économies. Elle coûtera plus cher. Elle promet aussi de « mieux prendre en compte les besoins citoyens ». Quand le citoyen devient l’adjectif de ses besoins, ça ne sent pas bon. À quoi le citoyen aspire, c’est autre chose. Les demandes de subventions associatives décollent mais les budgets publics correspondants baissent : des citoyens privés de réaliser leurs initiatives laissent la place aux élus et aux techniciens qui décident pour eux, sans eux. L’élu est un citoyen qui a réussi, aux dépens de tous les autres.

Ce régime maintient les citoyens en carence. Élus et techniciens sont enfermés dans une bulle, une lointaine Olympe d’où est modelée la moindre parcelle de l’existence sociale ici-bas. Il y a 180 ans, un Tocqueville écrivait : « Il arrive souvent, en Europe, que les gouvernants eux-mêmes regrettent l’absence de l’esprit communal, car tout le monde convient que l’esprit communal est un grand élément d’ordre et de tranquillité publique ; mais ils ne savent pas comment le produire. En rendant la commune forte et indépendante, ils craignent de partager la puissance sociale et d’exposer l’État à l’anarchie. Or, ôtez la force et l’indépendance de la commune, vous n’y trouverez jamais que des administrés et point de citoyens. » Élus, vous voilà prévenus. Citoyens, changez le destin.

G. Pavu

La vie pénible de nos élus

Pascal Cavitte. Le souriant proviseur du lycée agricole de Naves est élu à la Ville de Tulle et aussi conseiller à la Région depuis décembre dernier. Et voici qu’une méchante rumeur s’acharne à son sujet. Les clampes disent qu’il quitte le lycée. Pour se consacrer à ses mandats ? Non ! Pour occuper un poste sur mesure dans une administration publique. , là où dix employés regardent le seul qui travaille [ Commentaire Céline : Sérieux ???!!! C’est quoi ce truc sur les fonctionnaires???!!!], à ce qu’on dit. Selon la rumeur, ce poste peu contraignant, laisserait du temps de serrage de mains disponible ; une petite faveur de l’Élysée. L’Élysée ? Le maire de Tulle envisage de se présenter à l’Assemblée Nationale. Après la magistrale raclée du PS aux Départementales, il réfléchit. S’il était élu, la Ville aura besoin d’un remplaçant. La première adjointe est hors course, puisque communiste. Malléable, présentant bien, l’héritier est bien vu par le Très-Haut. C’était notre rubrique « la vie difficile de nos élus ». Mais ce n’est qu’une rumeur.

G. Pavu

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

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