
José Garcia, ex-salarié de l’usine d’incinération de Brive, porte plainte contre ses anciens employeurs pour de multiples infractions pénales et environnementales en matière de pollution.
Après vingt-et-un ans de service comme conducteur de four, José Garcia est licencié en 2014 pour inaptitudes à tous les postes à cause de problèmes de santé (intoxications multiples) dus à ses fonctions. Pendant des années, il a alerté sa hiérarchie à propos de divers dysfonctionnements et négligences au sein de l’incinérateur, sans aucune conséquence – je propose : « sans résultat », car on pourrait croire que ce sont les négligences qui sont sans conséquence. Après avoir essayé de porter plainte au commissariat et à la gendarmerie sans succès ; après avoir saisi un juge d’instruction et n’ayant pas encore de nouvelles, il se décide à sortir de l’ombre et fait le piquet devant l’usine.1Extrait du tract distribué au public .
Extrait du tract distribué au public
Du 7 au 13 septembre dernier, José Garcia a posé son camion devant l’entrée de l’incinérateur de Brive. Il est resté là, jour et nuit, décidé à partager son histoire avec qui voudrait bien l’écouter : riverains, citoyens, élus, journalistes, chauffeurs de camion-benne. Il n’a pas choisi cette date par hasard. À ce moment-là de l’année, il ne reste plus que vingt minutes avant d’atteindre les soixante heures annuelles autorisées de dépassement de rejets polluants. José est sûr que le plafond sera atteint au cours de cette semaine. Légalement, le préfet devrait alors décider de l’arrêt de l’incinérateur jusqu’à la fin de l’année. La consommation trop rapide de ces heures de dépassements autorisées serait due à un dysfonctionnement du process d’épuration des fumées. Mais la situation serait sous contrôle et des vérifications auront lieu à l’automne. Les fours ne sont pas arrêtés. La mesure ne serait de toute façon pas applicable. Il n’y a, pour le moment, aucune alternative à l’incinérateur sur le territoire de la Corrèze2Voir notre article p.21.
Voir notre article p.21
Le bouton magique
C’est à partir de 2002 que la loi oblige – je propose : « impose » le contrôle des polluants. Avant cette date, les incinérateurs pouvaient recracher dans l’atmosphère, sans limite, dioxines, furanes et métaux lourds. À raison de 25 tonnes tous les dix jours, on peut estimer à 27 000 tonnes la quantité de cendres polluées disséminées sur un périmètre de 30 km autour de l’usine pendant 30 ans. En 2006, de gros travaux de mise aux normes sont lancés par la société INOVA, alors exploitante du site. José Garcia est détaché de son poste pour assurer la mise en service de la nouvelles installation. Il constate tout de suite des dysfonctionnements. Il en fait part à sa direction. Mais les investissements sont tels qu’il semble difficile de changer l’équipement. Mais si les rejets restent trop importants, les fours vont devoir s’arrêter. La société Inova aurait donc volontairement dissimulé les dépassements de rejets en installant un petit bouton magique sur le poste de commande. « Installation Marche Invalide ». En cas de pollution, le conducteur d’installation, José Garcia en l’occurrence, pendant son quart, devait appuyer sur ce bouton pour remettre les données à zéro avant d’être – je propose : « avant qu’elles ne soient » transmises au poste de contrôle de la DRIRE (Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement). José a tout consigné dans son cahier de quart, document officiel dans lequel le conducteur d’installation et l’aide chauffeur doivent notifier toutes les heures tous les dysfonctionnements.
En 2013, c’est la CNIM qui reprend l’exploitation d’une usine qui soi-disant ne pollue pas. Pour autant, de nouveaux travaux sont lancés, avec des systèmes innovants de traitement des fumées. A priori, les normes sont respectées. Pour autant. Début septembre, nous en sommes à 59h40 de dépassement des seuils de pollution…
José Garcia a commencé son combat seul, pour les habitants et pour ses collègues qui travaillent toujours dans des conditions dangereuses pour leur santé. Il est maintenant rejoint par des citoyens, des riverains, des élus. Il fait son chemin à travers les méandres judiciaires. Et parce que c’est un homme énergique, il regarde vers l’avenir et planche sur un projet d’une mini-chaîne de dépollution de véhicules.
Pétition pour l’arrêt de l’incinérateur sur change.org
Julie Devès




