Saviez-vous que cette réforme, en allégeant les journées, avait pour objectif premier de « faire bénéficier aux enfants des meilleures conditions possibles pour acquérir les savoirs fondamentaux » ?
Communication mal menée ou mal relayée, nombre de parents n’ont pas saisi l’objectif premier de la réforme, pensant qu’elle devait surtout éviter de la fatigue aux enfants, et leur proposer des activités gratuites. Ainsi, une représentante des parents d’élèves près de Brive ne comprend pas qu’on l’interroge sur ce point : « Permettre de mieux apprendre ? Pour moi, ce n’est pas l’objectif ! »
Depuis des années, la France chausse régulièrement le bonnet d’âne à l’issue des enquêtes PISA, menées par l’OCDE*. Pour la 5e fois en 13 ans, il était constaté en 2013 une baisse des performances de notre système éducatif. Elles révèlent en réalité surtout un écart considérable et grandissant entre les très bons élèves et ceux, plus nombreux, qui galèrent.
À la rentrée 2015, l’heure du bilan est venue, même s’il est difficile de tirer des conclusions après seulement une à deux années de mise en oeuvre.
Les parents, eux, peinent à voir des différences. « J’ai trois enfants qui n’ont pas de problèmes scolaires donc je ne peux pas dire s’ils réussissent mieux grâce à la réforme. » nous dit une maman près de Brive. « En tout cas, ils vont désormais à l’école plus enthousiastes ! » Difficile donc de mesurer l’impact de la réforme sur les bons élèves.
Julie, qui a des enfants dans les trois cycles sur le canton de La Roche Canillac, n’a vu, elle non plus, « aucune différence notable » dans les résultats scolaires de ses enfants.
Chez les enseignants, les avis divergent. Clochette, enseignante près d’Objat, explique que ses « collègues de primaire sont très contents des matinées : elles ont été agrandies et les enfants se lèvent moins tôt. Elles les sentent beaucoup plus attentifs et sont de ce fait contentes d’avoir une matinée en plus. Par contre l’après-midi, c’est vraiment difficile. » (*on utilise « en revanche » lorsqu’il est suivi d’une proposition positive, et « par contre » le cas inverse)
Chanigow, enseignant en cycle 2 en Haute-Corrèze, n’a pas le sentiment que les nouveaux horaires facilitent vraiment les apprentissages, « parce que tu dois adapter ton emploi du temps sur la semaine de toute façon ; il y a toujours 24 heures à répartir ». Il concède cependant que « cela a quand même permis de mettre en place plus d’activités en lien avec le projet d’école, et cela libère une plage d’apprentissage dans la semaine. On peut faire des sorties aussi le mercredi. Et on est tous beaucoup plus détendus car on sait qu’il n’y a pas classe l’après-midi. »
Alors, les enseignants, conscients, eux, des enjeux de la réforme, ont-ils été amenés à revoir l’organisation de leur classe ?
« L’organisation est différente, bien sûr », explique Chanigow. « Il faut réadapter les activités à la longueur des après-midi, ainsi qu’aux TAP qui vont suivre ; pas de sport avant une séance de TAP en sport, pareil pour l’anglais, etc. pour ne pas faire doublon. »
Quant à ce fameux mercredi matin, les enseignants ne l’utilisent pas tous de la même manière ; certains en profitent pour proposer du « rebrassage » de notions déjà étudiées ou des ateliers de remédiation ciblés pour les élèves en difficulté, d’autres y casent certaines sorties ou projets, et les plus nombreux en profitent pour travailler les matières fondamentales une matinée supplémentaire, ce qui leur permet d’être moins « en retard » sur les programmes.
Mais alors, l’accès aux apprentissages fondamentaux se fait-t-il de façon plus homogène grâce aux nouveaux rythmes ? L’Éducation nationale, dans son bilan d’étape publié en juin dernier, ne donne aucune information à ce sujet. Le ministère annonce qu’il est « trop tôt pour [le] mesurer scientifiquement ».
Il faudra donc attendre le mois de septembre pour que des études soient réellement mises en oeuvre, études difficiles à mener tant les expériences sont différentes d’une commune à l’autre.
*OCDE : (Organisation de Coopération et de Développement Économiques)





