Dans mes confrontations de jeunesse avec le monde végétal, j’ai rencontré Wistéria… sinensis et plus tard japonica… floribunda s’il en est… Quelles rencontres ! Les Grecs je crois imaginaient déjà quelques « forces surnaturelles » parlant de la puissance de la poussée sylvestre. Mais elle… mi-arbre, mi-liane, mi-serpent…
D’abord délicate, elle s’installe tranquillement, jour après jour, de quelques premières tiges rampantes qui sondent le sol. Puis elle déploie ses lianes dont les têtes chercheuses embourgeonnées valsent et ondulent, palpant les étages supérieurs de son environnement immédiat. Une cavalerie lente…
Alors elle trouve un édifice à conquérir. Un tronc pour cette liane, un mur pour celle-ci, une rambarde pour cette autre, une simple gouttière… et, sous ses apparences presque immobiles, elle escalade, épouse, enlace, mois après mois, et éclate en avril, séductrice. Dans un parc, je l’ai vu magnifier un grand et noble conifère d’une guirlande fleurie, spectaculaire, de plusieurs dizaines de mètres !
Elle est adulte maintenant. Printemps après printemps, elle s’est harponnée dans les joints des pierres et a envahi le cœur de l’arbre et quelques charpentières. L’étreinte d’une liane grosse comme un poignet d’enfant plisse la peinture de la rambarde, mettant le fer à nu. Une autre liane strangule un peu plus haut. La ferraille, pleine, épaisse d’un pouce se soumet et plie… La gouttière ? Quelle gouttière…
Partagé entre beauté et effroi, on aurait tôt fait d’abattre une telle envahisseuse, mi-fée mi-sorcière, dont le parfum enivre les bourdons noirs…
Mais par bonheur cette belle aime qu’on la coiffe. Docile malgré les extrémités de ses lianes tendres et cassantes au printemps, elle se laisse guider et tisser avec souplesse, et bientôt elle habillera ce premier piquet de la future pergola qu’elle m’a fait imaginer et dont nous partagerons la floraison, en allant chercher le soleil…
Par E. D.
La Trousse Corrézienne DU LOCAL, DU LIBRE, DU BEAU, DE L'ECOLOGIE, DU DRÔLE, DU FRAIS