Lors des nuits debout de Tulle j’ai entendu nombre d’interpellations sur la nature et l’origine des aliments que nous y mangions. Effectivement ces rassemblements ont essentiellement « enrichi », côté victuailles, les supermarchés tullistes. Et puis une camarade dit avec provocation « vous faites chier avec votre bouffe écolo. Et puis vous, vous êtes organisés ».
Organisés ! C’est un des mots justes pour caractériser « La Fourmilière ». Arthur Molvo et Cyril Lallement, deux des organisateurs du groupement d’achat associatif ont pris le temps de donner à La Trousse quelques explications sur la démarche, le but et l’organisation de celle-ci.
La Fourmilière, qu’est-ce que c’est ?
C’est une association qui se traduit en un groupement d’achat fédérant environ 90 foyers, 25 fournisseurs avec autant de référents, 500 produits pour 50 000 euros de commande en 2 livraisons annuelles. La fourmilière ne fait pas d’achat-revente mais regroupe des gens et leurs commandes. La gamme de produits est très large. Elle va des pâtes, riz, vin, bière, légumineuses … aux produits d’hygiène et d’entretien, essentiellement des produits courants, utilisés en grande quantité dans les foyers. Selon Cyril c’est un « énorme créateur de liens, de réseaux autour de valeurs. Les multinationales dominent le marché de l’alimentation à travers une organisation militaire et font beaucoup de tort. En mettant en commun on peut les contourner. »
Arthur raconte : « Le groupement doit avoir 7 à 8 ans. Au départ ce sont des femmes qui ont oeuvré à cette initiative, les pieds sur terre. Le principe initial était de s’alimenter sain, local, biologique au maximum et moins cher. Grâce au nombre, à la mutualisation. Il s’agissait aussi de diminuer conséquemment les emballages et le coût énergétique de l’approvisionnement alimentaire. Il paraissait indispensable de s’unir pour faciliter la difficile tâche de s’approvisionner seul en respectant ce cahier des charges. Dès le début il y avait l’idée de soutenir les producteurs locaux, d’en favoriser l’installation tout en faisant réfléchir les gens à leur façon de s’alimenter. » Tant sur l’aspect alimentation que sur l’aspect sociétal d’ailleurs. »
Comment ça marche ?
Pour Cyril, « les fourmis ne sont pas juste des gens qui veulent payer moins cher. Elles veulent reprendre en main leur façon de consommer et s’y impliquer un peu, (sachant qu’en cumulé ça ne leur prend pas plus de temps que faire la queue à Leclerc). Finalement, il y a pour toutes, la volonté de s’investir un minimum pour la structure et pour les autres. » Les usagers sont essentiellement du Nord du Lot et de la moyenne Corrèze.
Pour participer à ces approvisionnements il faut adhérer à la fourmilière, remplir deux fois par an son tableau de commande en sous-groupe ou seul, participer à une réunion de finalisation de la commande du groupement et venir à la livraison un mois plus tard.
Chaque produit ou marque de produits a un référent qui met à jour les tarifs et les gammes, assure la relation aux producteurs et fournisseurs et apporte la commande le jour de la distribution.
À La Fourmilière le Conseil d’Administration se réunit deux fois par an pour échanger et prendre des décisions sur les produits sur lesquels il doute. Il contribue aussi à améliorer la logistique. « Ça évolue en permanence » précise Arthur.
Quelles évolutions pour demain ?
Arthur et Cyril partagent l’idée que « plus on grossit mieux c’est, tant que nous arrivons à faire tourner l’ensemble et que nous restons fidèles aux valeurs que nous défendons ». Il ne s’agit pas de grossir pour grossir mais d’augmenter les bénéficiaires de ce service réciproque, de cette façon de consommer. Il s’agit de militer pour s’adresser de plus en plus aux producteurs et fournisseurs plutôt qu’à la gamme (en extension) de produits bio de la grande distribution. « Grossir avec des gens qui s’impliquent et amènent de nouvelles idées. »
« Nous avons atteint le premier niveau de masse critique pour être pris au sérieux par les fournisseurs. Pour avoir une nouvelle baisse tarifaire il faudrait être dix fois plus gros. Nous n’avons donc pas d’autre raison de grossir que celle de militer, de rassembler et d’en faire profiter à plus de gens qui arrêteraient de filer leur argent à ceux qui n’en ont pas besoin et ne se soucient pas d’éthique. » Arthur ajoute : « à petit pas nous pouvons aller plus loin avec cette histoire de Fourmilière, il ne faut pas s’enfermer sur notre fonctionnement actuel, nous pourrions faire du »caritatif« par exemple. La fourmilière est un lieu, une petite communauté dans laquelle on crée une culture commune qui peut nous porter ailleurs ».
Eh oui chère camarade : S’ORGANISER !
Pascal Brette




