
Il est possible de produire de l’électricité à partir de panneaux photovoltaïques posés ailleurs que sur des surfaces agricoles, naturelles ou forestières. Depuis plusieurs années, des communes ont engagé des démarches dans ce sens, en dotant dans un premier temps les toitures de bâtiments publics et, dans un second temps, en encourageant des installations sur des toitures d’entreprises ou d’habitats particuliers.
À chaque fois, un montage juridique et financier, souvent complexe, est nécessaire afin de revendre l’énergie produite et la redistribuer. Voici deux exemples, l’un à Rennes, ville bretonne de plus de 230 000 habitants et l’autre à Naves, village corrézien de 2 500 habitants.
L’autoconsommation collective de Rennes
Depuis 2017, la Coopérative citoyenne rennaise de l’énergie (CIREN) développe des boucles d’autoconsommation collective d’électricité. Au départ, quelques citoyens s’emparent d’un budget participatif proposé par la ville de Rennes afin d’installer des panneaux solaires photovoltaïques sur le toit d’une école. Deux ans plus tard, ils créent une association puis une coopérative pour pouvoir vendre l’énergie produite. Très mobilisée, la coopérative répond à un appel à projet de la région Bretagne afin d’étudier un système local d’autoconsommation collective. En 2023, ce sont deux boucles d’autoconsommation reposant sur onze centrales solaires (375 kilowatts-crête1, au total) installées sur des toitures publiques (écoles, immeubles HLM, centre socio-culturel, déchetterie…) qui fonctionnent. Le principe de l’autoconsommation collective permet à un groupe d’utilisateurs de consommer directement l’électricité produite localement tout en partageant son éventuel surplus.
La centrale photovoltaïque villageoise Énergies Cœur de Corrèze de Naves
Si, dans votre bibliothèque personnelle ou municipale, vous recherchez le no47 de La Trousse paru en juillet 2023, vous retrouverez l’origine de la création, à Naves, d’une centrale photovoltaïque. La Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) Énergies Cœur de Corrèze, structure juridique démocratique basée sur le principe « une personne, une voix », est chargée de sa gestion. Cette SCIC fait en quelque sorte office d’intermédiaire entre la collectivité locale qui impulse le projet, les citoyens coopérateurs qui souhaitent investir dans une énergie renouvelable et EDF qui achète l’énergie produite (en kWc) et alimente ainsi le réseau. Chacun peut y trouver un intérêt à condition de maîtriser les besoins en énergie produite.
Que faut-il retenir ?
Ce qui paraît intéressant dans les deux exemples qui précèdent, c’est l’implication des habitants, de la collectivité locale et de certaines entreprises dans ces projets. Les parties prenantes se prononcent sur des choix éthiques : on décide d’une tarification de soutien et d’une tarification sociale pour les plus précaires en Bretagne ; on décide d’une pose sur les toits, les délaissés, éventuellement les friches, mais on refuse la déforestation autour de Naves. « Notre objectif : que des toitures », souligne Clément Vernedal, président de la SCIC Énergie Cœur de Corrèze. « On ne veut pas détruire des terres agricoles et acheter de la nourriture qui vient de loin, un peu de cohérence ».
Autre remarque, quelle que soit la taille de la commune, le développement des panneaux photovoltaïques sur les toits se fait au fur et à mesure des demandes. On est capable de mesurer le nombre de panneaux, de quantifier leur production et le nombre de foyers desservis. Il est également possible de mieux maîtriser la production et la consommation d’électricité en distribuant l’énergie à des périodes différentes de la journée plutôt que de produire pour produire afin de rentabiliser les investissements. À Naves comme à Rennes, on parle d’équilibre financier.
A contrario et pour coller à l’actualité récente, il semblerait que des êtres cyniques et sans morale convoitent les hectares de terres de pins brûlés du département de la Gironde pour des opérations immobilières et pour l’installation de plusieurs centaines de panneaux photovoltaïques au sol. La vigilance s’impose.
Notes
- Le kWc (kilowatt-crête) est l’unité mesurant la puissance maximale théorique d’une installation photovoltaïque..
Par FRANÇOIS COTTREEL




