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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 5 · 4 mars 2016

Corrèze Terre d’accueil

Sculpture de galets de Nizar Ali Badr pour « Corrèze Terre d’accueil »

C’est étrange. Tous les jours, on nous prépare à l’arrivée massive de migrants, réfugiés, demandeurs d’asile…Pourtant en Corrèze, on les compte encore au compte- goutte. Comment se fait-il que, malgré cet afflux massif aux frontières de l’Europe ou dans les camps de fortune comme à Calais, il n’y ait pas plus de personnes accueillies dans des conditions décentes, comme à Peyrelevade, Meymac ou Uzerche ?

C’est incroyable toutes les horreurs qu’on peut trouver sur Internet concernant l’accueil des réfugiés.

Et ça y va avec les amalgames et les sous-entendus. Pourtant, l’arrivée chez nous de personnes qui ont fui la guerre ou les persécutions est une occasion de faire disparaître ces fantasmes. Parmi toutes ces personnes qui déversent leur haine et leurs peurs, combien y en a-t-il qui ont pris le temps d’aller rencontrer ces Irakiens, ces Syriens, ces Afghans, ces Soudanais qui vivent maintenant près de nous. Ce ne sont plus des anonymes notre écran.

Une enseignante de Meymac a emmené ces élèves rencontrer les personnes accueillies au Centre d’accueil des Demandeurs d’Asile (CADA) de Peyrelevade. « Ils sont revenus après avoir échangé avec ces gens-là avec d’autres idées, c’était un dialogue riche, c’était vraiment super ».

Fayçal, 24 ans, a dû quitter l’Afghanistan car il était menacé par les talibans. Il parle l’anglais, « la langue de l’ennemi ». Il raconte son pays en guerre depuis une éternité. « Quand on ne se bat pas contre les envahisseurs, on se bat entre nous . Où que tu ailles il y a des traces d’explosion, dans les parcs, les rues… ». Il montre sur son téléphone portable le film d’une caméra de surveillance d’un bureau de paie de la gendarmerie à Kaboul où a eu lieu une attaque terroriste, en face de son bureau. Puis une photo. Celle du corps du président (nom) pendu en 1996 par les Talibans. Un homme pose devant avec sa kalach’. « Ils ressemblent à des humains, mais ils ne le sont pas ». Après, on n’ose plus dire qu’on a passé une mauvaise nuit, ou qu’on a mal au dos!

Il raconte son arrivée à Calais fin décembre. Pourquoi Calais ? Parce que le mouvement l’emmène vers là. Parce que Paris serait, parait-il trop dangereux pour les migrants. Il ne cherche pas particulièrement à aller en Angleterre. Il veut juste se poser dans un endroit en paix. Mais une fois à Calais, c’est le choc, la panique: « Après la première nuit, j’avais des insectes partout sur le corps, dans les vêtements, sur la peau ». A l’OFII (Office Français d’Immigration et d’Intégration) où Fayçal dépose sa demande d’asile, on l’informe qu’il est possible de quitter Calais pour des lieux d’accueil plus décents. On lui fixe un rendez vous pour le départ. Il reste cinq jours à Calais. Le matin du départ, il ne sait pas où il va mais ça lui est égal : tout sauf rester là bas. Le bus est complet et il déposera les personnes tout au long de sa route dans les communes qui se sont organisées pour les accueillir. Fayçal fait la rencontre de deux autres afghans qui vont aussi à Uzerche. Ils ne parlent ni Français, ni Anglais. Il sera leur interprète.

Avril 2015. La commune de Peyrelevade a ouvert un CADA. Une soixantaine de personnes en attente d’une décision concernant leur demande d’asile sont hébergées dans l’ancienne maison de retraite. Leur intégration se passe bien : cours de français et d’alphabétisation pour les adultes, école pour les enfants, activités sportives.

2 septembre. C’est l’émoi collectif autour de la photo du corps sans vie du petit syrien sur une plage turque. Branle bas de combat. On passe d’un engagement de 6572 accueils de réfugiés en juillet à 24000 puis 30000. Nombre encore loin d’être atteint.

Localement, les initiatives fusent de toute part : associations, communes, habitants. Rapidement, le 12 septembre, le premier ministre mandate le préfet Arhoul pour coordonner cet accueil sur le territoire. Les collectivités sont informés via des réunions d’informations et des « Kit d’accueil… » qui répondent à tout un tas de questions très pratiques. Le conseil municipal d’Uzerche se signale auprès de la préfecture pour l’accueil de réfugiés. Dès l’automne, deux logements sont prêts. Mais personne n’arrive. En fait, la France n’a pas la côte. Pour exemple, en 2015 seulement 5000 syriens ont fait une demande d’asile en France. Sur plus de quatre millions de réfugiés, installés principalement dans des camps aux frontières de leur pays.

Parallèlement, la situation à Calais est devenue intenable et l’État décide de sortir un maximum de personnes de ce bourbier. Pour ceux qui le souhaitent, il est possible de quitter la jungle pour être accueillis ailleurs en France. Cela implique de y faire sa demande d’asile. Certains préfèrent attendre à Calais l’opportunité qui leur permettra d’atteindre l’Angleterre. D’autres cherchent la paix avant tout.

Ce sont principalement des « calaisiens » qui sont accueillis en Limousin. D’abord à Meymac et Peyrat le Château (87) à l’automne. Puis à Uzerche début janvier. Les personnes accueillies à Peyrat ne sont pas restées. Mais à Meymac, ils sont toujours là, soutenus par des bénévoles, des associations et l’équipe municipale.

A Uzerche, les habitants et les associations sont informés de l’arrivée imminente de réfugiés et invités à participer à cet accueil. Cependant rien n’est clairement organisé. Tout se mettra réellement en place quand les réfugiés poseront leurs bagages le 6 janvier : un couple de Soudanais avec un bébé, trois Afghans et trois Irakiens. Dany Grador, habitante et femme du premier adjoint se propose pour coordonner l’accueil. Elle fait fonctionner son réseau pour mobiliser des profs de français et des personnes susceptibles de « guider » les nouveaux venus dans la vie uzerchoise. Certains regrettent cependant qu’il n’y ait pas eu, en amont, avant l’arrivée effective, une réunion de coordination, appelant toutes les personnes et associations qui souhaitent s’impliquer. Cela aurait permis plus de complémentarité et un soutien plus riche. Néanmoins, malgré ce bémol, un certain nombre de personnes, jeunes et retraités, se relaient tout au long de la semaine pour donner des cours de français, accompagner aux courses, discuter, jouer au babyfoot, les emmener faire de l’escalade à Tulle, une promenade autour du lac de Pontcharal… Et Dany Grador, présente tous les jours, notamment pour faire le lien avec le ROC, l’association mandatée par l’État pour l’accompagnement administratif concernant leur statut de demandeur d’asile. Une démarche longue et souvent compliquée.

Certains citoyens n’ont pas attendus l’initiative des communes: logements vacants, dons de vêtements. De beaux élans qui nécessitent néanmoins de la coordination l’échelle d’une commune ou d’une association. A Pompadour, une famille a manifesté son souhait d’accueillir des réfugiés. De fil en aiguille, c’est le Secours Catholique qui s’est mobilisé pour soutenir la démarche. Son réseau a permis d’entrer en contact avec une ONG qui travaille avec les réfugiés chrétiens d’orient au Liban et en Jordanie. Mais ce n’est pas simple. Il faut pouvoir digérer toutes les informations administratives. Des habitants de Saint Martin Sépert devraient accueillir prochainement une famille, après une année de démarche et en faisant appel à l’évêque de Toulon.

A Uzerche, la famille soudanaise devrait partir pour Tulle très prochainement et deux appartements dans la ville vont être proposés aux trois Irakiens et aux trois Afghans, afin qu’ils puissent rester quand la Minoterie reprendra son activité au printemps. On entendra alors les aigris qui se plaindront de ces avantages, donnés à des étrangers. Mais de quoi parle t-on? Ce qui m’a le plus marquée quand j’ai parlé avec Fayçal, c’est cette phrase: « j’ai dû ramasser un cerveau humain avec mes mains. Ces mains ! » m’a t-il dit en montrant ses mains, comme une réalité qui arrivait jusqu’à moi. Une réalité qui me rappelait que je vivais suffisamment en pais pour pouvoir payer un loyer(pas sûre de mettre cette dernière phrase).

Julie Devès

Quelques précisions…

Quelques précisions…

Un migrant est une personne en cours de migration, elle quitte son pays de naissance pour aller vivre de manière temporaire ou permanente dans un autre pays. Ce terme ne précise pas les raisons de la migration. Si la personne craint pour sa vie à titre individuel, elle peut faire une demande d’asile afin d’obtenir le statut de réfugié (carte de résident de 10 ans). Si sa vie est menacée au même titre que ses concitoyens, en raison principalement d’un conflit, elle peut faire une demande d’asile pour obtenir la protection subsidiaire (carte de séjour de un an). Le temps de la procédure, la personne est considérée comme demandeur d’asile et n’a pas le droit de travailler. L’état lui fournit une indemnité ainsi qu’un hébergement, notamment dans un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) mais aussi dans le cadre de dispositifs d’urgence (hôtels, appartements) qui ont tendance à devenir pérennes. En 2015, il y aurait environ 50000 places d’hébergement pour près de 62000 demandeurs d’asile.

Julie Devès

Sculpture de galets du sculpteur syrien Nizar Ali Badr
Sculpture de galets du sculpteur syrien Nizar Ali Badr
Sculpture de galets du sculpteur syrien Nizar Ali Badr

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