
Dans un Atlas de la France toxique publié le 4 mai dernier, l’association Robin des bois établit, département par département, une moyenne des ventes annuelles de pesticides entre 2011 et 2013. Sur la carte, une Corrèze jaune canari1De 1 à 100 tonnes par an de substances actives.. Bien plus rassurant que certains départements écarlates2De 200 à 400 tonnes par an de substances actives. ou noirs affublés d’une tête de mort3Plus de 400 tonnes par an de substances actives. 788 tonnes pour l’Aube, département le plus touché.. Réjouissant ? Pas sûr, tant la réalité de l’épandage de pesticides en Corrèze est contrastée.
De 1 à 100 tonnes par an de substances actives.
De 200 à 400 tonnes par an de substances actives.
Plus de 400 tonnes par an de substances actives. 788 tonnes pour l’Aube, département le plus touché.
Un cocktail de substances actives dans le « triangle de la mort », ça vous dit ?
Si les zones « montagneuses » du département, surtout consacrées à l’élevage, semblent relativement épargnées, il en va différemment de l’ouest de la Corrèze. Modelé par la pomiculture de masse depuis les années 1970, l’épandage de pesticides y est (presque) banal. Les agriculteurs conventionnels, vassaux d’un productivisme anachronique, ne lésinent pas sur l’utilisation de substances CMR (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques). Ainsi, en année pluvieuse, une pomme peut recevoir une cinquantaine de traitements. Si les substances actives ne sont pas neutres en terme de santé, les effets combinés de ces molécules soulèvent davantage d’inquiétudes encore quant à leur agressivité sur l’organisme. Des risques pour la santé largement dénoncés par l’association Allassac ONGF et les « médecins du Limousin »4En 2013, 295 médecins du Limousin ont signé un appel national, sous forme d’alerte sur les effets des pesticides sur la santé humaine., trop peu pris en compte par les autorités publiques.
En 2013, 295 médecins du Limousin ont signé un appel national, sous forme d’alerte sur les effets des pesticides sur la santé humaine.
Des évolutions en perspective ?
Fin mai, un arrêté préfectoral est venu interdire l’épandage de pesticides aux abords immédiats5Soit à moins de 50 mètres. des établissements sensibles accueillant des personnes vulnérables (crèches, écoles, hôpitaux, etc.). Et rien en dehors. À croire que la personne vulnérable cesse de l’être une fois sortie de l’établissement ! C’est d’ailleurs ce qu’a fait valoir Allassac ONGF, lors de la consultation publique préalable. L’association souhaitait une extension de l’interdiction aux abords des zones d’habitation. En vain.
Soit à moins de 50 mètres.
Par ailleurs, une Charte des bonnes pratiques en matière d’épandage des pesticides en Corrèze – prévoyant notamment la création de zones tampon – était prévue pour juin. Pas du goût de la Chambre d’agriculture qui refuse aujourd’hui de la signer. Plébiscité par les pomiculteurs eux-mêmes, le texte de compromis aurait dû arriver en pleine période d’épandages. Un blocage au pire moment comme démonstration, s’il en fallait, que la Corrèze a encore beaucoup à accomplir en matière de protection des populations face aux pesticides.
Hilmar Braken




