
Un Biocoop à Malemort
Par Philippe Van Assche
Ouverture le 10 septembre du premier magasin Biocoop de Corrèze. Vous avez peut-être croisé la banderole rouge le long de l’interminable avenue de la libération à Malemort. Nous sommes allés à la rencontre de Christine et Emmanuel. Dans le jus des derniers préparatifs, ils nous ont accordé un peu de leur temps. Au milieux des outils et des planches, une forte odeur de sapin nous étreint, pour un nouveau départ…
Présentation
Nous tombons sur Emmanuel, la tête dans les entrailles d’une caisse enregistreuse. Il est originaire du Doubs, en Franche-Conté. Charpentier depuis l’âge de 16 ans, la crise de la quarantaine lui donne des ailes. Envie de changer de vie, envie de tout changer. Christine, elle, était cadre dans l’industrie en Suisse, responsable planification approvisionnement. Mais l’industrie ne l’intéresse plus : « l’humain n’y est vraiment pas pris en compte et cela me manquait vraiment ». Clients de la Biocoop de Pontarlier depuis des années, c’est l’arrivée du petit Virgile, leur enfant, qui va leur faire faire le grand saut de l’autre côté du comptoir. C’est Emmanuel qui a eu l’idée : « Tiens, si on ouvrait une Biocoop ? » Elle est originaire de Corrèze… Pourquoi ne pas y revenir ?
Biocoop, une SA structurée
Biocoop est un réseau de 357 enseignes bio. Historiquement, c’était un ensemble de coopératives. Aujourd’hui le réseau Biocoop est une Société Anonyme (SA). Son fonctionnement affiche néanmoins l’ambition de la démocratie. Son comité conseil ? d’administration est composé d’élus de magasins, de sociétaires, des élus de coopératives de producteurs et de consommateurs et des salariés, qui peuvent s’ils le souhaitent devenir sociétaires. Et on ne rigole pas avec la démocratie dans le réseau : la non-participation est sanctionnée financièrement. Le territoire national est découpé en assemblées de maisons régionales, avec un conseil par maison. La Biocoop de Malemort fait partie de la maison du Bassin de la Dordogne, Haute-Vienne et Charente. Cinq plates-formes de distribution alimentent les différents magasins.
Deux ans et demi pour en arriver là
En 2013, Christine et Emmanuel envoient leur dossier de candidature à Paris. Ils sont convoqués dans la foulée avec une vingtaine de prétendants de tous horizons, de tous corps de métier. Là, ils sont informés des avantages et des inconvénients d’appartenir à Biocoop SA, et du parcours du combattant que cela représente. Puis c’est la commission d’admission n°1, un genre d’entretien d’embauche. Ils se font « cuisiner » à Bordeaux par une quinzaine de sociétaires qui vérifient les profils psychologiques. L’implantation à la périphérie de Brive intéresse le réseau. Ça colle ! Reste à nos porteurs à trouver l’argent et le lieu. Ils signent un contrat d’accompagnement. Ils se forment. Christine démissionne. Emmanuel fait cessation d’activité. Ils vendent la maison et s’installent en Corrèze. Une fois le local trouvé, la commission n°2 validera définitivement le projet, le montage financier et l’embauche. Nous sommes en janvier 2015.
Un peu esseulés dans l’engagement financier
Jusque là, ils ne perçoivent aucune aide. Corrèze initiative a refusé la demande qui leur a été faite, en prétextant qu’il n’y avait pas de raison que cette Biocoop fasse mieux que La vie claire, sa voisine. Une demande auprès du Conseil Régional est en cours d’instruction. « C’est difficile de compter dessus. Ce sera du bonus », nous dit Christine. C’est donc avec l’argent de la vente de la maison dans le Doubs qu’ils ont fait face. L’appui du réseau a été déterminant pour leur permettre de présenter un dossier de financement aux banques. Crédit coopératif ? Non, leur choix s’est porté sur la BNP Paribas. L’étique s’arrête-elle donc à la porte des banques ? À cela Emmanuel répond : « ce qui fait une banque, c’est l’interlocuteur que tu as en face. Du coup nous n’avons pas voulu prendre trop de risque »…
Dans la place
Ce ne fut pas chose facile de trouver le local idéal. Christine et Emmanuel ont mis un an avant de mettre la main sur celui du 54 avenue de la Libération. 3000 € par mois pour 280m² de surface de vente. C’est le tarif pour ce bel espace. Reste à investir les lieux… Entre la constitution du stock et les travaux d’aménagement, 300 000 € d’investissement seront nécessaires. Emmanuel et Christine se sont retroussé les manches et ont mis à profit leurs compétences. Lui a réalisé l’agencement. Elle s’est occupée de l’administratif de la nouvelle SARL. Christine y est gérante majoritaire. Selon leurs prévisions, Emmanuel devrait pouvoir sortir la première année l’équivalent d’un SMIC. « Une sacrée dégringolade dans l’échelle des salaires ! », dit il avec le sourire. Ils embauchent aussi trois salariés. Deux temps plein et un mi-temps. « Cela fait quand même cinq personnes de moins au chômage ! »
« L’utopie en action »
Ce slogan leur a plu. Et c’est pour cela qu’ils ont signé. Le réseau, c’est des contraintes et des possibles. La dernière décision nationale est le passage des magasins à l’énergie verte. Dans la même veine, les magasins ont des marges plafonnées. Les approvisionnements par avion sont bannis. Les légumes doivent être de saison. Le local – 150 km autour du magasin – est privilégié. À Malemort, une trentaine de producteurs locaux seront présents sur les étals. « Pour les légumes, par exemple, nous avons des maraîchers et la plate-forme en plus. Nous allons contractualiser avec trois maraîchers sur l’année, dont Claire Schouler et deux de ses amis. En cas de problème dans la production, nous pourrons nous rabattre sur la plate-forme ». Par la suite, Christine et Emmanuel voudraient développer la filière d’approvisionnement local, mais au départ c’est lourd à porter. Affaire à suivre donc…
Légende photos :
Emmanuel : « Un fonctionnement en couple ne nous fait pas peur, il suffit que je me taise et fasse ce qu’elle dit ! » (rire)
L’accent est mis aussi sur le vrac
En attente de l’achalandage local
Au 54 avenue de la libération
Philippe Van Assche





