
Quelles ont été les principales motivations pour la création du Pelou ?
Janvier 2012 à Magnac-Bourg lors d’une réunion d’amis, la question Que pourrions-nous faire ensemble ? S’est imposé, avec pour idée de fond, de faire des échanges. C’était une période de changement avec une élection présidentielle ; et les questions sur la dette étaient récurrentes. Nous avons donc décidé de faire des groupes de travail ce soir-là. Un groupe cantine bio, un économique, un sur l’information et un dernier sur le troc et les échanges. Bizarrement ce fût le groupe économique qui se montra le plus dynamique. Par la suite le comité d’audit citoyen (CAC 87) est venu pour une conférence, et là apparaît pour beaucoup de personnes le concept de dette illégitime, travail sur le budget de l’état, lois d’orientation des finances. Nous nous sommes dit : « Que pouvons-nous faire ? ».
Et l’idée d’une monnaie locale nous est venu.
La rencontre avec Jean Philippe Rouanne (l’abeille à Villeneuve-sur-Lot) qui a été l’un des initiateurs de la 1ère réunion à Magnac (c’est par lui que nous avons invité Philippe et Françoise Lenoble (les créateurs de l’abeille)) nous a donné l’envie d’essayer et nous avons effectué un voyage d’étude dans sa ville. Là, nous pensions que nous étions sur la bonne voie. Puis, une deuxième rencontre a amplifié cette envie. C’était à Felletin avec Philippe Derudder (personne ressource sur les monnaies locales). Nous l’avons invité pour faire une conférence qui a attiré plus de 70 personnes de toute la région, et qui plus tard anima différents ateliers avec le collectif « Ici ensemble ». Ce sera vraiment la découverte de la sociocratie.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de la mise en place du pelou ?
En réalité, il n’y a pas eu de soucis particulier pour la mise en place, c’est plutôt le temps de réflexion qui a été long. En tout, pratiquement deux ans et demi.
Janvier 2012-novembre 2012 : réflexion sur la question posée par Philippe Derudder et information sur la dette publique et réflexion: que pouvons-nous faire, nous petits bonhommes pour mettre un frein à cet état (c’était très ambitieux) l’idée de Monnaie Locale Complémentaire (MLC) apparaît.
Année 2013 : travail sur le pourquoi. Avec des réunions d’information, pour expliquer les démarches, avec des idées principales comme le lien social, l’économie locale, l’impact environnemental. Après la rencontre avec Philippe Derudder, un important travail de fond est fait sur pourquoi créer une MLC. Puis le temps des réunions d’information est venu. Lors de l’A.G. le nom sera trouvé: « lou pelou ».
Année 2014 : création d’une association (le chemin limousin) pour gérer la logistique, les différentes couleurs et trouver l’imprimeur.
Le 30 mai 2015 sera le premier jour de la mise en circulation du pelou.
Quelle perception a eu la population vis-à-vis de cette nouvelle monnaie ?
Plutôt positive, au début, la curiosité est au rendez-vous, cela est tout à fait normal mais les réactions sont en fonction des sensibilités de chacun(e), cela permet aussi aux personnes de se poser des questions sur la création de la monnaie. Et de se dire qu’il existe une démarche dans la façon de consommer. Ensuite elle est là pour faciliter l’échange avec les prestataires, c’est un moyen tout simplement.
Quel symbole politique et économique a le Pelou par rapport à l’euro ?
C’est une monnaie complémentaire, elle n’est pas contre l’euro, elle est adossée au moment de l’échange (1 euro= 1pelou). Elle n’a pas de valeur spéculative, c’est un petit grain de sable qui permet de s’alléger l’esprit quand on paye avec. Quand on adhère à l’association on adhère aussi à la charte éthique du chemin Limousin, cela veut dire que nous avons une vision commune de l’avenir. Qu’ensemble nous avançons ….
De nos jours, il existe entre 40 à 50 monnaies locales, seule, leur masse monétaire est insignifiante mais si on les additionne cela fait beaucoup.
En 1934, dans le Berry a existé une monnaie locale, qui à cause de son succès a été interdite, est-il possible que l’Etat, voire la Commission Européenne décident de supprimer ces monnaies locales ?
Non, car si j’étais ministre des finances, je pense qu’il en faudrait beaucoup plus, nous avons seulement doublé notre masse monétaire. Les Euros que nous avons récupéré sont sur un compte éthique, cet argent retrouve sa vraie valeur.
La monnaie berrichonne a été victime de son succès et dès qu’elle a dépassé un certain périmètre et surtout un nombre croissant d’adhérents, et que le manque pour l’état en matière de prélèvement des taxes a été si grand, ils ont décidé de l’interdire. Aujourd’hui et c’est très récent (2014) il existe une loi formelle pour les monnaies locales.
Pour le pelou, nous avons pensé que son expansion géographique se limiterait à l’échelle de la châtaigneraie limousine, mais petit à petit avec les réunions d’information, le territoire s’est agrandi pour arriver presque jusqu’à Brive, en espérant que d’autres personnes prennent le relais. Nous cherchons des partenaires car nous ne sommes que 12 pour tout gérer, ça serait pour nous la possibilité de rester proche de nos prestataires, qui sont maintenant plus de 100, dans les domaines les plus variés.
Dans certains médias nous entendons de plus en plus souvent la possibilité de la disparition de l’argent « liquide », quid du pelou ?
Le pelou est un titre d’échange donc il ne peut pas disparaître, il crée un lien de confiance entre les personnes, il sera peut-être l’alternative à ce changement, le dernier rempart à la mondialisation.
Informations de dernière minute :
Anniversaire du Pelou les 4 et 5 juin 2016 à Magnac-Bourg place du foirail avec de nombreuses animations !
David Martinez





