Alors que la saison de chasse est terminée, qu’on pourrait espérer la faune sauvage peinarde pour un moment, quelques mois disons, certaines espèces ne disposent pas de ce temps de repos…Leur tort ? Etre classées comme nuisibles, considérées comme de trop. Pour qui ? pourquoi ?
Il fut un temps où les hommes tuaient des animaux pour manger, se chauffer, se vêtir, fabriquer des outils, et savaient combien étaient précieuses ces ressources et n’en abusaient pas. Comme tout prédateur intelligent… Ce temps semble pour le moment définitivement révolu. Nous sommes entrés depuis plusieurs milliers d’années dans une civilisation où notre rapport aux animaux est devenu purement utilitaire. Je n’étendrai pas le sujet à la Nature en général, bien que la problématique soit la même. Les animaux sont devenus de gentils petits plaisirs quotidiens (les animaux domestiques), des êtres élevés dans un but de consommation (les animaux d’élevages). En ce qui concerne la faune sauvage, ce sont au mieux de gentils bestioles exposées dans des mouroirs (zoos et parc animaliers), des animaux chassés pour le plaisir, quand cette tuerie ne relève tout simplement pas du trafic mafieux international, au même titre que les stupéfiants ou les armes.
La donne a donc changé. L’Homme croit détenir un pouvoir supérieur, décidant selon ses intérêts du sort de telle ou telle espèce sauvage. Ramenez à nos campagnes et montagnes hexagonales, les termes varient mais ne nous trompent pas: gestion, régulation, prélèvements, chasse aux nuisibles… Il s’agit bien de mettre au pas une faune que l’on juge indésirable car dérangeante pour les activités humaines. L’anthropisation n’a jamais été aussi importante, les espaces sauvages diminuent, les corridors et niches écologiques sont réduites à peau de chagrin. Les milieux naturels sont de plus en plus morcelés. Les routes en particulier fragmentent anormalement les écosystèmes, limitant ou interdisant le déplacement normal et nécessaire de la faune et de la flore.
Grands ongulés, renards, blaireaux, hérissons… mais également buses, effraies des clochers ou encore serpents, crapauds… Tous et tant d’autres paient un lourd tribut aux hommes. Les petits et grands mammifères, les batraciens, les oiseaux, tous sont les victimes directes de nos activités. Alors que des espèces disparaissent, que d’autres survivent tant bien que mal, nous accélérons ces processus par la catégorisation des animaux entre les « bons » et les « mauvais ». Les « bons » seront quand même chassés, hein, mais seulement une partie de l’année. Les « mauvais », ces fameux nuisibles, peuvent être détruits toute l’année, dans la plupart des départements français.
Je prends ici deux exemples, le renard et le blaireau. D’un point de vue ethno ou anthropocentré, ces deux espèces sont considérées comme inutiles, néfastes. En effet, elles ont pour vilaine habitude de vouloir vivre et donc de creuser des terriers, de manger des cultures qui occupent leur espace de vie, de se reproduire… De se déplacer ! Pour quelques talus « effondrés » et « désagréments » mineurs, les lobbys agricoles et de la chasse ont obtenu le droit de les traquer et de les tuer sans relâche. Et d’une façon sadique, cruelle et barbare. J’encourage ceux qui ne connaissent pas cette « technique » à regarder quelques vidéos de déterrage…
Une telle méconnaissance des espèces avec qui nous devons partager nos espaces de vie est insupportable. Les renards sont les prédateurs de petits mammifères, qui eux causent des dégâts dans les cultures. Les blaireaux ont le droit de vivre autant que les petits caniches à mémés, et même que les chiens de chasse. Les chevreuils, cerfs, biches ou sangliers ne sont pas trop nombreux. C’est un non sens que de dire ou penser cela. Les espèces sauvages s’autorégulent, mais l’emprise humaine sur leurs territoires crée de profonds déséquilibres, quand ceux-ci ne sont pas volontairement causés pour le plaisir de quelques gâchettes du dimanche.
Le sauvage souffre d’une connotation négative car il représente ce que les hommes ne connaissent plus. Il fait peur, intrigue, provoque des réflexes violents et destructeurs. Il en devient parfois nuisible, indésirable, et le paye au prix de sa vie. Redonnons au sauvage la place qui a toujours été la sienne et que nous tendons à effacer : celle du centre de la vie, de nos vies, sans laquelle notre espèce humaine n’aurait jamais émergé.
Dersou Ouzala





