
En quelques mois, Laure et Grégoire Porté ont transformé un grand jardin en un parc de trains miniatures à Seilhac.
Le train de voyageur Amtrak aux wagons gris métallisés surgit du tunnel et file droit vers le pont. Il est suivi, quelques minutes plus tard par la loco vapeur qui emporte un chargement de fûts de bière fraichement sortis de la brasserie. Les deux trains traversent un far west miniature : torrent des Rocheuses, campement d’indiens, village mexicain, la gare au milieu de la ville…on s’y croirait. Ils rejoignent ensuite d’autres trains qui prendront le relais, l’un chargé de tracteurs, l’autre de charbon. On descend quelques marches et c’est dans un décor plus européen qu’une dizaine de trains circule, chacun son tour : passage à niveau, gare de Icituyais (ici-tu-y-es), gare de frêt, voie minière, tunnel. Mais aussi corps de ferme, maison de garde-barrière, hôtel cossu, petit marché. Les détails foisonnent : personnages, bâtiments, véhicules… et les trains : des trains de jardin de fabrication allemande au 1/25 000ème.
Une telle minutie force l’admiration et la curiosité.
Il y a trois ans, Grégoire Porté convainc sa famille de quitter le Vaucluse pour venir s’installer en Corrèze. Il vend alors le premier parc de trains qu’il avait laborieusement créé là-bas. Cette première expérience avait été très difficile. Les banques ne l’ont jamais soutenu. Ni les autres acteurs économiques d’ailleurs. On voit d’un mauvais œil tout nouveau projet sur le territoire. Il faut dire que le Vaucluse ne manque pas d’infrastructures touristiques.
Les Porté se posent à Brive pour rechercher le lieu idéal pour leur installation. Après un an, c’est à Seilhac qu’ils trouvent une maison et un parc de 3 000 mètres carré [je propose : m2], en plein centre bourg, à quinze kilomètres de l’A20 et l’A89. Quoi de plus parfait [je propose : mieux] ? « Au départ, je recherchais un terrain plat car les trains ne peuvent pas monter de grosses côtes. Mais j’ai vite compris qu’en Corrèze, ce n’était pas possible ! ». Le Comité Départemental de Tourisme les a fortement soutenus et mis en avant et la commune les a accueillis avec enthousiasme…d’autant qu’ils ne demandaient même pas de subvention. Les écarts de prix entre le Vaucluse et la Corrèze laissent comprendre que le projet, malgré un lourd investissement de départ, est financièrement autonome.
Un travail de Titan !
Les travaux commencent en mars 2015. Laure et Grégoire y sont sept jours sur sept, dix à quatorze heures par jour. Trois jours de terrassement et d’enrochement, selon les plans de Grégoire. La mare-lac est creusée, ainsi que les tunnels et le ruisseau-torrent qui sera enjambé par un pont métallique. On installe les gaines pour les mille mètres de câblage électrique qui alimenteront les trains, la signalisation et le son. Ce sera ensuite la pose du ballast et des mille mètres de rail sur deux grands circuits indépendants ; puis les 3 500 plantations taillées en bonsaï par Grégoire, la soixantaine de décors et les six cents figurines.
Une expo-photo dans le parc présente les étapes du chantier extérieur et intérieur. Dans son atelier, Grégoire crée les décors de cet univers miniature. Là encore un travail minutieux qui peut prendre jusque 130 heures de travail pour les plus gros bâtiments. C’est pendant la première année de recherche du lieu qu’il a construit une grande partie de ces décors. Le parc ouvre en octobre 2015 et accueille deux mille visiteurs sur ce premier mois. C’est ensuite l’hivernage jusqu’au printemps suivant. Enfin si on peut appeler ça un printemps.
Grégoire Porté a attrapé le virus des trains quand il était tout petit. Mais en passant le concours de conducteur de train, il réalise que ce qui lui plaît dans cet univers, ce sont avant-tout les formes, les lignes, les dessins. Il laisse de côté sa passion pour une autre : la musique. Il en joue, il l’enseigne, il éveille, il forme. Jusqu’à ce que le virus lui revienne et qu’il réalise enfin son rêve de gosse.
Julie Devès




