Quand on apprend que la musique traditionnelle nous permet de voyager à l’autre bout du monde, on tend l’oreille. Fin octobre, un groupe de vingt-deux musiciens et danseurs de l’association Las Chambas Finas de Condat-sur-Ganaveix est parti à la rencontre des accordéonistes de l’île Rodrigues dans l’océan Indien.
Parfois, en Corrèze, on se sent un peu éloigné du vaste monde. Cachés dans notre petit écrin de verdure, menant une vie paisible, on pourrait se suffire à nous-mêmes. Et puis, un jour, le bleu des mers du sud, les plages paradisiaques et la musique créole viennent mettre une touche d’exotisme dans notre quotidien.
C’est ce qui est arrivé à Christian Madelmont, il y a quelques années. Accordéoniste passionné, il accompagne les danseurs de l’atelier de danse traditionnelle Las Chambas finas daus Condats à Condat-sur-Ganaveix. Un jour, il écoute une émission de radio qui diffuse la musique traditionnelle jouée sur l’île Rodrigues. L’accordéon y est omniprésent et il reconnaît des airs proches de ce que lui-même peut jouer. Au cours de l’émission de radio, le musicien interrogé fait mention de l’état de vétusté des instruments et de leur raréfaction. Dans un pays où le salaire moyen est de 450 euros, il est difficile de s’offrir un accordéon tout neuf. Curieux, Christian se renseigne.
Condat-Rodrigues : 9500km
Rodrigues fait partie de l’archipel des Mascareignes, à 500 kilomètres environ de l’île Maurice. Elle a été découverte par un navigateur portugais qui lui a donné son nom. Mais c’est une petite colonie de Français qui s’y installe vraiment au 18ème siècle, accompagnée d’Indiens et d’esclaves africains et malgaches. Des troupes de soldats y sont aussi régulièrement stationnées. Chacun apporte dans ses bagages les coutumes et le folklore de sa région d’origine, et notamment l’accordéon diatonique pour accompagner les danses.
Christian décide alors qu’il lui faut se rendre sur place pour aller voir ça de plus près. Il y a trois ans, il s’envole pour un premier séjour d’un mois. Il retrouve assez facilement le musicien interviewé. Ce n’est pas trop dur sur une île de seize kilomètres sur huit, peuplée de 35000 habitants. Christian est épaté : les instruments sont en décrépitude, désaccordés, mais les musiciens arrivent à jouer juste ! Il s’aperçoit d’une autre similitude : les danses ressemblent à celles qu’il connaît en Limousin. Les pas sont certes plus lents et plus chaloupés mais la base reste la même. Ce voyage confirme que l’accordéon diatonique est le pilier essentiel de la musique rodriguaise, mais que ce patrimoine est en voie de disparition faute du renouvellement des instruments.
De retour en France, Christian ne compte pas en rester là. Revenu avec un enregistrement qu’il duplique, il vend des CD pour réunir de l’argent. Il peut alors acheter des pièces et du matériel pour réparer les accordéons. Il repart en 2014, pour trois mois cette fois-ci, avec du matériel et trois accordéons qu’il a restaurés. Appuyé par les autorités locales, il ouvre un atelier de réparation d’accordéons et forme les personnes qui le souhaitent. Au début, une cinquantaine de personnes se sont présentées, mais au final deux personnes ont suivi la formation jusqu’au bout. Parallèlement, Christian apporte son aide pour l’ouverture d’une école de musique qui permettra de poursuivre la transmission du patrimoine musical de Rodrigues. L’’hiver dernier, les deux réparateurs sont venus compléter leur formation en France lors d’un séjour de trois semaines. Ils ont bien sûr été accueillis à Condat et ont joué avec les musiciens limousins.
Une deuxième école de musique et un atelier de réparation d’accordéons
L’aventure ne s’arrête pas là. L’affaire est prise très au sérieux à Rodrigues. Il s’agit du patrimoine culturel de l’île. On décide donc d’ouvrir une seconde école de musique et un autre atelier, à Port Mathurin cette fois-ci, la capitale, et d’encourager les filles à la pratique de cet instrument, car c’est un domaine qui reste encore exclusivement masculin. Pour cela, c’est toute l’association des Chambas finas qui se mobilise. Il faut ramener plus de pièces, d’outils, et même d’accordéons. Et comme il faut transporter tout ça, vingt-deux personnes décident de s’y rendre. Et tant qu’à faire, ce sera l’occasion d’aller danser avec les Rodriguais, car la musique et la danse, c’est de la rencontre et du partage. On tape alors à toutes les portes. L’histoire est tellement sympathique et originale que les institutions la soutiennent facilement : la Région, le Département et même le ministère de la Culture, un peu frileux au départ, s’est laissé convaincre, notamment grâce à l’appui de Sophie Dessus. La commune de Condat a aussi apporté son soutien, et l’entreprise Maugein a fait un don de quatre-vingts kilos de matériel.
A l’heure où nous préparons ce journal, les dix-huit danseurs, accompagnés de quatre musiciens et onze accordéons, s’apprêtent à partir. Ils décolleront le 16 octobre pour un séjour de deux semaines qui sera ponctué de manifestations autour de la danse et de la musique. On ne peut que leur souhaiter bon voyage.
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Julie Devès




