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Réforme des rythmes scolaires : esprit es-tu là ?
Par Julie Devès, Delphine Laval, Marie Loche et Céline Perrin
Pourquoi a-t-on (encore) voulu changer les horaires d’école ? Pour que l’enfant se sente et réussisse mieux. Chouette ! Et alors, ce énième changement, ça marche ?
Depuis l’aube de l’école pour tous, des réformes… pour les adultes !
1882, Jules Ferry rend l’instruction obligatoire, et l’école gratuite et laïque. 223 jours de classe par an, 6 jours par semaine et des journées de 6 heures. Les premières modifications qui voient le jour portent sur les grandes vacances, qui passent de 6 à 8 semaines. Parce que c’est mieux pour les enfants ? Non, avec l’apparition des congés payés on a préféré donner plus de congés aux instituteurs plutôt que de les augmenter !
En 1969, le ministère de l’Education nationale libère le samedi après-midi pour que les instituteurs continuent à se former sans les élèves. Mais les enseignants réclament rapidement à ne pas travailler non plus. Les syndicats montent au créneau et obtiennent gain de cause. On passe alors à 4,5 jours pour tout le monde – c’est vrai quoi merde, ça s’apprend pas d’enseigner.
L’apport de la science
Dans les années 80, les premiers travaux sur la chronobiologie de l’enfant (1) apparaissent. Les scientifiques montrent notamment que l’enfant n’est pas une machine, que la journée d’école est trop lourde, que certains moments de la journée sont plus favorables que d’autres aux apprentissages, que la régularité d’un rythme est importante.
Parallèlement, les connaissances scientifiques et pédagogiques évoluent. On comprend de plus en plus ce que Montaigne voulait dire (au XVIe siècle, déjà !) en affirmant que « l’enfant n’est pas un vase qu’on remplit ». L’enfant ne peut apprendre juste en écoutant : il a besoin de se mettre en jeu, de s’approprier le savoir à sa façon, de lui donner du sens, de faire pour apprendre et non d’apprendre pour faire. Bref, il se pourrait bien qu’on commence à prendre en compte le principal intéressé : l’enfant.
Des tentatives, peu de réussites
1989, une tentative intéressante. La réforme Jospin affirme que « le service public d’éducation est conçu et organisé en fonction des élèves ». Elle instaure les cycles, permettant théoriquement aux enfants d’avancer à leur allure. Les programmes valorisent l’expérimentation, les horaires sont un peu allégés (26 heures sur 4,5 jours d’école par semaine).
Malheureusement le fonctionnement en cycle ne sera qu’effleuré. Peu de classes de cycle, où l’enfant a trois ans pour atteindre toutes les compétences attendues, verront véritablement le jour : on continue à segmenter par classe d’âge. L’expérimentation des élèves fera toujours grandement peur aux enseignants qui préfèreront souvent dicter leur savoir que permettre à l’enfant de le construire. Normal, ils ne seront jamais formés à ça (oui mais on a dit merde, ça s’apprend pas d’enseigner).
Depuis, l’historique complet (2) des tentatives de réformes est terrifiant : une succession de rapports intelligents, de propositions de bon sens, de contestations, de rapports de forces et de retour en arrière.
La dernière en date
2013, c’est bien l’esprit des nombreuses connaissances chronobiologiques établies depuis maintenant 30 ans dont le gouvernement en place a voulu se saisir, conforté par des enquêtes PISA (3) catastrophiques. Nos petits français se sentent bien mal à l’école, et leurs compétences acquises en français et en maths régressent et sont bien loin du niveau attendu.
Donc enfin, on prend en compte l’enfant et « afin d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves et de contribuer à leur réussite, une nouvelle organisation de la journée et de la semaine scolaires est mise en place dans le premier degré. » (circulaire n° 2013-017 du 6-2-2013). Objectif principal donc : mieux apprendre. Les horaires sont à nouveau allégés, le contenu des journées d’école modifié. On essaye un peu plus de leur faire faire autre chose que du français et des maths.
Sur le papier, ça ne serait pas trop mal non ? Et dans la réalité alors ?! Petit tour en Corrèze…anonymisé pour la plupart des témoignages à la demande de nos interlocuteurs.
1 : chronobiologie : science qui étudie les rythmes biologiques de l’enfant.
2 : http://www.vie-publique.fr/chronologie/chronos-thematiques/rythmes-scolaires.html
3 : Enquêtes PISA : études menées par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) pour mesurer les performances des systèmes éducatifs.



