
En 2003 un projet de loi secouait les « psy » : il préparait l’évaluation de leurs professions. De là, une nécessité, pour J-C. Milner, de détricoter le discours de l’évaluation, portée en étendard sur tous les continents, et de l’expertise, son corollaire. Ce n’est pas le moindre des paradoxes : il faut, pour faire accepter l’injustice, construire le consensus, d’où le recours à une rhétorique du bien public, des nécessaires réformes, de l’urgence.
Le décor est planté : il nous est quelque peu familier en cette décennie désorientée.
Pour Milner, 1) l’évaluation est entre les mains d’experts dont le jugement est étranger à tout savoir théorique ; 2) elle réduit l’humain à l’état de chose, les individus devenant à la fois substituables et indiscernables ; 3) assimilant toutes formes de dépistage, elle érige le contrôle en nécessité ; 4) elle ignore la souffrance car celle-ci révèle le sujet parlant.
Si chacun peut être évalué, chacun peut aussi être convoqué à évaluer, d’où une interdépendance et une domestication de tous. Quant aux politiques, nous dit Milner, ils « ne méritent leur nom que s’ils combattent l’esprit de subordination ». A commencer par leur propre subordination.
La politique des choses, Jean-Claude Milner, Verdier, 2011
Didier Bertholy




