Toulouse nécropole — Article publié sur iaata.info
Toulouse n’est pas seulement le pays de la violette, du rugby et de la saucisse… La ville rose est avant tout un pôle technologique majeur dans le complexe militaro-industriel français et européen. Un livre retrace l’histoire et décrit la réalité actuelle de cette industrie locale.
Si les berges de la Garonne sentent la poudre depuis que sa majesté le roi des Francs a décidé d’installer une poudrerie royale, ce n’est réellement que « grâce » à la boucherie de 14-18 que la ville s’impose comme un pôle de l’armement national ; depuis, cette industrie ne cesse de croître et constitue la base économique de la métropole.
Toulouse vil rosse
Les berges de Garonne ont une vieille histoire de fabrication d’armes mais c’est l’éloignement du front en 14-18 qui va lui donner un net avantage sur la concurrence. À la poudrerie s’ajoute l’industrie aéronautique naissante. Bien sûr l’histoire a retenu Saint-Exupéry, l’Aéropostale et le Petit Prince… mais la réalité est que les jolis coucous ne faisaient pas qu’acheminer du courrier, ils servaient à dézinguer l’ennemi quel qu’il soit…
La brochure « Toulouse nécropole » a le mérite de dévoiler la réalité que recouvre un discours technophile qui voudrait nous faire croire que Toulouse a mis de la silice dans ses violettes pour faire du high tech beau et utile… À la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE) on ferait le carburant pour la fusée Ariane, à AZF on faisait de l’engrais, et l’aérospatiale ça sert à faire la conquête de l’espace. Mensonges. Ici on construit les armes qui tuent partout dans le monde, l’industrie civile n’est qu’une façon de rentabiliser un complexe industriel dont la destination finale est bien la mort. Un joli conte de fée qui ne résiste pas à l’analyse des activités réelles des industries de la région. Celle-ci d’ailleurs ne s’en cache pas : les auteur(e)s n’ont pas déterré des rapports secrets mais simplement compulsé des informations disponibles sur internet. L’apport original de ce livre est de nous permettre d’avoir accès directement à l’ensemble du complexe militaro-industriel de la ville.
Bourgeoisie de l’armement
Ce qu’il reste à raconter, et qui n’est pas dans ce livre, ce sont les conséquences de cette industrie sur la ville. Fini les grandes industries pour fabriquer des cartouches et des obus, maintenant c’est ladite « classe créative » qui peuple les bureaux de l’aérospatiale. Ces nouveaux prolétaires high tech pensent et agissent comme une bourgeoisie salariée… Avec leurs salaires élevés ils font exploser les prix de l’immobilier et colonisent avec leurs vélos et leur « goût des bonnes choses » une ville qui « ressemble tellement à un village ». Pas le temps de dire ouf et cette ville est devenue un repaire de cadres sup. avec ses bars lounges, ses saladeries et ses magasins bio…
La transformation de la cartoucherie en éco quartier est le symbole de cette transformation. Une usine d’armement depuis le 18ème siècle devient le lieu où va se déployer le plus grand éco quartier de la région, avec habitat participatif, tramway et espaces verts… Il a fallu enlever des centaines d’obus pour pouvoir commencer les travaux mais bientôt pourront s’installer les nouveaux « ouvriers de la mort » qui ont depuis longtemps quitté leur bleu pour le col blanc et la blouse blanche…
Le livre est disponible au Kiosk, ouvert LUNDI, MERCREDI et VENDREDI de 17h à 20h à la Maison des associations, 3 rue Escoussières Arnaud-Bernard à TOULOUSE (Métro Compans-Caffarelli). Mais vous pouvez aussi en télécharger une version en pdf sur le site d’iaata.
Source : iaata.info, sur lequel est publié cet article : bit.ly/1ApgDs7




