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La Trousse Corrézienne

Ecophil, LTC 4 · 30 octobre 2015

Ça brûle à Saint-Pantaléon !

Super Incinérateur, le dessin de l’usine

Et vlan ! Tout dans le fossé ! Par dessus les gros sacs bleus, les pneus usés, les vieux frigos, gravats et consorts. Une odeur de vieux légume en train de pourrir plane sur la décharge. Le feu peut démarrer à tout moment, et un coup de vent envoie les papiers gras chez les voisins. Beurk ! Heureusement, ce vieux temps de la décharge est fini. Super Incinérateur est arrivé à notre secours pour faire disparaître toutes nos immondices dans son super-brasier.

Super Incinérateur, Sin pour les intimes, s’est installé en Corrèze en 1971. D’abord à Saint Pantaléon, puis il a fait venir son petit frère à Rosier d’Egletons. A eux deux, ils crament 90% des déchets des corréziens. Et comme ils sont gourmands, ils échangent, avec une copine trieuse dans le Lot, les recyclables corréziens contre des ménagers lotois.

Sin aime beaucoup les ordures. Il a tout le temps faim. Il faut rassasier en permanence ses trois estomacs. Pour être démarrés, ses fours demandent des rations énormes de fioul. La digestion commence à 850°. Alors il n’y a pas trop intérêt à ce qu’ils s’éteignent. Dès fois, s’il n’a pas assez à manger, et bien il tape dans les recyclables, le papier surtout. C’est une petite gourmandise.

Comme Sin est très actif, il produit beaucoup de chaleur. L’usine BLEDINA en rachète une petite partie et la transporte dans ces gros tuyaux argentés qui suivent la route entre Sin et Blédina. Les serres municipales profitent aussi de ces calories. Directement du producteur au consommateur !

Sin est comme tout le monde : il pète, il défèque et il urine. Mais ce sont des super-rejets, chargés de métaux lourds, de dioxines, de furanes, d’arsenic. Les humains ont fini par trouver ça incommode, surtout que les vents poussent ces fumées vers Brive et ses alentours. Le lait de vache à la dioxine n’a pas trop de succès. Super incinérateur ne serait pas si super que ça ? Certes, mais maintenant qu’il est là, et que tout est organisé en fonction de lui, ça va être un peu difficile de le renvoyer sur Crypton. Plutôt que de s’attaquer à la source du problème, agissons sur les symptômes. A chaque progrès de la science. Sin se voit administré de nouvelles technologies : filtres, épuration et dépoussiérage grâce à des produits chimiques qui captent les polluants. Avec près de 15 Millions d’euros d’investissements depuis 2006, c’est sûr que Sin va mieux coté fumées. Mais ses voisins et les gars qui s’occupent de lui ont eu le temps d’y goûter.

Le slogan de Sin pourrait être « rien ne se crée, tout se transforme ». Les fumées sont nettoyées, en effet, mais on retrouve les polluants dans les résidus de traitements (REFIOM) ; les déchets sont brûlés, mais il reste les cendres et ce qui n’a pas été consumé, avec une toxicité hautement concentrée : les mâchefers. Sin doit évacuer. Nous avons la chasse d’eau, il a l’enfouissement. Les Refiom partent dans le Tarn, dans un centre d’enfouissement de classe 1, pour les déchets dangereux. Les mâchefers font un plus petit voyage. Ils sont enfouis à Perbousie, sur la commune de Brive. Et parfois on s’en sert comme sous-couche routières, en contact direct avec le sol.

Désolé de casser un mythe mais Sin est un héros pas si super que ça. En fait c’est plutôt un héros un peu has-been, qui a du mal à se mettre à la page, et surtout à relever les défis à venir : réduction des gaz à effet de serre, pollutions des sols, danger sur la santé. C’est pas la grande forme. On a beau mettre tous les pansements qu’on veut, si on traite pas la source du problème, ça va continuer.

Il y a des médecins-citoyens qui ont leur petite idée là dessus, ils connaissent des villes, même de très grandes, qui produisent beaucoup plus de déchets, comme San Francisco1Lire le Scénario Zéro Waste, Ed° Rue de l’Echiquier, qui ont trouvé des alternatives à l’incinération. Mais les allopathes du traitement des déchets ont du mal à changer leurs habitudes et à reconnaître leurs torts. D’une part, ils avaient promis qu’il n’y aurait pas d’effet secondaire et pourtant, Refiom, mâchefers, fumées… mais comme les soins ont coûté très cher, on ne peut pas débrancher Sin maintenant. D’autre part, une transition vers des modes alternatifs de gestion et de traitement risquerait de diminuer la quantité de déchets disponible pour alimenter en permanence les fours de Sin. Et il nous le ferait payer.

Lire le Scénario Zéro Waste, Ed° Rue de l’Echiquier

Alors Sin va continuer à faire ses pets foireux, à recevoir des soins palliatifs, jusqu’à ce que…

Plus d’infos sur: http://cniid.org/+-Incineration,6-+

Des chiffres

En Corrèze, nous produisons chaque année 98500 tonnes de déchets (ne sont considérés ici que les déchets collectés), soit 280kg par an et par habitants

Part triée et revalorisée : 8500 tonnes

Part incinérée : 90000 tonnes

dont 70000 tonnes de déchets ménagers résiduels (après le tri)

6000 t de déchets industriels

14000 tonnes de déchets provenant du Lot et du Cantal (en échange de nos 8500 tonnes d’emballages).

Refiom : 2% du tonnage entrant, soit 1800 tonnes

Mâchefers : 20% du tonnage entrant : soit 18000 tonnes

Julie Devès

Du papier, des crayons, pas de pubards.

Le papier, c'est encore mieux.

C'est bien de nous lire sur ton mobile. Mais la Trousse papier, c'est autre chose : 5 numéros par an, écrits et dessinés en Corrèze, postés chez toi.

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