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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 2 · 26 juin 2015

Entretien avec Jeanne Wachtel, conseillère municipale à Tulle

Ma vie d’élue – Entretien avec Jeanne Wachtel, conseillère municipale à Tulle

Il se trouve que j’ai rencontré Jeanne Wachtel il y a quelques années, dans le cadre d’activités associatives. Classée plutôt à la gauche de la gauche, non encartée, elle a été élue en 2014 aux municipales à Tulle, aux côtés de Bernard Combes, socialiste et proche de François Hollande. L’entretien qui suit m’a permis de lever le voile sur cette apparente contradiction.

Rendre à Tulle ce que les gens de Tulle lui avaient donné

Jeanne Wachtel a été institutrice et directrice de l’école maternelle Jean Jaurès, à Tulle, durant de nombreuses années. Elle y a vécu des années de bonheur et peut être intarissable sur le sujet.

Sur un plan personnel, elle a élevé cinq enfants et c’est seulement lorsqu’elle a été à la retraite, en 2003, qu’elle s’est engagée totalement dans la vie associative. Cela a démarré très vite, par la rencontre avec Javier, jeune musicien kichwa d’Équateur, emprisonné quelques mois à Tulle en 2003/2004 suite à un malentendu avec la police. Jeanne et Laurent, son mari, faisant partie du réseau ATTAC, avaient été contactés pour venir en aide à ce jeune homme. Dans cette aventure, des liens profonds se sont noués entre les deux familles aboutissant à la naissance de l’association Mashikuna et à l’engagement très fort de Jeanne Wachtel dans la lutte pour la défense des peuples autochtones.

Son engagement associatif s’est fait également avec la Fédération Départementale Corrèze Environnement, ce qui lui a donné une bonne connaissance des enjeux environnementaux et permis de créer des liens avec les collectivités.

Dans cet investissement associatif, comme dans sa vie d’enseignante à Tulle, Jeanne a toujours eu le sentiment d’avoir beaucoup reçu de la part des tullistes. Elle avait envie de leur rendre ce qu’ils lui avaient donné. Pourquoi ne pas saisir l’opportunité d’une expérience d’élue pour œuvrer à l’intérêt général ? Elle l’avait évoquée fréquemment, et on lui a proposé de rejoindre l’équipe qui allait mener la campagne pour les municipales de 2014, ce qu’elle a accepté.

Pourquoi s’engager avec les socialistes ?

Pour répondre à cette question, Jeanne Wachtel a eu besoin de remonter à ses racines, qui sont en partie, sans doute, aux fondements de sa vision de l’humanité et de son engagement politique. Elle est d’origine juive polonaise par son père et lorsqu’elle me raconte le 4 avril 1944, un quartier de Brive, son grand-père fusillé dans le pré au bas de la maison, et les femmes, sa grand-mère et sa tante, déportées, son regard est embué… Petite fille, née après-guerre, elle se souvient de ce sentiment de ne pas être tout à fait comme les autres enfants, d’avoir une histoire particulière, surtout lorsqu’elle voyait le numéro du camp d’Auchwitz tatoué sur le bras de sa tante ou lorsque son père parlait Yiddish, quand celle-ci les visitait.

Jeanne rappelle alors, que pendant la guerre, tout le monde n’était pas résistant. Face au nazisme, la résistance n’était pas certaine de l’emporter, et c’était un choix difficile. Pourtant, malgré Vichy, malgré l’existence d’un gouvernement fasciste, c’est à dire d’un contexte qui ne laissait entrevoir aucun espoir, des gens ont décidé de se battre pour défier la fatalité, pour dire non et sont entrés dans la résistance.

Ce moment de notre histoire, c’est son point d’appui. S’il y a toutes les raisons de désespérer, il y a aussi toutes les raisons d’espérer dit-elle. Alors, aujourd’hui, même si elle est en désaccord total avec la politique menée par le gouvernement actuel, elle s’est dit qu’elle pouvait tout de même agir sur le terrain. C’était un risque à prendre.

Jeanne se sent libre dans l’exercice de son mandat. Elle estime que tout élu peut avoir cette liberté, à condition d’avoir des convictions et de ne pas être un élu hors sol.

Elle attire notre attention sur le fait qu’il est indispensable, pour donner du sens à son engagement, de différencier le combat entre partis pour l’accès au pouvoir, et l’action militante sur le terrain pour l’intérêt général en ne confondant pas les lieux, les moments et les enjeux de ces deux temps de l’action politique.

Elle reconnaît sans hésiter que son soutien au Rassemblement pour une Alternative à Gauche, lors des élections départementales de mars 2015, n’a pas entravé ses fonctions au sein du Conseil municipal.

Être élu : un poste d’observation

Elle constate que faire partie d’un Conseil municipal, c’est un poste d’observation inestimable, d’où l’on peut, après les avoir décodés, comprendre les rouages et le fonctionnement d’un groupe humain, un peu comme dans les coulisses d’un théâtre de 15 000 personnes.

Elle ajoute qu’il serait intéressant que chaque citoyen ait l’occasion de faire cette expérience.

Au sein de l’équipe municipale, Jeanne Wachtel travaille sur deux délégations : l’environnement et les affaires sociales. Le temps qu’elle y consacre est très important et elle préfère se concentrer sur ces missions même si d’autres thèmes l’auraient également intéressée.

Un travail collectif

Au cours de l’entretien, Jeanne développe le travail entrepris avec d’autres élus motivés et en coopération étroite avec les services concernés de la Ville sur les questions d’environnement. Le groupe a des ambitions pour donner à l’environnement sa juste place et fera des propositions non seulement sur la part du budget qui doit lui être consacré mais aussi sur les impacts induits par son caractère transversal.

Elle a conscience qu’après plus d’un an, elle ne connaît pas encore tous les rouages de la prise de décision et se considère en apprentissage.

Pour faire avancer des idées et mettre en place des actions innovantes, qui bousculent d’anciens schémas de pensée, il faut fournir un travail de conviction et établir des relations de confiance avec l’ensemble des élus et des services. Cela demande de la persévérance.

Pour l’instant, dit-elle, nous avons bien réussi avec le retour en régie du service de l’eau potable et nous sommes sur la bonne voie en ce qui concerne les économies d’énergie (éclairage public), et les déplacements doux (bandes cyclables).

Le pouvoir sous-estimé du citoyen

Si Jeanne constate que l’expression revendicative d’un groupe de citoyens peut influencer la réflexion et la prise de décision des élus, elle s’indigne lorsque certains groupes de pression se mobilisent autour d’actions discriminatoires aux relents racistes. Elle appelle, au contraire, et avec force, à l’amplification de la mobilisation et de l’action citoyenne sur des projets solidaires, l’une des conditions pour redonner à la politique un goût de bonheur et mettre en œuvre un processus démocratique.

Cela interroge, bien entendu, sur l’organisation de la société dans sa globalité. Comment, en effet, après une journée de travail, de stress, la préoccupation des fins de mois, les peurs… trouver des espaces libérés pour la prise de parole et de décision dans un projet démocratique ?

Mais pour Jeanne il n’est pas question de baisser les bras. Elle pense à ses enfants, ses petits-enfants, et à la responsabilité de chacun. Elle se considère de passage, reliée au passé et à l’avenir et ne se pardonnerait pas de ne rien faire contre la folie meurtrière capitaliste et productiviste.

Céline Perrin

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