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La Trousse Corrézienne

Douceur éducative ordinaire, LTC 4 · 30 octobre 2015

Faire valser les étiquettes

C’est un timide ! Elle est sage comme une image. Lui, c’est un terrible. Quand les adjectifs qualificatifs deviennent des noms, ils se transforment souvent en étiquettes indécollables. Et peuvent nous enfermer dans des rôles dont on ne parvient parfois pas à sortir.

Alors vous, c’est laquelle la vôtre ? L’étiquette que l’on vous colle depuis des années ? Timide ? Grande gueule ? Dévoué ? Vous n’en auriez pas un peu marre parfois ? Ne vous êtes-vous jamais dit « ça donnerait quoi si je n’étais pas timide / grande gueule / dévoué ? » Et si en fait vous ne l’étiez pas, timide / grande gueule / dévoué ? Et si ça avait juste été une période un peu difficile de votre vie durant laquelle vous avez eu besoin d’être timide / grande gueule / dévoué et que l’on vous y avait enfermé ?

Les débuts de l’étiquette

Les étiquettes commencent parfois de façon très subtile. Je le constate moi-même. Ma fille prend un réel plaisir à manger, comme nous ses parents. Elle goûte, expérimente, elle aime partager avec son père le plaisir de cuisiner, avec ses grands-parents la découverte des saveurs de leurs produits frais du jardin. Elle raffole du chocolat. Peut-on dire qu’elle est gourmande ? Sûrement, parfois. Mais elle n’est pas UNE gourmande, elle ne se résume pas à cela. Parce que parfois, elle n’a pas faim. Parfois elle préfère jouer. Mais l’étiquette « une gourmande » pourrait nous empêcher de le voir. Et que peut-il se passer ensuite ? Quelqu’un à qui l’on a collé cette étiquette, on va lui donner quoi ? À manger. Et peut-être beaucoup. Il pourra ensuite être étiqueté « rond », voire « gros », si la vie l’amenait à prendre quelques kilos. Et en souffrir.

De l’étiquette à l’injonction

Outre nous enfermer dans un rôle qui n’est peut-être pas le nôtre, l’étiquette peut devenir une injonction. « Sage comme une image », « Petite fille parfaite », « Fils dévoué ». Inconsciemment, on peut croire que ne plus l’être c’est trahir (ses parents, ses enseignants). Imperceptiblement, on bascule dans l’obligation de l’être et de le rester, on trouve sa place dans le monde selon cette étiquette. On va parfois jusqu’à y croire très fort. Comment fera l’élève sage comme une image quand il aura envie de parler un peu plus que d’habitude ? Et la petite fille parfaite, que fera-t-elle le jour où elle aura fait une bêtise ? Et le fils dévoué quand il aura envie de partir faire sa vie ailleurs ? Il se peut qu’ils s’autocensurent, qu’ils mentent, qu’ils étouffent leur désir, leur élan de vie. Qu’ils en prennent l’habitude ou se mettent dans des situations inextricables. Et que ces désirs de vie refoulés se transforment en souffrances, en maladies, en violences, en dépressions.

Quelques mots de plus pour faire autrement

À nous de jouer pour sortir de l’étiquetage et rendre à chacun sa liberté d’être. Prendre conscience du phénomène est déjà un premier pas que vous venez de réaliser si vous me lisez encore. Vous ne verrez plus les choses de la même façon.

Le deuxième pas, c’est rajouter quelques mots à sa pensée. Vous trouvez votre enfant énervé et vous ne savez pas comment le dire autrement ? Portez attention à simplement ajouter « en ce moment » : « en ce moment, il est énervé ». Cela lui donne ainsi l’autorisation de ne plus l’être. Et cela reconnaît pleinement la réalité de ce qu’il vit : double bénéfice.

Troisième pas, au lieu de prononcer un seul qualificatif, attachez-vous à décrire les comportements. On pourra par exemple remplacer « il est timide » par « en ce moment, il a besoin d’observer un moment avant de s’engager dans une relation ». « Elle est bavarde » par « en ce moment, elle a souvent besoin de parler avec ses copines, même pendant la classe ». Allez, quelques mots de plus, et vos vies pourraient bien en être changées !

Par Delphine Laval

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