
La subversion menace la démocratie. L’État, qui en est le rempart le plus sûr, doit riposter rapidement et fermement. Ce qu’il fait en réprimant, puis en se retirant. Mais, décidément, rien ne se passe comme prévu dans cette capitale européenne qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la douce et blanche Lisbonne. La population, appelée aux urnes pour y accomplir son devoir, a voté blanc à 83 %. Face à cette tentative caractérisée de déstabiliser l’État, la répression s’abat. État de siège, arrestations, interrogatoires musclés, attentat à la bombe… Rien n’entame le calme et le pacifisme des habitants. La solidarité entre eux s’installe spontanément, des rassemblements silencieux sans slogans font blêmir de rage le gouvernement.
politiques économiques et agricoles, tout est analysé, ainsi que le lien étroit avec les bailleurs de fonds. Parlons-en ! La comparaison avec la situation actuelle est à la fois complexe et limpide : la montée des extrêmes droites en Europe s’accentue et la responsabilité des milliardaires est éclatante dans le financement des partis, des cabinets de conseil, des influenceurs et des politiques qui œuvrent hypocritement pour l’ordre réactionnaire et les idéologies basées sur la haine. Un livre, un outil d’histoire et d’émancipation pour réfléchir et lutter. Tout ce qui est méprisé aujourd’hui par les cercles de pouvoir.
cerises, jardinier, faucheur de lavande… Pour chaque métier, un savoir-faire à construire, jusqu’à ce que l’on sente le plaisir à le faire, précis, juste, incorporé. Navel donne à voir ce plaisir du geste sûr et l’asservissement, non pas seulement au maître, mais au travail lui-même qui devient le centre de la vie, qui en fait perdre le sens, le sens de la joie à regarder le ciel, le sens du rapport au vivant. C’est beau. Très.
Le style de ce roman, son écriture à la ponctuation bouleversée, amènent à se demander sans cesse : « Mais qui parle, là ? ». C’est eux. C’est nous. C’est moi. Dans cette fable, menée tambour battant comme un polar politique, comme un coup d’État, Saramago nous glisse en douce quelques tuyaux inusités pour résister. Nous savions avec Damasio qu’il fallait être furtif. Là, nous apprenons qu’un peuple sûr de son droit, serein, qui avec naturel voire indifférence ne se renie ni n’acquiesce au pouvoir, qui ne pratique aucune concession, c’est une grosse épine dans le pied du fascisme. De la démocratie, pardon ! J’allais oublier le titre, « La lucidité ».
23 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 52
FRÉDÉRIQUE PERRIN





