
Entre Corrèze et Dordogne, nous connaissons la vallée de l’Homme, ainsi surnommée parce qu’habitée pendant des millénaires par les premiers hominidés du continent européen (fossile de Cro-Magnon et art des cavernes en témoignent). Une autre vallée de par le monde fait écho à celle de la Vézère : la vallée de L’Omo. Dans l’ouest de l’Éthiopie, la rivière Omo a été baptisée ainsi car c’est un autre berceau de l’humanité, plus ancien encore que celui que nous connaissons par ici. Dans ce coin de la corne africaine, en 1967 des archéologues ont découvert le crâne d’un Paranthrope, espèce préhumaine, vieux de 2,5 millions d’années et les plus anciens fossiles d’Homo sapiens connus à ce jour, âgés de 130 000 ans. Actuellement cette vallée est un éden habité et entretenu par divers tribus, peuples racines, que les anthropologues ont regroupés sous le terme générique de peuples de l’Omo. Ces femmes et ces hommes, qu’ils soient Hamers, Mursis, Turkana, Karos, Surmas, Bume, Galeba, Dassanetchs, Bèrber, Bodis, Nyangatom, Kwegu, conservent des traditions multiséculaires. Sans aucun folklore, ils se nourrissent de dialogues permanents entre nature et culture. Plusieurs reporters et photographes, dont le célèbre Hans Silvester, ont immortalisé ces dernières années leurs visages « sauvages », aux crinières de fleurs et de plumes, ainsi que leurs corps peints de lignes circulaires et inspirées du végétal : sublime ! (à voir sur : http://www.grands-reporters.com/Les-peuples-de-l-Omo.html).
Ce sont des « astrologues renversés » comme aimait à le dire André Breton pour les peuples de la tradition qui ont inspiré les créations du surréaliste, car ces ethnies contemplent les pierres ou les fleurs comme d’autres les étoiles et savent se saisir de leur magie.
Sauf que voilà, très triste nouvelle : une catastrophe menace un pan de cette humanité et de l’histoire de notre espèce. L’organisation Survival International, pour la défense des droits des peuples indigènes, alerte de la construction d’un barrage dans la partie inférieure de la vallée de l’Omo, menaçant de famine et d’expropriation abusive les tribus Kwegu qui vivent de la cueillette, de la chasse, de la pêche et de l’agriculture. Le barrage, et la déforestation qui l’accompagne, vont servir l’implantation d’une agriculture intensive et lucrative, soutenir la production électrique du pays, condamner une vaste partie de la vallée de l’Omo et retenir les eaux qui chaque année inondent et donnent vie aux cultures vivrières de céréales. Les autochtones du piémont n’ont bien sûr jamais donné leur consentement pour une telle saignée du paysage qui compromet totalement leur mode de vie respectueux de la nature. Pourtant les travaux ont déjà commencé. L’ouvrage et l’agro-business qui l’entoure est une initiative du gouvernement éthiopien, aidé financièrement par l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Banque Mondiale.
Pauvre diable que cette société ultra- libérale qui tue dans l’œuf sa part d’humanité.
Alors que faire ? Déjà alerter autour de soi. Et puis faire pression auprès des dirigeants éthiopiens et des états qui soutiennent ce scandaleux projet en envoyant un courrier ou en signant la pétition en ligne. Vous trouverez de plus amples informations sur cette actualité et sur les façons d’agir via les sites internet suivants :
http://assets.survivalinternational.org/documents/1282/gibe-iii-dam-report-carr-arwg.pdf
http://www.survivalfrance.org/peuples/valleedelomo#actnow
Florian Rochet






