
Chaque samedi soir depuis le 9 avril (lire LTC n°6), avec une constance remarquable, les Nuits debout ont lieu place de la cathédrale à Tulle.
Leur configuration est variée : si parfois seul un petit comité de trente à quarante personnes est réuni – soirées alors surtout axées sur les échanges -, d’autres Nuits rassemblent plus de cent personnes – notamment quand est organisé un événement. Lorsqu’elles ne déambulent pas dans les rues au son d’une fanfare, faisant symboliquement un petit tour dans les jardins de la préfecture… Car le mouvement déborde parfois le cadre de la place… de jour comme de nuit. Par ailleurs, la participation aux manifestations et actions organisées par les syndicats y apporte un peu de diversité, tant quant aux personnes présentes que dans les messages portés. Rappelons que les Nuits debout naquirent de l’évidente et nécessaire exigence1 de retrait de la loi travail.
La majorité des personnes participant aux Nuits debout viennent de Tulle et ses environs, mais ces soirées attirent aussi certains brivistes qui ne trouvent pas ce moyen d’expression et de dialogue dans leur cité. Des habitants de contrées plus éloignées de la Corrèze sont aussi présents. Parce que, parfois, c’est dans la ville que ça se passe. Si les discussions prennent différentes formes et orientations, revient régulièrement le sujet de l’épuisement de nos institutions, confisquées et dévoyées par une oligarchie dont le maintient est favorisé par l’apathie politique de nombre de nos concitoyens. Rien de nouveau quant au constat, mais il conduit à des échanges intéressants voire stimulants. Il me semble juste de mettre ici l’accent sur une réflexion récurrente au sujet de l’élection présidentielle prévue l’année prochaine, avec le constat suivant : 2017 n’a pas lieu d’être2. Il résume parfaitement la situation dans laquelle nous sommes, nous, individuellement et collectivement. Nous ne nous retrouvons plus dans un système sclérosé, étouffé et étouffant. Donc, une élection qui ne changera rien et perpétuera un fonctionnement qui nous enferme n’a pas sa raison d’être, sinon institutionnelle, donc théorique. Ne pas la faire figurer dans notre agenda personnel apparaît comme une évidence à certains. Alors, que faire, que substituer à ce fonctionnement trop bien huilé ? Des esquisses et orientations apparaissent, mais ces quelques lignes ne sont pas le lieu pour les évoquer ; c’est sur la place (et ailleurs) que ça se passe.
Loin de constituer un rassemblement homogène, les Nuits debout sont ouvertes à chacun. Il y a bien longtemps que tant de personnes ne s’étaient pas ainsi retrouvées sur une place publique pour parler, « refaire le monde », quelque soit leur origine, leur position sociale, etc. À l’opposé d’une logique qui tend à nous considérer – et à nous mener à nous penser nous-mêmes – comme des individus isolés et impuissants, simples consommateurs, épisodiquement électeurs et globalement dépolitisés, ces rassemblements (re)créent du collectif et (ré)insèrent le politique dans la cité. Nous savons tous, en Corrèze comme dans la France entière, que plus rien ne sera comme avant…
1 – Oui, il s’agit d’une exigence et non d’une simple demande. Une très large majorité des Français-es refuse ce texte comme l’orientation politique qu’elle sous-tend. 2 – Il apparaît, depuis, que le site www.lundi.am a inauguré un feuilleton de l’été intitulé « La présidentielle n’aura pas lieu ».
Ours Noir




