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La Trousse Corrézienne

LTC 2, Société · 26 juin 2015

La porte Rrom

Qu’est ce qui est plus péjoratif? Romanichel ou Tsigane? Est ce que tous les Rroms1Avec deux r car emprunté à la langue d’origine : http://www.cafebabel.fr/societe/article/rom-ou-rrom.html sont des « Gens du Voyage »? Quelle est la différences entre gitan, manouche, sintés, kalés? Ces questions auxquelles peu d’entre nous peuvent répondre, donnent une idée du niveau de méconnaissance- pour ne pas dire d’ignorance- voire de préjugés concernant la minorité européenne la plus marginalisée et discriminée.

Avec deux r car emprunté à la langue d’origine : http://www.cafebabel.fr/societe/article/rom-ou-rrom.html

Les rencontres de la vie nous proposent de nouvelles portes que nous n’avions jamais pris le temps d’ouvrir. J’ai donc entr’ouvert la porte Rrom. Et j’ai rapidement mesuré mon ignorance à ce sujet et, étant donnée la situation de cette population, je me suis dit que je ne devais pas être la seule. Il m’a donc semblé intéressant de faire une première petite présentation aux lecteurs de la Trousse, afin de partir sur de bonnes bases pour aborder plus tard les réalités que vivent les Rroms en Europe et, ce qui explique qu’on les croise souvent sur un parking aux abords des villes ou aux carrefours, une pancarte à la main et un gobelet dans l’autre.

Nous parlerons donc ici de vocabulaire et d’histoire.

Les Rroms ont vraisemblablement quitté l’Inde au XI° siècle. Ils étaient à l’époque les habitants de la ville de Kannauj (Uttar Pradesh), capitale culturelle et spirituelle du Nord de l’Inde. C’ est en 1018 qu’un sultan afghan décide d’aller plus avant dans ses razzias, attaque la ville de Kannauj, s’empare de ses richesses et emporte au passage les habitants avec lui pour les vendre à Kaboul.

Le terme Rrom- qui est le mot utilisé par les Rroms eux mêmes, viendrait de « Rcomba » qui désignait alors les artistes issus de cette population « déplacée » et qui avaient le plus marqué les marchands locaux de Kaboul. Il est possible que ces artistes avaient déjà un mode de vie nomade, et c’est pourquoi ils ne seraient pas restés sur place et auraient poursuivi leur route vers l’ouest, à chaque fois marginalisés de par leur mode de vie et donc toujours en quête d’une vie meilleure. Mais d’autres sources disent que les habitants de Kannauj n’étaient pas des nomades et que c’est la migration perpétuelle qui a fait naître cette culture au sein de cette population. Reste alors à savoir pourquoi ils ne sont pas retourné vers l’Inde. Toujours est-il que leur long voyage s’est poursuivi vers l’ouest, au cours des siècle. Arrivés en Asie Mineure, certains iront vers l’Afrique du Nord et l’Espagne et d’autres iront vers l’Europe centrale puis occidentale. Grâce à des écrits, on peut dater la présence des Rroms en Espagne vers 1420.

Tous ont en commun la langue Rromani qui diffère légèrement d’une région à l’autre de l’Europe. C’est d’ailleurs en comparant le Rromani avec le Sanskrit qu’on a pu confirmer l’origine indienne des Rroms. Les Rroms ont donc une langue commune et utilisent des mots propres à cette langue pour se désigner entre eux, bien différents des mots qui les nomment depuis la communauté extérieure.

De cette langue sont issus notamment, en français, les mots de Manouche et Romanichel: les Manouches sont les« manus- être humain » se réfère aux Rroms vivant en France –; quant à romanichel, il s’agit de la Nation Rromani – « rromani sel ».

Par contre, tsigane, ou gitan n’ont pas d’origine Rromani: ces termes proviennent des appellations données par les paysans des pays traversés. Tsigane désigne à l’origine une secte de devins et magiciens ambulants combattus par l’église byzantine et disparue au XI° siècle, soit 200 ans avant l’arrivée des Rroms dans l’Empire byzantin. En fonction du pays où ce mot est employé, il désigne actuellement un ensemble très variable qui va des seuls nomades Rroms à l’ensemble des populations nomades en Europe (Rroms ou pas), en incluant parfois les Rroms sédentaires (soit la grande majorité des Rroms). Sans compter que si cette « appellation » n’a pas un caractère péjoratif en français, elle en a souvent dans les autres langues.

Le mot gitan, quant à lui, vient de l’Espagnol « Egiptanos -Egyptiens ». Il y a effectivement au VI° siècle un groupe de soldats égyptiens qui se seraient installés en Anatolie. Huit siècle plus tard, quand les Rroms arrivent en Anatolie, les paysans leur donneront ce nom d’Egyptien. Ce seraient les Rroms eux mêmes, qui, arrivant en Europe, se seraient présentés comme arrivant de Petite Égypte, cette origine facilitant apparemment leur intégration. « Les Gitans » ne désignent aujourd’hui que les descendants des habitants de Kannauj parvenus dans la péninsule ibérique, soit les kalés, en langue Rromani. On retrouve aussi des gitans au Maghreb et surtout en Amérique Latine, mais aussi dans le sud de la France, suite aux persécutions subies en Espagne.

Enfin, pour terminer ce tableau sémantique, récapitulons quels sont les différents groupes qui composent le peuple Rrom, et dont les paragraphes précédents ont fait mention. Les Rroms sont composés de trois groupes répartis géographiquement en Europe de manière relativement homogène. On trouve les Rroms proprement dit en Europe centrale et Orientale, dans les Balkans et aussi en Turquie. Les Sintés en Allemagne, Suisse, Italie du Nord et France. Enfin, les Kalés, ou gitans, principalement en Catalogne et en Andalousie. Seule une partie des Sintés sont nomades ou semi- nomades, soit 4% seulement des Romanichels en Europe.

Le mode de vie nomade n’est donc pas le caractère identitaire primordiale des Rroms: il est issu d’une migration récurrente, souvent forcée, en quête de conditions de vie meilleures. Ce que l’on pourrait parfois prendre pour du nomadisme est donc souvent plus proche de l’immigration que d’un choix culturel. Cependant, il s’agit bien d’un élément d’identité culturelle ancré dans les pratiques qui caractérise les 4% reconnus comme volontairement nomades.

La question du nomadisme, que l’on croit souvent caractéristique de la culture Rrom vient plutôt poser la question de la migration des Rroms et de ses raisons, c’est à dire principalement la discrimination qu’ils subissent trop souvent et l’exclusion qui en découle.

Julie Devès

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