
Corto Maltese est sans doute le personnage de bande dessinée le moins lu comparativement à son statut d’icône.
Corto tout le monde le connaît mais personne ne connaît son histoire, ses aventures. C’était vrai il y a vingt ans quand Hugo Pratt, son créateur, reboucha son feutre pour la dernière fois. C’est probablement encore plus vrai aujourd’hui. Corto Maltese, pirate, poète, mage, globetrotter parcourt les continents des Caraïbes jusqu’en Éthiopie en passant par l’Argentine, la Sibérie, l’Irlande, Venise… Antihéros qui préfère la liberté et la fantaisie à la fortune, Corto est une sorte d’Ulysse moderne qui partout sur la planète, dans les lieux les plus fascinants au monde, au cœur des conflits armés, de la reconfiguration géopolitique du début du 20ème siècle, agit en libre penseur. Dans ses aventures, il retrouve des personnages aussi improbables et complexes que lui : Bouche Dorée, Raspoutine, le Moine, Jeremiah Steiner, Jack London, Cranio, Wee Lee Song… symbolisent tous à leur façon, une époque, des croyances, des luttes, des transformations, des arcanes secrètes qui ont fait et défait des nations, des sociétés que l’on pensait établies.
Pour moi, Corto Maltese est le personnage le plus réel de tous les personnages dont j’ai suivi les tribulations. Il est là ! parcourant encore le monde, quelque part où se joue une petite histoire de la grande Histoire ; peut-être en Turquie, en Alaska ou en Nouvelle Calédonie. Il est celui qui a la capacité de redonner de l’épaisseur, de la consistance au réel. Il a le pouvoir d’instiller l’espoir et de repousser loin, trés loin les frontières de l’imaginaire. Corto libère, il est contagieux, nous pouvons en faire notre, soi, sien.
Après Astérix, Blake & Mortimer, Lucky Luke… c’est au tour de Corto Maltese de poursuivre ses exploits sous une autre signature que celle de son créateur. Le treizième tome vient de sortir : « Sous le soleil de minuit » ; réalisé par le duo espagnol Juan Diaz Canales (scénario) et Ruben Pellejero (dessin). J’étais tellement heureux de retrouver mon pirate que je me suis jeté sur cet album. J’avais très envie et peur à la fois de l’ouvrir et franchement les deux nouveaux auteurs ont fait le job. L’esprit d’Hugo Pratt est là, le rapport qu’entretient Corto avec ce qui l’entoure est respecté, le dessin n’est pas imitation mais continuité. Une occasion à ne pas bouder de faire connaissance avec l’enfant de l’île de Malte.
John Difool




